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SENSATIONS ORGANIQUES DES NERFS

Les nerfs et les centres nerveux, outre leur action propre dans la transmission de la sensibilité, ont des sensations qui proviennent de la condition organique de leur propre tissu. Les blessures et les maladies des nerfs produisent de vives douleurs. L'épuisement nerveux et la fatigue ont pour résultat des sensations bien connues, dont les formes extrêmes sont d'atroces douleurs; le repos, les stimulants, engendrent une condition opposée en opérant un changement dans l'état de la substance nerveuse.

Les douleurs nerveuses provenant de coupures, blessures et maladies de la substance sont très-vives. Quand un muscle est contracté par l'effet d'un spasme, l'influence se transmet de la fibre musculaire au nerf, et l'affection des fibres nerveuses semble secondaire; mais dans les afl'ections névralgiques l'influence se montre d'abord^ et n'est pas le produit d'une transmission.

Toutefois une difficulté se présente. La substance nerveuse est nécessaire à toute sensibilité; rigoureusement parlant, toute forme de plaisir et de peine est physiquement exprimée par quelque condition du cerveau et des nerfs. Nous ne nous occupons dans ce chapitre que des effets qui proviennent d'actions exercées directement sur le tissu nerveux, et non d'actions transmises par les organes des sens ou par des émotions. Ces actions directes se manifestent dans les lésions et les maladies des nerfs, dans l'emploi de drogues stimulantes et dans les

Opérations qui nourrissent et affaiblissent la substance cérébrale.

La fatigue neroeme et l'épuisement nerveux, poussés à un certain degré, sont des états très-pénibles. Ces états sont les efJcts d'une dépense excessive sous n'importe quelle forme d'exercice de l'innervation : de peines excessives, d'excès de plaisir, d'un excès de méditation, d'un effort trop prolongé du corps ou de l'esprit. Le résultat immédiat de ce travail excessif est un défaut de nutrition de la substance nerveuse, ou un abaissement de l'action nerveuse. La sensation qui en est le produit peut être décrite sans peine. L'aggravation la plus douloureuse de cet état se produit quand une activité morbide, indépendante de la volonté du patient, l'entraîne pour un temps dans un épuisement profond.

Cet état de l'esprit demande une description complète et méthodique. La douleur qui en constitue la qualité est excessive. Cette douleur est marquée non par l'acuité, mais par la quantité. C'est une sensation étendue sur une large surface et oppressive. Nulle formule n'en peut exprimer le caractère particulier. Il faut faire appel à l'expérience du lecteur. La réaction d'une excitation intense, l'épuisement produit par une perte cruelle ou une profonde mortification, nous en ofl'rcnt des exemples. Nous en trouverons d'autres en l'opposant aux états que nous allons faire connaître. L'expression de ce sentiment est douloureuse, non aiguë, mais profonde et absorbante; nos traits sont abattus, nous sommes agités, chagrins. Les actions que nous faisons sous l'influence de ce sentiment sont extravagantes et déplacées. Quand cet état prend ses formes les plus violentes, il porte au suicide. C'est une preuve de la perte totale de fraîcheur et de santé dans la substance du système nerveux. De là le triomphe final de l'ennui.

Quel ennui, quel ennui! Dieu, que ne suis-je mort!

C'est un sentiment trop puissant pour être fidèlement reproduit quand la réalité s'est évanouie. On ne saurait mieux le comparer qu'à celui auquel donne lieu le poids accablant d'un fardeau ou la fatigue dans les organes du mouvement. Malgré les difficultés inhérentes à l'imperfection du langage,

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augmentées par la nature variable des conditions mômes qui donnent lieu à l'épuisement nerveux, il est très-important d'en donner une descri})lion fixe et précise, parce que c'est là que viennent aboutir la plu[)art des autres douleurs. La lutte que nous soutenons contre les douleurs de toute espèce, corporelles et mentales, s'entretient aux dépens de la substance du système nerveux, et a pour résultat cette nouvelle forme de mal.

L'état de conscience qui résulte d'une condition saine du tissu nerveux ou de l'action des divers stimulants est juste l'opposé de l'état que nous venons de présenter. Je ne m'occupe pas de l'usage ni de l'abus de ces stimulants, je me borne à indiquer l'efTet qui leur est commun à tous, et pour lequel nous y avons recours, effet que produit aussi la condition naturelle des organes nerveux quand ils ont toute leur vigueur, comme dans la jeunesse. L'effet physique produit dans les tissus par ces stimulants se résume probablement en l'un ou l'autre de ces faits : un aftlux abondant de sang artériel ou une grande activité d'assimilation nerveuse suivant les modes qui gouvernent la sensibilité. La conscience elle-même s'accompagne d'un sentiment de plaisir, qui peut être très-grand, tant par le degré que par la quantité. L'action et le désir qu'elle provoque tendent naturellement à la reproduire indéfmiment. Mais cet état, une fois passé entièrement, n'est remémoré ou imaginé qu'avec peine, soit qu'une condition opposée ou une intermédiaire et neutre en ait pris la place.

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