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ment s'est eni^a^é, et oii .lames Mill s'est distingue de ses devanciers par une plus i^rande rigueur sciontificiuo. M. Bain prend le lait de l'association comme un résidu irréductible de l'analyse des produits de la pensée, et suit les combinaisons multiples des éléments fournis par l'expérience dont ce fait est comme le ciment, à travers les idées des choses concrètes, les idées générales, les opérations de l'éducation intellectuelle et morale, les procédés ^entraînement de la volonté et des mouvements dans l'apprentissage des arts mécaniques ; il les poursuit aussi dans le raisonnement, les merveilles de la sagacité inventive du génie scientifique, comme dans les splendeurs de l'imagination artistique.
Un tel livre ne ressemble à aucun de ceux que les psychologistes ont l'habitude d'écrire; l'esprit n'y est point découpé en tranches, et ces tranches n'y sont point considérées à part sous le nom de facultés. Il est à craindre peut-être que par son originalité même il ne produise un effet que la théorie de l'association permettrait d'exphquer facilement. Il paraîtra confus, parce qu'il n'offre pas le genre d'ordre auquel nous sommes habitués; incomplet, parce que les détails qu'on voudrait voir réunis dans un même chapitre, sous un titre commun, sont séparés, dispersés, éloignés même, et placés sous des titres qui ne suggèrent pas tout d'abord à la pensée l'idée d'une étroite affinité. Cependant nous croyons que les lecteurs qui auront fait l'effort nécessaire pour vaincre ce premier obstacle opposé par nos habitudes françaises, se convaincront que ce volume de l'œuvre de M. Bain est un exposé complet « du mécanisme de l'intelligence, une exposition systématique des facultés cognitives qui comprend toutes les facultés vulgairement admises et en explique les fonctions. »
Nous avions l'intention de publier en même temps le volume intitulé les Émotions et la Volonté, et nous l'aurions réalisée, si les événements douloureux des dernières années
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ne nous en avaient empêché, aussi bien en détournant l'attention du public vers des questions qui s'imposent aux méditations de tous dans le trouble de l'heure présente, qu'en créant aux particuliers des devoirs peu compatibles avec les travaux patients que réclament les froides études de la psychologie. Depuis, ce retard s'est prolongé par une autre raison. Sous l'influence peut-être des critiques soulevées par les Émotions et la Volonté, M. Bain s'est proposé de faire subir à cet ouvrage une révision semblable à celle qu'il a déjà opérée sur les Sens et rintelligence, en vue d'ajouter à la précision du langage, à la netteté des affirmations, à la force des preuves. Devions-nous attendre cette édition revisée qui ne sera peut-être pas prête à la fin de l'année courante, et ajourner encore de longs mois la publication de notre traduction? Une considération nous v inclinait. Il nous semblait périlleux de lancer un ouvrage qui, contrairement aux habitudes françaises, finit brusquement, comme un simple chapitre, et à la manière d'un ouvrage interrompu, sans résumé ni conclusion, et qui laisse sans la traiter une bonne moitié du programme annoncé dans l'introduction. Mais pourquoi aurions-nous été plus timoré que l'auteur lui-même? M. Bain n'a-t-il pas laissé s'écouler quatre ans entre la publication des deux parties de sa Psychologie ? D'ailleurs, tout en cédant, nous conservons l'espérance qu'un aussi long retard ne nous sera pas imposé, et que la publication de la traduction de la deuxième partie pourra suivre de très-près celle de la troisième édition du texte anglais.
En abordant l'étude de l'esprit, M. Bain rencontrait le problème des rapports des phénomènes intellectuels avec l'organisme physique auquel ils paraissent attachés. Cette
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question s'impose aujourd'hui dans toutes les écoles de psycliologie, et le temps est bien passé où des professeurs de philosophie pouvaient recommander comme sérieuse une doctrine qui séparait absolument la psychologie de la physiologie.
Toutefois la physiologie est loin d'avoir atteint le degré de développement qui permettrait au psychologue d'y prendre, pour l'appliquer à ses propres travaux, une théorie du travail cérébral. Cette science ne possède encore aujourd'hui aucune donnée vraiment positive sur les communications et les relations, nous ne dirons pas des organes, mais des appareils qui composent la masse encéphalique, bien moins encore sur le mécanisme de leur action. Après les efforts avortés de l'école phrénologique pour locahser les facultés intellectuelles, les sentiments et les appétits qu'elle considérait comme élémentaires ; après la réduction qu'Aug. Comte avait fait subir à cette prétention qu'il ne retenait que dans sa forme générale, nous avons vu tenter récemment, mais sans succès, un nouvel essai de localisation. Des savants ont voulu, d'après des faits assurément bien observés, mais dont ils faisaient la base d'une induction aventureuse, fixer dans la troisième circonvolution frontale gauche l'organe cérébral de la parole, ou, si l'on aime mieux, en termes empruntés à la psychologie, le siège de la mémoire spéciale des signes du langage. Après de vifs et longs débats, où l'on peut regretter, sans s'en étonner, l'illégitime intervention de la métaphysique, il n'en reste pas moins constant qu'il n'est point permis d'affirmer cette localisation à quiconque comprend les rigoureuses exigences de la science en matière de preuve. Encore moins pourrait-on émettre la prétention d'édifier une théorie des relations qui unissent les détails anatomiques de structure de la troisième circonvolution frontale gauche avec les phénomènes biologiques spéciaux, d'ailleurs inconnus, qui constituent sa fonction prétendue. Et pourtant nulle
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question de physiologie cérébrale ne paraît se poser en termes plus simples ; nulle n'a mieux été étudiée.
Cependant, si le physiologiste sait peu, s'il se heurte à l'inconnu dès qu'il veut descendre dans les détails, ce qu'il sait a un caractère trop positif pour qu'il soit permis de méconnaître l'existence d'un étroit rapport entre les phénomènes cérébraux et ceux de la conscience. Il est d'ailleurs parfaitement licite d'assimiler les rapports de l'encéphale et des phénomènes d'intelligence, de sentiment et de volonté, aux rapports qui unissent la moelle épinière et les phénomènes de sensibihté et d'excito-motricité dont elle est le siège. En outre, et c'est une induction rigoureusement scientifique, l'activité cérébrale, sous quelque forme qu'elle se révèle, est la conséquence des phénomènes de nutrition accomplis dans les centres nerveux; elle est la manifestation du passage à l'état de force sensible d'une tension qui n'est que le résultat de la transformation des forces latentes dans les matériaux que le sang abandonne aux éléments du tissu nerveux : c'est une sorte de charge toujours prête, et qui n'attend pour partir que l'ébranlement résultant de la décharge d'une excitation fournie par les sens ou par toute autre partie du système nerveux. De plus, nous savons que le travail physiologique s'accompagne d'une production de chaleur libre, signe d'une oxydation active des tissus; nous savons encore que l'on a pu mesurer la durée du mouvement le plus élémentaire qui compose le travail cérébral, par des procédés tout à fait analogues à ceux qui servent à mesurer la vitesse des agents physiques. Il est donc permis d'affirmer d'une manière générale l'existence d'une liaison intime d'un rapport de succession ou de concomitance invariables entre les phénomèner. psychologiques attestés par la conscience, et les faits biologiques que peut seule découvrir la recherche expérimentale. Ainsi, à un fait de conscience donné correspond dans quelque partie de l'encéphale un phénomène dyna-
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rniqno biologique, ou un système coordonné de pliénomènos de cet ordre. On peut môme aller plus loin, et considérer les forces mentales comme convertibles, en vertu de la loi d'équivalence, soit en forces nerveuses, et par celles-ci en forces pbysiques, d'après un ordre donné, soit les unes dans les autres.
Telle est la conclusion à laquelle M. Bain s'est arrêté; et en s'y arrêtant, il conserve à la psycbologie une existence indépendante et un domaine spécial : celui des faits de conscience proprement dits. L'union des faits physiologiques avec les faits psychologiques, quelque étroite qu'on la suppose, ne fait pas disparaître la différence spécifique qui les sépare et qui les rend irréductibles. « Tout le temps que nous parlons de nerfs et de fibres, dit M. Bain, nous ne parlons pas le moins du monde de ce qu'on appelle proprement la pensée, nous énonçons des faits physiques qui l'accompagnent, mais ces faits physiques ne sont pas le fait psychologique et même ils nous empêchent de penser au fait psychologique. » Quand nous voulons saisir les phénomènes physiologiques, il y a une méthode que nous devons employer, c'est celle des recherches inductives, l'expérience sur autrui; quand nous voulons saisir un phénomène psychologique, il faut recourir à une méthode tout autre, celle de Y introspection ou observation sur soi. L'observateur qui suscite en autrui des faits psychologiques par l'expérimentation ne les aperçoit pas : il n'a devant lui que des faits physiologiques d'expression, de langage, de mouvement, qui lui suggèrent l'existence de certains faits psychologiques, d'après des rapports déjà connus, et fournis par l'observation sur soi. De la distinction spécifique des deux ordres de faits, de la différence des méthodes, résulte donc une distinction essentielle dans les deux sciences; mais s'il est nécessaire de maintenir deux ordres de faits distincts, il est permis de les unir par une corrélation soumise à la loi d'équivalence.
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L'union du physique et du moral qu'on a toujours été forcé de reconnaître, au moins implicitement, sous peine de tomber dans l'absurde et de s'épuiser en explications ruineuses ; cette union, quand nous cherchons à l'établir en suivant tous les anneaux de la chaîne, nous conduit à une constatation importante : c'est que les groupes des phénomènes donnes dans la conscience ne représentent pas tous les groupes de phénomènes qui se passent dans le domaine physique. La somme des premiers ne recouvre pas, pour ainsi dire, toute la surface occupée par les seconds. Il y a plus: tel phénomène que la conscience pose comme simple et irréductible, correspond non point à un élément physique simple, mais à un groupe d'éléments physiques coordonnés, en sorte que la conscience n'est pas purement une représentation sid generis des états du système nerveux, mais qu'elle est une représentation concentrée, de la nature d'une résultante, d'un certain nombre de ces états. En outre, les étals physiques représentés dans la conscience doivent posséder une intensité comprise entre certaines limites, en deçà et au delà desquelles ils restent enfouis dans l'obscurité de la vie animale, et n'arrivent point à ce premier degré de la connaissance qui consiste dans l'apercepîion d'une différence.
Cette considération nous conduit à une nouvelle conception des rapports de la psychologie et de la physiologie cérébrospinale, qui les rattache l'une à l'autre encore plus étroitement, et nous présente les phénomènes psychologiques que nous connaissions déjà par l'effet d'une révélation permanente et directe dans la conscience, comme constituant un groupe d'un ordre plus étendu, distingue de cet ordre par un caractère spécifique, mais obéissant aux mômes lois générales.
En attendant que M. Bain s'explique sur toutes les questions que soulève le problème de l'union du physique et du moral dans l'ouvrage annoncé [the Relations of Mind and Body), nous avons le droit de le compter au nombre dos savants qui
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adliôrent à crtto iTian ière de concevoir les rapports de la science mentale avec la biologie. Nous en avons pour preuve le soin qu'il prend de signaler, à propos de tout fait de conscience élémentaire de l'ordre de la sensibilité, les origines organiques connues d'où l'on peut le dériver, et l'accompagnement de phénomènes physiques qui en est comme la continuation actuelle, la diiïusion prolongée. D'ailleurs, quand il affirme l'irréductibilité psychologique des conditions qu'il appelle rétenlivité, contiguïté, similarité, constructivité, d'après lesquelles les impressions se fixent, s'associent, se combinent, soit d'unité à unité, soit d'unité à groupe, soit de groupe à groupe; quand il reconnaît l'impossibilité de rendre raison au nom de la science psychologique des différences si frappantes qui constituent l'inégalité des intelligences, des caractères, des aptitudes productives, nesemble-t-il pas avouer que tout ce qui constitue les différences des causes, différence révélée dans l'esprit par celle des effets, doit être cherché hors de l'esprit proprement dit, dans des couches plus profondes de phénomènes qui diffèrent des phénomènes psychologiques par un seul point, à savoir, qu'ils ne sont jamais donnés directement dans la conscience? En cela M. Bain n'innove point; il ne fait que suivre, mais avec plus de logique, l'exemple de Hamilton, qui admettait pleinement cet ordre de faits, en leur donnant toutefois un nom où se trahissait l'esprit de contradiction qui n'a cessé de rompre l'unité de ses éminents travaux. Non, il n'y a pas, comme le prétendait Hamilton, une conscience latente, ce qui voudrait dire une conscience inconsciente ; mais il y a des faits qui ont les mêmes propriétés que ceux qui appartiennent à la conscience, sauf une seule, celle d'être aperçus directement. Ces faits sont du domaine d'une science plus compréhensive, qu'on ne peut aborder que par la recherche inductive, à l'aide des méthodes d'observation et d'expérimentation usitées dans les sciences dites de la matière.