VIII PRÉFACE DU TRADUCTEUR
qu'on a adressé ce reproche, c'est aussi à une œuvre à l'égard de laquelle nous devons décliner toute compétence, celle intitulée : Première Grammaire anglaise. On. a dit que M. Bain ne considérait son sujet qu'à un seul point de vue, qu'il n'avait recours qu'à une seule méthode, et que, par suite, il se condamnait à laisser sans solution des problèmes qui ne peuvent se résoudre que par l'intervention d'un autre point de vue. Pour la grammaire, on aurait voulu qu'il fît jouer un grand rôle à l'élément historique ; pour la psychologie, on a exprimé le regret qu'il n'y ait pas introduit comme instrument d'explication la théorie de l'évolution. Si l'on se bornait à signaler ce que M. Bain n'a pas fait, si l'on n'avait pas d'autre prétention que d'indiquer une voie plus large, où il serait possible de constituer sur un plan plus vaste la science mentale, la remarque (nous n'y saurions reconnaître un reproche fondé) aurait sa véritable place dans un examen critique des fins poursuivies par l'auteur. A-t-on bien le droit de reprocher à un écrivain de n'avoir traité son sujet que d'après le plan qu'il avait conçu? Ce qu'a voulu M. Bain, c'est expliquer à l'aide des faits les facultés intellectuelles, leur manière de procéder dans l'acquisition des connaissances, la construction des croyances et la création des œuvres du génie. Pour cela, il a puisé dans ce vaste répertoire d'observations accumulées depuis le commencement du siècle par les physiologistes ; il n'a pas même dédaigné de se servir des faits recueillis par les observateurs du somnambulisme, décriés d'ordinaire, et souvent avec raison, pour leurs procédés d'explication arbitraires ou entachés de mysticisme.
L'ouvrage que nous publions est le résultat de ce travail ; c'est la théorie la plus développée qui ait encore été faite du rôle de l'association dans le jeu des facultés mentales. M. Bain s'est placé dans la voie indiquée par Hobbes et Hume, ouverte décidément par Hartley, où Th. Brown plus récem-