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SENSATIONS ORGANIQUES DE LA CIRCULATION ET DE LA NUTRITION

La circulation du sang par les artères et les veines sous l'impulsion du cœur, la sécrétion des matériaux nutritifs ou des matières excrémentitielles dans les tissus et les glandes, les divers actes d'absorption qui correspondent à ces opérations ont aussi leurs sentiments concomitants. Mais la sensation qui naît des différents degrés de vigueur que présentent ces opérations est vague et difficile à isoler. Nous pouvons supposer avec quelque probabilité que la dépression d'un pouls lent et d'une circulation languissante a son siège dans les capillaires répandus partout dans le corps, ou que c'est une sensation du méca-

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nisme circulatoire. Nous songeons à deux sensations terribles : la soif et l'inanition.

La soif se révèle par une sécheresse de la bouche et de la gorge, accompagnée d'une sensation d'âpreté et de chaleur dans le pharynx, le palais et la base de la langue; elle résulte d'un manque d'eau dans le sang, relativement à ses éléments solides. Elle est produite par une transpiration surabondante, l'inhalation d'un air sec, l'ingestion d'aliments solides, ou dans la composition desquels entrent des matières salées ou d'autres qui s'emparent de l'eau pour elles-mêmes. On la sent quelquefois alors même que la bouche n'est pas sèche ; comme elle peut manquer dans le cas contraire ; il faut l'attribuer à quelque dérangement nerveux.

L'inanition diffère de la faim, mais on peut les réunir quand on parle de digestion, à cause de leurs causes physiques.

Les sensations de soif et d'inanition, poussées à l'extrême, sont des états de souffrance étendue, profonde, intolérable. Elles sont bien plus intenses que la simple dépression nerveuse, et par suite stimulent une expression plus véhémente, une activité plus énergique. Alors même qu'elles ne sont pas accompagnées par la terreur de la mort, elles excitent des passions furieuses. Comme d'autres états organiques, il n'est pas facile de les reproduire quand elles sont passées; mais la peur, l'agitation et l'énergie qu'elles produisent quand elles sont présentes, laissent une impression bien plus durable qu'un simple accablement.

L'état de conscience qui résulte d'une circulation vigoureuse, avec tout ce qui en peut être la conséquence, est une des sensations les plus caractéristiques de l'existence purement animale. Il y a un frérnissement de satisfaction physique, sinon très-aigu, au moins d'une étendue considérable; une douce chaleur se fait sentir partout, qui nous dispose au contentement serein et passif.

Il semble que ce soit par la circulation que nous sommes sensibles aux changements atmosphériques, particulièrement pour ce qui concerne l'humidité ou la sécheresse. On trouve que dans une atmosphère sèche, la circulation capillaire s'accélère, et qu'elle se ralentit dans une atmosphère humide. L'influence de la chaleur et du froid s'étend probablement à la circulation et aux fonctions nutritives.

fl*^ SENSATIONS Di: LA RESPIUATION.

La respiration est la Ibnclion par la([ii('ll(' un échange de gaz se lait onlre rinlérieur d'un èlre organisé et le milieu extérieur. Dans le règne animal, l'oxygène est le gaz l'ourni par l'air ambianl, l'acide carbonique, le gaz éliminé par l'organisme. Les liquides du corps ont besoin d'être mis en rapport avec l'air; si ce rapport cesse, la mort ne tarde pas à survenir; s'il est mal soutenu, la force de l'animal s'abaisse; il éprouve une sensation douloureuse particulière. Chez l'homme et les animaux qui vivent dans l'air, il existe un appareil destiné à recevoir l'air, les poumons, qui se dilatent et se contractent alternativement par un appareil musculaire, afin d'aspirer et de refouler l'air.

Nous avons dans l'action des poumons tous les éléments constitutifs d'un sens; un objet extérieur, l'air atmosphérique, qui opère par contact sur la membrane d'enveloppe des tubes et des cellules pulmonaires; un oigane de sens et un état de sentiment, ou de conscience, qui en est le produit. Ce qu'il y a de particulier dans ce sens, c'est qu'il est entièrement émotionnel; il engendre du sentiment plutôt qu'il ne fournit des matériaux à la connaissance, des formes à l'intelligence; il prend donc rang parmi les sens inférieurs, non parmi les supérieurs.

L'objet de ce sens, l'air extérieur, diffère beaucoup suivant les circonstances par ses quaUtés respiratoires, c'est-à-dire par sa pureté. La pureté de l'air est altérée par la perte d'oxygène, quand le même air est fréquemment respiré, ou bien par l'accumulation d'acide carbonique, conséquence du même fait, ou bien encore par la présence de gaz étrangers, d'exhalaisons d'origine animale ou végétale, ou d'autres causes.

Dans un air confiné, ces altérations s'opèrent plus rapidement. La seconde, l'accumulation d'acide carbonique, est la moins dangereuse; car, quoique la production d'acide carbonique par la combustion du charbon dans une pièce fermée soit dangereuse pour la vie, ce gaz ne s'y accumule pas d'ordinaire

Icn quantité suffisante pour faire du mal, si d'ailleurs il est mêlé à de l'air pur. La perte de l'oxygène et l'accumulation de

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gaz provenant de la destruclion des tissus sont les principales causes qui vicient l'atmosphère.

Vorgane, le poumon, présente, par l'effet de sa structure, une surface très-développée h l'action de l'air; des vaisseaux capillaires y sont distribués, serrés sous une membrane d'enveloppe, en sorte que l'échange des gaz se fait à travers ce double obstacle : la membrane et le tube du vaisseau. L'appareil musculaire qui entretient le mouvement de soufflet se compose du diaphragme et des muscles abdominaux d'une part, et de ceux des côtés et de la poitrine de l'autre. L'intégrité et la vigueur de ces muscles et des centres qui entretiennent et règlent leur action est une condition d'une respiration normale.

Les centres nerveux respiratoires sont stimulés de toutes les parties du corps, mais principalement de celles qui comme les muscles sont grands consommateurs d'oxygène. Une partie du nerf vague sert à maintenir le rhythme des poumons, et aussi à transmettre le sentiment de la suffocation.

Les sentiments de la respiration, les agréables comme les pénibles, sont tranchés. Ils comprennent la satisfaction que cause l'air pur, relevée encore par le plaisir de l'exercice musculaire, les divers degrés d'oppression qu'on éprouve dans les salles trop remplies de monde et saturées de gaz délétères, la suffocation ou manque d'air, sensation angoissante, et les douleurs qui sont les effets des maladies pulmonaires.

L'influence de l'air pur et excitant largement aspiré s'étend au loin sur tout l'organisme, élevant l'activité de toutes les autres fonctions par l'amélioration de la qualité du sang. Les conséquences indirectes ne masquent pas totalement la sensation agréable qui provient des poumons mêmes, et que nous rapportons à la région thoracique ; cette sensation n'est ni aiguë, ni très-saillante, mais elle possède une qualité précieuse bien connue, la fraîcheur, ou le rafraîchissement. Cette qualité implique évidemment un contraste, car nous ne la percevons que quand nous passons d'un degré inférieur à un degré supérieur d'aération. Nous pouvons la senlir en tout temps en retenant pendant quelque temps notre respiration, pour lui rendre ensuite toute liberté. Nulle description technique n'en peut apprendre là-dessus plus que nous n'en savons par notre propre expérience ; toutefois, il n'est pas sans intérêt de faire

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c'oll(* (lescriplioii i)()iii' la coinparer ;ivec nos autres scnsaLioiis. Ainsi que nous vcnmis de le rciiiai'iiiKM', la sensation dépend du contraste de la i)liis grande activité des poumons avec une activité moindre qui la précédait immédiatement. On peut anirmer que mdle sensation ne vient des i)oumons quand une allure donnée y dure depuis longtemps; mais toute accélération dans la proportion de l'échange des gaz (ce qui ne veut ])as dire la [)roportion de la respiration) nous donne pour quehiue temps la sensation délicieuse du rafraîchissement qui porte immédiatement à notre esprit un élément de honheur, stinude l'activité et nous excite à désirer les récréations à la caujpagne et l'exercice du corps.

Les sensations causées par l'insutlisance ou l'impureté de l'air se manifestent par de la défaillance, de l'épuisement, do l'accablement, elles ne sont point l'effet du sens pulmonaire seul, mais aussi d'un état de prostration du corps en général. La sensibilité caractéristique des poumons se montre dans un état appelé suffocation, né du manque d'air, comme quand on se noie, ou qu'on séjourne dans une atmosphère viciée par des gaz délétères, tels que le chlore, l'acide sulfureux, qui se retrouve encore dans les accès d'asthme ou qu'on peut provoquer en retenant sa respiration. « Quand on retient sa respiration quinze ou vingt secondes pendant une respiration régulière, ou bien quarante secondes après une inspiration profonde, une sensation insupportable se manifeste dans toute la poitrine, concentrée sous le sternum ; nul effort alors, ne peut maintenir la suspension de l'acte respiratoire. Cette sensation urgente de manque d'air, quand elle est poussée jusqu'à l'extrême par quelque obstacle mécanique à l'aération du sang, est des plus douloureuses et des plus accablantes; elle peut être rapportée aux plexus nerveux des poumons, qui se distribuent aux. bronches et probablement aux parois des lobules et des cellules. L'impression causée sur ces nerfs périphériques par l'absence de l'oxygène et la présence anormale de l'acide carbonique dans l'air qui les frappe, se propage à la moelle épinière et à la moelle allongée par le grand sympathique et le nerf vague, et y excite les actions combinées des muscles inspirateurs qui produisent le renouvellement de l'air. » (Todd et Bowman, II, ^03.) La sensation est de la classe des dou-

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leurs atroces, mais une partie de cette sensation doit revenir au tissu musculaire.

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