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SENSATIONS DES ÉTATS ÉLECTRIQUES

11 est très-difficile de rien dire de précis sur cette classe de sensations, mais l'intérêt qui s'y attache défend de les passer sous silence.

Le choc électrique d'une bouteille de Leyde est le plus simple peut-elre de tous les effets électriques ; et pourtant nous ne sommes pas en état de décrire le changement qu'il produit dans les tissus affectés. Un choc' trop puissant détruit la vie, par exemple celui de la foudre. Le caractère principal de ce sentiment est la soudaineté de l'action; l'effet pénible est celui d'un coup, d'une secousse. Faible, la sensation nous laisse une impression pénible qui nous détourne de renouveler l'épreuve ; forte, elle ne laisse aucun doute sur la tendance désorganisatrice du choc, et nous en gardons un souvenir comme d'une chose redoutable. Le choc de la pile est très-diflerent, un courant continu a pris la place d'un choc instantané ; pourtant le caractère pénible est demeuré. D'abord on ne ressent qu'un petit choc, puis une sensation de chaleur et une sensation dans les chairs, comme si elles étaient déchirées ou arrachées, ce qui devient bientôt intolérable. La sensation déchirante est portée à l'extrôme avec la machine électro-magnétique de Faraday, 011 le courant, au lieu de conserver la même direction, passe du pôle positif au négatif, et vice versa plusieurs fois en une seconde. Les sensations que fait éprouver cet appareil sont cruellement douloureuses. Dans certaines maladies on emploie des décharges plus faibles comme stimulant. Il semble que l'électricité ait la propriété de raviver l'action des nerfs paresseux, et que l'électricité des appareils électro-magnétiques produise de meilleurs effets que rélectricité commune.

L'électricité atmosphérique produit sans doute d'autres scn-

salions que le choc du tonnerre. On admet que son inlluence éveille dans certains cas une agréable animation dans l'organisme humain, tandis que dans d'autres elle produit un effet pénible et déprimant. Beaucoup de personnes éprouvent une sorte d'irritation au commencement d'un orage. L'état fortement électrique de l'atmosphère, quand l'air est froid et sec, passe généralement pourtonique ; au contraire^ on peut rapporter à un défaut d'électricité une partie de la dépression que nous éprouvons par un temps chaud, humide et étouffant (1).

Mais il reste beaucoup à faire pour prouver la vérité de ces croyances populaires. Le moment de la plus grande influence de l'électricité sur la sensibilité humaine est le début d'un tremblement de terre ou d'une éruption volcanique; on sait que le magnétisme terrestre subit alors de violentes perturbations. En ces occasions, des sentiments de dépression allant jusqu'à la nausée et au mal de mer saisissent les hommes et les animaux comme si quelque grand stimulant de la vie disparaissait subitement.

Le baron Reichenbach s'est appliqué à produire par le magnétisme de nouvelles sensations; mais comme on a pu les produire par d'autres agents, des cristaux, la chaleur, la lumière, des combinaisons chimiques et la main de l'homme, on ne peut guère les attribuera l'action magnétique.

Reichenbach signale deux classes de sensations chez ses sujets, qui correspondent à la direction des courants : l'une froide, rafraîchissante, agréable, l'autre ayant les caractères opposés (2).

(1) Il résulte des observations de l'observatoire de Ke\v, que l'électricité de l'air est proportionnelle au degré de froid.

(2) Je ferai remarquer que bien que les expériences du baron Reichenbach aient été faites avec un soin inconnu avant lui dans cet ordre de recherches, à ce point qu'elles peuvent rivaliser avec les recherches scientifiques les plus certaines, il y a encore des doutes à conserver sur la question de savoir si l'imagination n'y a pas une grande part. Les admirables observations de M. lîraid sur l'influence des idées dans la production des certains états du corps montrent jusqu'où peut aller le pouvoir de l'imagination chez les individus de ce tempérament. (Voyez la Critique de M. Braid sur Reichenbach, et ses écrits en général.)

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