SENTIMENTS !>' EXERCICE MUSCULAIRE
11 (Ml est (le nionic du siège matériel ou origine de la sensibilité qui nous occupe. Il y a encore un point à noter dans les cllels physiques, c'est Vcxpression du sentiment, non pas seulement le moyen par lequel autrui connaît cet élal^ mais un accompagnement essentiel de cet état.
Par la jialnr(> même de ce geni'e de laits physiologiques, le sentiment résultant d'un grand eflort musculaire peut manquer d'expression proprement dite. Les organes sont si complètement employés à l'exercice même, qu'ils ne sont pas dis{)onibles pour servir d'instrument à l'expression du sentiment. Les traits de la face et de la voix, principaux organes d'expression, entrent en jeu surtout par sympathie avec les
bien lies cas due à la présence de branches nerveuses répandues jusqu'aux extrémités, à la façon des branches du trijumeau qui se rendont dans les muscles de l'œil. La richesse de l'appareil oculaire en nerfs sensitifs contrasîc avec la pauvreté du diaphrag-me, muscle soumis à l'influence de la volonté et pourtant à peine pourvu de nerfs de sensation. Il semblerait néanmoins que toute la sensibilité dislinctive ne dépend pas des nerfs sensitifs, car dans certain cas d'anesthésie (perte de sensibilité pour la douleur) complète et vraie, la faculté du mouvement volontaire est conservée dans les parties déjà privées de sensibilité. » Le fait est décisif et ne peut se concilier qu'avec la supposition que l'esprit apprécie l'influx moteur, tel qu'il va du cerveau aux muscles, et qu'il n'a pas besoin que les nerfs atférents lui en rapportent l'impression.
Citons encore Ludwig : « Il est difficile de décider à présent si les nerfs qui servent au sens musculaire sont les mêmes que ceux qui induisent le mouvement musculaire. On peut concevoir ce qui n'est pas invraisemblable, que toute connaissance, toute distinction, obtenues par la mise en jeu des muscles volontaires, sont directement obtenues par l'acte de l'excilation volonlaire ; de sjfte que l'effort de la volonté devient du môme coup un moyen de jugement. A l'appui de cette opinion, on peut dire que les mouvements qui nous apportent des ju^cmenls ne nous apparaissent pas dans la grande majorité des cas comme des sensations musculaires ; en d'autres termes, ils ne sont pas comme les sensations organiques du muscle localisées dans le muscle et considérées comme possédant les carac'èrcs de la sensation. » Ludwig en appelle donc à notre conscience, qui nous présente le sentiment de la force m.usculaire sous une forme à part, distincte de la sensation des douleurs musculaires. Il paraît avoir raison, car si la conscience est un bon guide en cette matière, nous pouvons dire que dans l'effort volontaire nous avons le sentiment d'une faculté qui s'exerce du dedans au dehors, et non celui d'une surface sensible stimulée par un agent extérieur, et Iransmetlant une impression du dehors au dedans, aux centres nerveux.
Ludwig soutient vivement l'opinion que les douleurs organiques des muscles sont stimulées par les fibres de sensibilité. Il en donne pour raison : 1^ les
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muscles engagés. Il n'y a donc rien à remarquer louchant l'expression de l'effort musculaire en général. Ce n'est que lorsque le sentiment en arrive à être agréable ou pénible qu'une expression se manifeste, mais comme accompagnement de plaisir ou de la peine comme tels.
Passons maintenant au coté mental. En passant en revue les caractères des effets mentais de l'action musculaire considérée comme sentiment, nous rencontrons d'abord sa qualité.
L'observation montre qu'elle est agréable, indifférente ou pénible, suivant la condition du système musculaire. La première dépense de force musculaire dans un corps en bon état, bien reposé, bien nourri, est très-agréable. La vivacité du plaisir
fibres de sensibilité se distribuent aux muscles avec les nerfs moteurs ; 2° les muscles involontaires non moins que les volontaires sont le siège de douleurs aiguës; 3° la stimulation des racines antérieures ne produit pas de douleur; k° les douleurs qui proviennent de l'action longtemps conlinuce des muscles continue plusieurs jours après la cessation de l'excitation des nerfs moteurs. Ce dernier phénomène s'explique par la destruction chimique du tissu musculaire, qui a un effet irritant sur les nerfs de sensibilité existant dans le muscle.
Enfin, Wundt s'exprime comme il suit : a On ne peut dire positivement si les sensations concomitantes de la contraction des muscles prennent naissance dans les fibres nerveuses qui transmettent l'impulsion motrice du cerveau aux muscles, ou s'il y a des fibres de sensibilité spéciale dans les muscles. Toutefois, certains faits rendent la première supposition plus probable. S'il existait des fibres spéciales, il faudrait qu'elles fussent rattachées à des cellules centrales spéciales, et alors, selon toute probabilité, les organes centraux de réception de ces sensations seraient difterents de ceux qui envoient l'impulsion motrice; il y aurait deux systèmes nerveux indépendants, l'un centripète, l'autre centrifuge. Mais dans l'un, celui qui transmet la sensation, on ne pourrait considérer comme stimulus que les changements survenus dans le muscle, la contraction, ou peut-être les modifications électriques survenues dans le ticrf et dans le muscle durant la contraction. Or, cet acte marche de pair avec la contraction musculaire, et nous devons nous attendre à ce que la sensation musculaire croisse et décroisse d'une fa(;on constante avec la quantité de travail interne ou externe du muscle. Il n'en est pas ainsi pourtant, car la force de la sensation dépend seulement de la force de l'impulsion motrice émanant du centre qui excite l'innervation des nerfs moteurs. » Ceci est confirmé par des cas nombreux de troubles pathologiques de raclion musculaire d'un membre. Le patient peut faire un grand effort musculaire et en avoir la sensation correspondante, bien que le inanbre soit ii peine mis en niouccment. ^'aturellementj cependant, après une expérience longtemps renouvelée, ces petits mouvements contractent une association avec une augmentation d'elTort.
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s'émousse peu à peu, cède la place à riiidilfércnce ; et si l'exercice se prolonge au ilck\ d'un ccMlain temps, la peine reoiplace le plaisir. Dans le Iravail niaïuiel il peut y avoir, au commencement de la journée et après les l'cpas, une certaine somme de plaisir résultant de l'exercice, mais il est probable que, durant la plus grande partie de la journée d'un ouvrier, le sentiment de l'exercice est indiiïérent. Si nous nous bornons à décharger un tropplein de force dans Texercice musculaire, nous y trouvons toujours du plaisir : il en est ainsi assurément de la moyenne des hommes et des espèces animales. Ce qui le montre, c'est que l'on aime l'exercice pour l'exercice, indépendamment d'un profit quelconque ou de la conservation de la santé. Les exercices du corps et les amusements qui exigent l'action sont par eux-mêmes des sources d'excitation agréables, mais il ne serait pas difficile de retrouver parmi les éléments de ces plaisirs celui que fournit le simple jeu du corps.
11 faut attribuer une partie du plaisir de l'exercice à l'augmentation de la force vitale en général; mais ne peut-on pas rapporter la totalité du plaisir à l'accroissement de force de la circulation, de la respiration, etc.? 11 est certain que l'élévation même de l'activité de ces fonctions est une source de plaisir; toutefois il ne nous est pas interdit d'admettre que le système musculaire, siège d'une sensibilité incontestée, est encore capable de donner du plaisir sous certaines conditions favorables. Nous croyons que la conscience l'atteste. Le sentiment de plaisir qui accompagne l'exercice des muscles, quand le corps est dispos, peut être localisé ou rapporté aux muscles effectivement engagés. Nous verrons en avançant que certains faits relatifs au mouvement ne peuvent s'expliquer, si l'on ne suppose que le tissu musculaire est lui-même doué de sensibilité pour le plaisir, comme il l'est certainement pour la peine.
Le degré de plaisir qui résulte de l'exercice musculaire varie d'après les circonstances. Un homme d'une santé moyenne, qui chaque jour fait la somme d'exercice qu'il peut supporter, en retire assurément un élément appréciable de plaisir. C'est l'ordinaire. Sans doute, en combinant des exercices de façon à mettre en jeu tous les muscles puissants, on augmenterait encore le plaisir; On ne peut pas dire que l'intensité de ce plaisir soit grande ; il s'accroît par suite de la stimulation d'une grande masse de tissu musculaire.
Nous pouvons mesurer le degré de nos plaisirs non-seulement en les comparant ensemble dans la conscience, mais aussi en observant les peines qu'ils sont respectivement capables d'effacer. Toutefois, dans ce cas particulier, la tendance du plaisir à effacer la peine provient moins de la production du plaisir même que de quelque conséquence physique du mouvement musculaire. Le sang est détourné du cerveau ; par suite l'excitation cérébrale diminue, et avec elle l'excitation mentale, et en définitive une irritation douloureuse se calme par l'effet indirect du mouvement musculaire.
Un troisième caractère de ce sentiment, c'est la spécialité» Il y a une spécialité pour l'effet musculaire, une différence radicale qu'accusent les expressions usitées, le sentiment de pouvoir, le sentiment de la force manifestée, l'expérience de la force ou de la résistance. C'est un état ultime de la conscience, le plus général, le plus fondamental de tous. C'est en vertu de ce sentiment que nous créons la notion de résistance, de force, de pouvoir, ainsi que le grand fait appelé monde extérieur. C'est en vertu de ce sens de la force déployée que l'on dit que nous sortons de nous-mêmes ou que nous constituons quelque chose en contraste réel avec tout le reste de nos états de conscience, un non-ynoi opposé au moi, c'est-à-dire au domaine de la sensibilité passive et de la pensée.
Sur les particularités volitionnelles du plaisir de l'exercice musculaire, il y a peu à dire. Comme plaisir, il opère en vue de se perpétuer, de s'accroître ou de se reproduire. D'après la doctrine de l'activité spontanée, le sens du plaisir ne serait pas nécessaire pour nous faire passer à un état actif pour la première fois; il agirait seulement pour entretenir l'activité, et, grâce à une prévision intelligente, pour entretenir l'organisme dans de bonnes conditions qui lui permettent de déployer périodiquement sa foi ce.
Les propriétés nettement intellectuelles des sentiments musculaires nous occuperont plus tard, puisque nous devons y trouver l'origine de perceptions très-importantes. Mais auparavant nous devons indiquer une propriété intellectuelle propre i\ ces sentiments considérés exclusivement comme sentiments, plaisirs ou peines, c'est celle de leur persistance dans la mémoire où elles constituent des idées de plaisir ou de peine, en devenant capables de stimuler la volonté à les rechercher ou à
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les cviler. \]n i)laisii' \)cul cire Irès-vif dans la réalilé et trèsfaible dans l'idée ou dans la mémoire. Ce plaisir bien que vif ne pourrait, étant absent de la conscienee, pousser la volonté à des eflbrts énergiques tendant à le reproduire. Or les plaisirs de l'exereice musculaire n'occupent pas un rang élevé parmi les senlimenls persistants, remémorés, ou devenus des idées. D'ailleurs les individus présentent à ce sujet des dilïcrences, et c'est dans la mesure où les amusements et les exercices du corps qui exigent de l'activité musculaire sont des objets fixes de poursuite passionnée, sans autre but qu'eux-mêmes, qu'ils se fixent dans l'esprit et possèdent la propriété de persister à l'état d'idées.
Mais ce qu'il y a de vraiment important au point de vue intellectuel dans le sentiment musculaire est quelque chose de tout à fait différent d'une idée de plaisir ou de peine. C'est la propriété de distinguer ou d'identifier les degrés et les modes de Ta perception de la force déployée; c'est une impression qui correspond aux grands faits de l'objet appelé le monde, la résistance, la force, le pouvoir, la vitesse, l'espace, le temps, etc. Dans ces aperceptions il n'y a ni plaisir ni peine.
Nous avons déjà vu qu'entre le plaisir de l'exercice et la peine de la fatigue, il y a un état intermédiaire où se retrouve le sentiment caractéristique de l'énergie dépensée. Dans cet état, nous cessons de faire attention au sentiment, en tant que sentiment proprement dit; nous sommes surtout occupés de fonctions purement intellectuelles de distinction et d'accord; nous jugeons que la dépense actuelle de force est plus grande ou plus petite que quelque autre, ou qu'elle ressemble à d'autres que nous connaissons déjà. C'est un fait intellectuel : à ce moment, dans l'exercice musculaire, nous prenons l'attitude objective; ce n'est pas de nous-mêmes que nous avons conscience, nous sommes en train de prendre connaissance des faits purement objectifs : la force, l'étendue, etc.
Alors même que la dépense musculaire s'accompagne du plaisir de l'exercice ou de la peine de la fatigue, il est des circonstances où, trop occupés à considérer exclusivement le degré ou la somme de la dépense, nous sommes inconscients du plaisir ou de la peine que nous subissons; l'attitude intellectuelle, en ce moment objective, est incompatible avec la conscience du sujet, dont le plaisir et la peine sont des modes
caracléristiques. Même dans la plus grande vivacité du plaisir musculaire, ce sentiment est intermittent, il s'éclipse devant l'acte de déployer de la force ou d'en considérer et d'en comparer le degré ; puis il reparaît à la fin de l'acte, ou durant des moments d'arrêt oii nous cessons de faire attention à Pacte lui-même. Cette transition délicate, ce contraste fugitif n'est rien de moins que le fondement de la grande distinction du sujet et de l'objet, l'esprit et la matière.
Nous venons de décrire la première et plus simple variété de la conscience des états musculaires pendant le jeu des muscles, nous allons citer quelques exemples de cette forme de sentiment.
Porter un poids sur le dos, la tête, la poitrine, les bras, voilà des exemples vulgaires de tension. La forme la plus intéressante de ce genre d'effort est Facte par lequel le corps supporte lui-même son propre poids, d'où résulte une sensation musculaire continue, variée seulement par les attitudes. Le sentiment est au minimum quand nous sommes couchés de tout notre long dans le lit, et au maximum quand nous sommes debout. Quelquefois le poids nous accable et nous donne le sentiment de la fatigue; quand les muscles sont reposés, c'est au contraire un sentiment de plaisir que nous recevons. La fatigue qui résulte de l'attitude debout longtemps prolongée est peut-être un des cas les plus communs d'épuisement musculaire; après un long repos^ au contraire cette attitude est agréable.
Nous retrouvons cette tension musculaire sans mouvement sous des formes très-diverses dans la routine des opérations mécaniques et dans beaucoup d'autres circonstances, comme dans certains actes, tels que retenir un cheval avec le frein, comprimer, serrer les poings, lutter.
La tension ne laisse pas d'être du môme genre bien qu'il y ait quelque mouvement, par exemple quand on arrête une voiture, ou qu'on exerce une traction lente.
Quand la tension musculaire produit des mouvements^ il doit se faire une contraction graduellement croissante, et non une simple dépense de force comme pour une attitude fixe. Chaque muscle doit passer par une série de raccourcissements qui
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commencent pciiL-ôlre à Vvidl le plus extrême de relâchement et passent, quelquefois lentement, d'autres l'ois rai)idemenl, au raccourcissement et à la eonlraction les plus prononcés. La sensibilité qui se manifeste alors est d'un degré plus élevé et même d'uni» espèce autre que celle dont nous avons parlé. En règle généi'ale, le sentiment est plus vif pendant le mouvement que pendant le fonctionnement musculaire sans mouvement. Il semble que la contraction successive du muscle soit plus capable de produire un stimulus actif que la contraction fixe. Nous voyons même que dans les diflerents degrés de rapidité le sentiment change, ce qui nous oblige à diviser les mouvements en plusieurs espèces.
Voyons d'abord ce que nous pouvons, par comparaison, appeler des mouvements lents. J'y comprends une démarche nonchalante et flâneuse, une façon de faire indolente, des gestes solennels, une parole traînante, tout ce qui se fait posément, délibérément, langoureusement. L'ériotion qui résulte de cette espèce de mouvement est bien plus grande que tout ce que peut produire un effort égal de tension passive. C'est même un état de sentiment, très-riche à la fois par l'abondance et par la force, mais il manque de l'élément que nous avons appelé le sens de la force déployée, et se rapproche bien plus de la classe des sentiments passifs. Nous pouvons tirer la plus grande somme de plaisir, avec la moindre dépense musculaire, d'un ensemble bien concerté de mouvements lents. Il est assez probable que dans ce cas le sens de l'activité dépensée se double de la sensibilité propre du tissu musculaire, éveillée par l'intermédiaire des nerfs sensitifs. Ce qui plaide en faveur de cette manière devoir c'est la ressemblance de cet état de sentiment avec le sentiment de repos musculaire, élément de la sensation complexe de l'invasion du sommeil, et qui probablement donne celle sensation. Le sens de la force dépensée est faible; en réalité il est presque absent. Mais nous ne devons pas négliger une autre circonstance qui explique l'existence d'une forte sensation à côté d'une petite dépense de force. Quand les forces de l'organisme se jettent énergiquement dans le courant de l'activité musculaire, elles contribuent peu aux sensations, la dépense des forces par des mouvements du corps les détourne des sièges de la sensibilité passive; c'est un moyen bien connu
de soulager le cerveau fatigué par une trop grande activité mentale. Par contre, l'exiguïté delà dépense active permet une manifestation plus large de la sensibilité ou du sentiment.
Ce qui prouve la parenté du sentiment en question avec le repos musculaire et l'invasion du sommeil, c'est la tendance des mouvements lents à produire ces deux étals. Ils ont surtout la propriété de calmer et, lorsque l'organisme a contracté une agitation morbide, ils peuvent graduellement le ramener à la santé. Après une journée passée dans l'agitation des affaires, on recouvre la tranquillité par l'effet sympathique des mouvements cadences, tels que ceux de la musique ou de la conversation de personnes habituées à un langage calme. Il y a aussi une relation très-intime entre les sentiments des mouvements lents et certaines émotions puissantes, notamment celles qui appartiennent à la classe des sentiments composés de tendresse et crainte, éléments du sentiment religieux. Le pas d'enterrement, le débit lent des exercices de dévotion, les notes solennelles de l'orgue, sont très-appropriés aux sentiments qu'ils • accompagnent. Ce sont autant de preuves que le sentiment dont nous nous occupons n'est pas un sentiment de force, mais le contraire. En effet, tous ces sentiments sont autant de réponses que font la faiblesse de l'homme et sa dépendance, ils sont d'autant plus développés que le sentiment de sa propre force est plus déprimé.
11 y a tout lieu de croire que les mouvements graduellement croissants ou graduellement décroissants sont la source de plus d'émotions agréables que les mouvements uniformes. En effet un mouvement uniforme est un produit tout artificiel. Les membres arrivent à une tension complète par des secousses de plus en plus rapides et se relâchent graduellement. Il semblerait qu'il y a une sensibilité spéciale attachée à l'accélération ou à la diminution constante du mouvement. La diminution graduelle du mouvement est agréable dans toute espèce d'activité, dans les gestes, la danse, la parole, la vue. Les sons qui finissent cnmourant sont un exemple du même fait. C'est aussi ce qui fait la beauté des lignes courbes.
On peut expliquer cet effet par la grande loi de la relativité, par la nécessité de changement qui régit la conscience. L'accélération graduelle ou la diminution graduelle d'un agent qui éveille
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la sensibilité est le roinèilc le plus sûr de l;i monotonie, en d'autres termes, la condition la plus ravoral)lc à la conscience.
Les mouvements rapides donnent lieu à des sentiments bien dinerenls de ceux de la tension et du mouvement lent (Juoiqu'au fond la sensibilité musculaire soit la môme, elle apparaît ici bien cbangce. Un fait concomitant de la rapidité, c'est l'augmentation d'excitation des nerfs, augmentation totalement distincte de l'addition de force dépensée à élever un effort de tension. La rapidité des mouvements toute seule a une influence spécifique pour exciter les nerfs et les centres nerveux à manifester une activité spontanée plus grande; en un mot elle appartient à la classe des stimulants nerveux. Il semble que la stimulation est la plus intense quand les membres sont libres, et qu'ils ne réclament pas une grande dépense de force. Pour donner un degré inaccoutumé d'excitation, pour enflammer les esprits animaux et produire des manifestations diverses et des efforts exagérés, les mouvements rapides sont des moyens utiles. C'est un point de commun avec les douleurs aiguës, mais qui ne le sont pas assez pour écraser les forces. Les mouvements rapides produisent une espèce d'ivresse mécanique. Un organe, quelque petit qu'il soit, lorsqu'il se meut rapidement, tend à mettre à son pas tous les autres organes du mouvement. Dans une marche rapide, et plus encore dans une course, l'esprit est excité, les gestes et la parole s'accélèrent, le visage trahit une tension insolite.
Les exemples de cette classe de mouvements sont abondants. Nous citerons seulement, la chasse, la danse, la véhémence de gestes et de parole des orateurs, qualités qu'on estime autant pour leurs effets stimulants que pour les sensations propres qu'elles nous donnent. Dans les cultes exstatiques de l'antiquité, dans les mystères de Bacchus et de Démèter, une frénésie particulière s'emparait des initiés et produisait une jouissance des plus intenses, dont l'expression allait jusqu'au délire et «à la fureur. Les Orientaux de nos jours se procurent le même état par des moyens analogues, une danse furieuse entraînée par une musique rapide au milieu d'une foule emportée.
Les mouvements, quand ils sont trop rapides, excitent le cerveau jusqu'à produire la défjiillance et le vertige (1).
(1) Voyez page 32.
Ainsi donc, en résumé, la résistance passive est une source de plaisir dans un organisme sain, un dérivatif de l'excitation morbide du cerveau et l'origine de la sensibilité la plus générale, la plus fondamentale, qui constitue la conscience de l'objet ou monde extérieur. Les mouvements lents sont d'une famille voisine des plaisirs passifs, et ils nous affectent peutêtre plus par les nerfs sensitifs que par les nerfs moteurs des muscles. Les mouvements rapides nous affectent moins comme mouvement que comme des stimulants d'une action plus vive; ils ont pour effet un accroissement d'activité mentale pour le sentiment, la volonté et la pensée.
Un sentiment remarquable qui se rattache aux mouvements est celui qui provient d'une subite perte d'appui, quand, par exemple, la planche, ou un objet sur lequel nous sommes placés, vient à manquer tout à coup. Il faut à la contraction d'un muscle deux points fixes de résistance à ses extrémités. Si l'un des deux manque, la force de contraction ne peut plus s'exercer sur rien; subitement privée de résistance, elle ne produit pas brusquement un rapprochement convulsif comme dans un ressort, mais la force de contraction cesse presque immédiatement, et la sensation qui en résulte est une des plus désagrables. Cette sensation semble plutôt provenir d'une vibration communiquée au système nerveux que d'une influence refluant du muscle. Tout l'organisme est agité d'un choc en retour, le corps se couvre d'une sueur froide, le cerveau est saisi de la sensation de la nausée. Il est probable que la cause particulière dont la répétition produit le mal de mer est de môme nature. Quand le navire descend, le mouvement produit le môme effet perturbateur à un moindre degré, et quand le mouvement se répète longtemps Teffet est plus mauvais encore que celui de la perte d'appui quelque subite qu'elle puisse être. On n'est pas d'accord sur l'action physiologique qui donne lieu à ce malaise; mais la sensation qui l'accompagne est une des plus cruelles que l'homme ait à subir ; c'est la forme la plus intense, la plus exagérée de la nausée (1).
(1) On a expliqué le mal de mer en disant que c'est reffet d'un flux et d'un reflux excessif de san£>: dont la tête serait le siéî^e. Quand le vaisseau descend, le sentiment de perte d'appui est accompap:iié par un flux rapide de sang vers le