‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 45 sur 146 · V. — Non»i lU» l'ouÏ · texte numérisé non relu

V. — Non»i lU» l'ouÏ

Objets de l'ouïe, — l'oieille, — rôle des parties de l'oieille dans la sensation de sou. — Classification des sensations de son^ — douceur, — intensité, — force, — volume ou quantité, — hauteur ou ion, — harmonie et discordance. — timbre, — sons articulés, théorie d'Helmholtz sur les sons-voyelles, — distance, — direction, — durée d'une impression de son, — sensations subjectives de son.

Le sens de l'ouïe est plus spécial et plus localisé que celui

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du tact, mais c'csl comme le tacl un sens mécanique et non un sens chimique comme ceux du goût et de l'odorat.

Les objets de l'ouïe sont les corps matériels en état de vibralion causé i)ar un choc; les vibrations se communiquent à l'air et se transmettent par ce milieu à la cavité de l'oreille.

Tous les corps sans exception sont susceptibles de vibration sonore; mais les vibrations qu'ils présentent diffèrent grandement par l'espèce et le degré. Les métaux sont les sources les plus puissantes de sons, par exemple les cloches; après viennent les bois, les pierres. La propriété nécessaire à la production des vibrations sonores est une structure dure et élastique. Les liquides et les gaz rendent peu de son, à moins qu'ils ne soient frappés par des solides. Le hurlement et le bruissement du vent proviennent de ce qu'il joue sur la surface de la terre comme sur une harpe éolienne. Le tonnerre est un son purement aérien; l'effet qui nous paraît si grand est en réalité très-petit en comparaison de la masse d'air mise en mouvement.

11 appartient à la science de l'acoustique d'expli{[uer la production du son et les formes des instruments sonores de toutes sortes. Ici nous avons à nous occuper du son et non des instruments qui les produisent. La voix humaine qui a sa place marquée dans un traité de l'esprit la trouvera dans un autre chapitre.

h' organe de l'ouïe est l'oreille. Cet organe présente à considérer trois parties : l'externe, la moyenne ou tympan, et l'interne ou labyrinthe; les deux premières sont des accessoires et des dépendances de la troisième, qui est la partie sensible de l'organe.

L'oreille externe est formée d'une partie qui fait saillie sur les cotés de la tête, appelée la conque, et d'un conduit ou méat qui mène au tympan dont il est séparé par une membrane tendue au devant de l'oreille moyenne (membrane du tympan).

Le tympan est une cavité étroite, irrégulière, creusée dans l'épaisseur de l'os tempoial, placé entre l'oreille interne et le conduit auditif externe. Il reçoit de l'air du pharynx par la trompe d'Eustache; il contient une chaîne d'osselets au moyen tiesquels les vibrations parvenues au fond du conduit auditil

SKNS DK L (Mir.

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oxlcrnc. cl coMiminiiqnécs à l;i iiicinluaiii' du LvMi[)aii soiil lriin>iiiiscsà travers ia cavilr inoyciinc à l'oreille interne, c'est-à-diro a la iiailie sensible de l'di'uane. l.e lyinpan eoidienl aussi de pelils muscles el de.^ liuaiuenls apjiailenant à ces osselets, et des nerls ([ui se leiininenl dans eelhî eavilé, ou ne font que la traverser \)0[w se rendi'e ailleurs.

Fis. G. — Oreille tuoijcDiir, vue })fir sa jiarlie enitreieniT ri cxterac. 1, 2, cavitt' de l'ort-illo nioyeiiiif? ou caisse du tNni[uiii ; 4. IViiôtro loiide ; 5, marteau ; 0, enclume, dnut la longue braociie lUr'gi'e en bas- s'articule avec I étrier [lar l'Iutcnnédiaire de l'os lenticulaire; 10, canal de la trouijx- d'Kuî-tnclic.

La caisse du tympan est fermée en dehors i)ar la membrane du tympan qu'on peut apercevoir au fond de l'oreille. Cette membrane est légèrement concave en dehors; elle est tendue obliquement de manière à former avec la partie antérieure el inférieure du méat un angle à A5°. Le manche d'un des osselets du tympan, appelé le marteau, pénètre entre les couches interne et moyenne de la membrane, un peu au-dessous de sou centre, et s'y attache fermement; et comme le manche du marteau est légèrement dirigé en dedans, la face externe de la membrane prend une forme concave.

La paroi interne du tympan formée par la paroi externe de l'oreille interne est très-inégale et présente plusieurs éminences et ouvertures. Les ouvertures sont au nombre de deux, l'une ovale (fenêtre ovale), l'autre ronde ou triangulaire (fenêtre ronde). Toutes deux sont fermées par des membranes qui ferment parfaitement l'oreille interne, et isolent le liquide qu'elle

coiitient. Jj'uiic, la renôtre ovale, donne allacbe à un osselet; l'autre, la fenêtre ronde, est libre. Ces deux ouvertures sont les passages par où les vibrations sonores pénètrent jusqu'au nerf auditif.

Les osselets du tympan, appelés des noms des objets auxquels ils paraissent ressembler, sont, en allant de dehors en dedans, le marteau, attaché à la membrane du tympan; l'enclume et l'étrier fixé à la fenêtre ovale. L'enclume est placée entre les deux autres osselets et forme avec eux une sorte d'arc articulé ([ui met en communication les deux parois externe et interne de la cavité tym panique, et transmet les vibrations de la membrane du tympan au liquide contenu dans le vestibule de l'oreille interne.

Il y a de petits muscles qui règlent les mouvements de ces osselets.

L'oreille mterne ou labyrinthe, siège de la sensibilité de l'or • gane, est contenue dans la portion pierreuse de l'os temporal, et formée de parties de structure différente ; on y distingue un labvrinthe osseux et un membraneux.

ji'ij. 7. — Cad tés du labyrouhr ouvertes j)ovr montrer lu disiribution des raniifti'Uitins di' nerf acoustique dans l'oreille interne. A, B, C, cauaiix tlemi-cireuluiies osseux ouverts ; D, ye>-lihule ()!«scnx ouvert; K, feiu'-tre roiiilH ; G, limaçon ouvert, lame des eontour-;; 11, lame spirah- -•ir laquelle s'épanouissent les filets terminaux de la hranelie eoeldéenne du nerl' aeoustitjue; L, sommet (!►• l'axe dn liinaeon; ÏN, saecule du vestilmle; l', utiicule du vestibule : M, canaux demi-ciiculuiies miinhraneux ; V, X, Y, ampoules îles eauaux memhraiuMix sur lesquelles se portent les braiu:hes ampullaires (lu rameau vestibulaire du nerl" aeoustiiine ; I, nerl' saeeulaire ; •2, nerf utriculaire ; 3, nerl' ampullaiie |tostérieur.

Le labyrinthe osseux creusé dans l'épaisseur de l'os temporal se divise en trois parties imparfaitement délimitées, c(Minues

SKNS 1)K I/OUÏK. 161

sous les noms do vesLibiile, canaux semi-circulaires et limaçon; il csl doublé d'une niemhiane séreuse, mince, ([ui sécrèlc un liquide clair.

Le labyiinlhe membraneux, contenu dans le labyrinthe osseux et plus petit que lui, en est séparé par le liquide clair (pie nous venons de mentionner. Le tissu du labyrinthe membraneux supporte les ramifications nombreuses et ténues du nerf audilir et contient un liciuide sécrété.

Le vestibule est la chambre centrale de l'oreille interne; c'est la partie du labyrinthe qui regarde le tympan, et présente les orifices dont nous avons déjà parlé. Les canaux semi-circulaires sont trois tubes osseux situés en haut et en arrière du vestibule, où ils s'ouvrent par cinq ouvertures; chacun de ces tubes est courbé de telle sorte qu'il décrit plus d'un demi-cercle. Le limaçon est un cône obtus, portant à sa surface un sillon en spirale qui donne à cette portion du labyrinthe un peu de ressemblance avec une coquille spiroïdc, ce qui lui a valu son nom. L'intérieur du limaçon est un canal spiral divisé en deux par une mince cloison qui manque au sommet du limaçon. Le canal s'ouvro librement dans la cavité du vestibule.

Il faut donc considérer le labyrinthe comme une chambre à forme compliquée remplie de liquide, et contenant aussi une expansion membraneuse pour la distribution du nerf de l'ouïe. Nous allons voir Yaction de ces diverses parties dans la production des sensations du son.

Les ondes sonores pénétrant dans le conduit de l'oreille interne, viennent frapper la membrane du tympan. La structure de l'oreille externe est disposée de façon à recueillir et à concentrer les vibrations, comme un cornet acoustique. Par sa forme la conque offre aux ondes une surface qui les réfléchit et les dirige en dedans ; on admet que ce conduit augmente l'intensité du son par résonnance. Arrivées à la membrane du tympan, les vibrations se transmettent à la surface et la mettent d'autant plus facilement en vibration qu'elle est très-mince et d'une structure délicate. L'expérience a montré que le seul moyen de recevoir avec succès les vibrations de l'air, c'est d'établir à cet effet une membrane tendue de ce genre. Les vibrations de la membrane se transmettent à la chaîne d'osselets qui traverse l'oreille moyenne, et qui, par la fenêtre ovale,

^62 t'E LA SENSATION.

est en rapport avec le liquide contenu dans l'oreille interne. C'est ainsi qu'une série de battements se transmet au liquide, se répand en ondes dans les canaux du labyrinthe, et agit par compression sur la portion membraneuse et, par elle, sur la couche formée par les fibres du nerf auditif; cette compression est l'antécédent immédiat de la sensation de l'ouïe. Le caractère de la sensation varie naturellement avec le caractère des ondes; comme celles-ci, elles sont fortes ou faibles, rapides ou lentes, simples ou composées, etc.

Il y a peu de différence d'opinion sur la marche des ondes; on a imité dans des expériences ce mode naturel de transmission, et l'on a trouvé que l'arrangement des parties favorise l'effet final, à savoir la compression douce des filets du nerf acoustique. Nul aulre milieu ne peut favoriser ce contact aussi bien qu'un liquide; mais pour que le liquide soit ébranlé, il faut qu'entre lui et l'air un appareil soit interposé. Cet appareil intermédiaire est solide et composé de deux parties : la première est une membrane légère, tendue, que les vibrations de l'air peuvent impressionner; la seconde ferme et solide, la chaîne des osselets, qui produit dans le liquide des oscillations suffisamment puissantes. Une fois affectée, la membrane peul communiquer ses vibrations aux osselets, dont le dernier, l'étrier, est disposé de manière à les transmettre au fluide du labyrinthe. Jusqu'ici, l'opération est suffisamment inlelligible.

Les fonctions distinctes des diverses parties de l'oreille interne ne sont pas connues. Dans le limaçon, la partie la plu> importante, la membrane, où le nerf s'épanouit, prend une forme dentelée; elle contient aussi des lamelles élastiques. La longueur de chaque lamelle est d'environ ^{^ de pouce, ol son épaisseur de i^soi) ^^ pouce. Les lamelles reposent sui' les extrémités des denticules de la membrane, où elles sont arrangées comme les touches d'un piano, et étroitement reliées ensemble. Wundt croit que les différentes notes affectent différentes parties du nerf de l'ouïe, grâce il cette disposition, et que, de même que les corps élastiques répondent à quelque note, et restent en repos quand d'autres notes résonnent, les lamelles élastiques se divisent en groupes pour chaque note, et excitent en conséquence les fibres nerveuses qui leur correspondent.

SENS i)i: l'ouïe. 163

Dans lu caissiî du tympan il y a trois muscles attaches aux osselets. Le plus grand, appelé tensor tympani, s'insère sur le niarleau, et sa direction lui permet de lirei' en dedans et de (endre la membrane du tympan. Le second, loxator (i/rnpani, ([ui s'insère aussi an marteau, passe pour i)roduiie l'action inverse; mais on conteste que ce soit un muscle: la mcnibrane se relàclu>rait alors par simple élasticité quand l'action du tenseur viendrait î\ se suspendre. Le troisième muscle, sta^yedhis, attaché i\ l'étricr, semble régler le contact de cet osselet avec la membrane de la fenêtre ovale ; le tenseur du tympan concourt avec le muscle de l'étricr pour tendre cette petite membrane.

On n'a pas suffisamment constaté les conditions qui président au fonctionnement du tenseur du tympan, ni l'effet qui l'accompagne. La seule observation précise sur ce sujet est oelle de Wollaston, à savoir que, lorsque la membrane du tympan est tendue, l'oreille devient moins sensible aux sons graves, tels que les notes basses de l'orgue ou les bruits du tonnerre et du canon. En conséquence, quand l'oreille est exposée à des sons très-intenses dans les notes basses, comme le bruit de l'artillerie, l'action du tenseur du tympan en amortirait l'effet. Elle ne ferait rien ou presque rien dans l'audition des sons aigus, tels que les notes perçantes du sifflet. Il est probable que les sons excitent ces muscles par voie réflexe, ou bien que ces muscles appartiennent à la classe des muscles volontaires, c'est-à-dire qu'ils peuvent être mis en jeu quand nous nous préparons à écouter ou que nous voulons résister à <les sons trop bruyants. La seule circonstance qui puisse passer pour déterminer l'action réflexe du tenseur du tympan, c'est rintensité du son. On peut supposer qu'un son quelconque provoque une action réflexe qui tende la membrane du tympan, et que cette action est d'autant plus grande que le son est plus ■fort. Quand les sons sont trop bruyants et qu'ils appartiennent aux notes graves, la tension de la membrane les adoucit; quand ils sont trop bruyants et qu'ils appartiennent aux notes aiguës, la tension n'a aucun effet ou elle aggrave le mal.

<( M. Wollaston a fait de nombreuses expériences sur les effets de la tension de la membrane du tympan : il a trouvé qu'elle produit toujours la surdité pour les sons graves, ce qui équivaut à la surdité générale, puisque la plupart des sons ordi-

iiaires sonl bas. Cependant, la tension de la membrane du tympan favorise l'audition des sons aigus. Millier remarque, et nous avons fait souvent la même observation, que le roulement sourd des voitures sur un pont, le bruit du canon, le son du tambour dans le lointain, cessent d'être entendus quand la membrane du tympan est tendue; tandis qu'on peut entendre distinctement le piétinement des chevaux sur le pavé, le craquement aigu des ressorts des voitures et le froissement du papier. » (Todd et Bowman, 11, 95.)

Les sons, considérés comme sensation, peuvent être divisés on trois classes : la première comprend des effets de son auxquels toutes les oreilles sont sensibles, ce sont les effets de la qualité, de l'intensité, du volume ou quantité ; la seconde classe comprend les sons musicaux, pour lesquels il faut une aptitude à percevoir la hauteur; enfin, dans la troisième prennent place les sensations données par l'articulation, la distance et la direction des sons : ce sont celles qui participent le plus de l'intelligence.

Douceur. Les mots doux, riche, moelleux, s'appliquent aussi aux effets des sons simples: ce sont les qualités agréables des sons. On distingue les instruments et les voix par la douceur de leurs notes particulières; il y a quelque chose dans le mécanisme matériel d'un instrument qui donne un effet doux et riche tout à fait indépendant de l'air qu'il joue. D'autres instruments ou d'autres sons ont des notes dures, âpres, désagréables, qui font un effet analogue à l'amertume sur le goût, ou à la pua'nteur sur l'odorat. Quelques substances doivent à leur texture des notes bien plus douces que d'autres. Ainsi, l'argent, parmi les métaux, et le verre se font remarquer par leurs notes riches et moelleuses.

Les recherches d'Helmholtz et d'autres savants semblent établir que la diflerencc des sons, pour ce qui est de la doucLur (avec les qualités opposées), le timbre, la qualité voyelle, sont dues à la combinaison du son fondamental de chacun d'eux et de quelques sons surnuméraires; cette combinaison est susceptible d'une grande variété. La tendance des corps sonores à produire des sons surnuméraires est telle que les sons purs, bien qu'on puisse les produire expérimentalement, nous sont

SENS DE l'ouïe. 165

à poilu» comuis. Les tuyaux du ^rand jeu d'orgues donnent des sons Irèsprès de la pureté. Ils l'ont sur l'oreille un efl'et moelleux mais insipide : ils tiennent le milieu entre les sons doux et les durs.

D'après ees idées, la douceur d'un son est une harmonie; !e son Ibndamenlal se combine avec des sons surnuméraires pour former un accord agréable. Un son dur et âpre est une combinaison de sons dissonants. Un son criard, l'opposé du son doux et mélodieux, est une dissonance.

En se fondant sur cette théorie, il faudrait diviser les sons en sons simples, combinaisons douces ou harmoniques, et combinaisons dures ou discordantes. Mais, comme les sons simples n'existent pas d'ordinaire, nous pouvons nous en tenir h la triple classification que nous avons donnée : 1° la douceur avec la dureté, qui en est l'opposé; 2<* l'intensité; et 3° le volume. L'intensité et le volume sont des modes importants du son, quel que soit le degré de douceur ou de dureté qu'il possède, et servent à caractériser les sons qui n'appartiennent ni à l'un ni à l'autre extrême.

Nous avons dit que dans le son la sensation douce était le plaisir simple, pur, et propre de l'ouïe ; ce plaisir est très-vif, mais peu volumineux : la vivacité en est proportionnée au degré de sensibilité de l'oreille ou à la susceptibilité de l'esprit à être ébranlé et mis en jeu par l'ouïe. On peut supporter bien plus longtemps les sons doux que les sensations douces des sens inférieurs. Nous avons vu qu'il en était de même du tact comparé à l'odorat et au goût ; cette faculté est plus prononcée dans l'ouïe et nous aurons h constater qu'elle atteint son apogée dans la vue. C'est grâce à cette faculté que nous pouvons réunir par la vue et par l'ouïe une plus grande somme de plaisir sans dépasser le même degré de fatigue ou d'épuisement, ou sans arrivera la satiété. C'est une des raisons pour lesquelles on les appelle sens supérieurs.

L'état intellectuel persistant qui régit la continuation et la reproduction idéales des plaisirs et des peines causées par les sens, est aussi du même ordre et probablement résulte de la propriété qui fait la supériorité du sens.

Les sensations opposées aux sensations douces sont appelées dures et grinçantes; c'est la douleur propre de l'ouïe. Mais il y

T66 IJE LA SENSATION.

a d'aulies sons extrêmement pénibles qui ne sont pas des dissonances.

Intensité, force. Les sons sont plus ou moins faibles, ou plusou moins forts. Un son faible, ni doux ni dur, est agréable au milieu du silence, simplement comme sensation, et dans les conditions sous lesquelles une stimulation est agréable. Suivant que la force du son augmente, s'accroît aussi la stimulation. Arrivé à un certain point, l'effet devient poignant, comme l'action de l'ammoniaque sur le nez, et celle d'un rude coup sur la peau. La voix forte d'un orateur produit un effet excitant. Le bruit des voitures, le cliquetis du fer, le ronflement d'une fdature, le tintement des cloches près de l'oreille, les décharges de mousqueterie et d'artillerie, sont les bruits les plus excitants par leur intensité; ils donnent du plaisir à des nerfs dispos et vigoureux qui sortent du repos. On peut dire, toutefois, que ce sont des excitants grossiers; le plaisir qu'ils procurent s'achète par une certaine usure du nerf.

Au delà d'une certaine hauteur l'intensité devient pénible. Les cris du perroquet domestique, l'aboiement perçant de certaines variétés de chiens de petite taille, le sifflement que des enfants font retentir dans les rues en se servant de leurs doigts, les cris perçants des petits enfants, sont des exemples de sons }X>ignants et douloureux. La scie qu'on atfùte, le verre qu'on gratte avec le doigt, donnent des notes perçantes. Dans la plupart des cas nous pouvons attribuer l'effet pénible à un élément de dissonance aussi bien qu'à l'intensité du son. Le seul moyen de distinguer une dissonance marquée de l'effet simplement poignant c'est l'effet pénible que l'oreille ressent de la dissonance dans toutes les conditions et non pas seulement quand le son produit de la fatigue et de l'épuisement.

La soudaineté des sons aggrave l'effet de leur intensité par une brusque transition, ce qu'explique le principe de la relativité. Quand ils éclatent sans être attendus, ils produisent le genre de malaise qui est d'ordinaire la conséquence d'une attente trompée.

Volume ou quantité. Ou entend par là que le son vient d'une masse sonore d'une grande surface, ho^ flots de la « mer retentissante», les décharges du tonnerre, le hurlement des vents.

SRNs lu-: i/nrïi:. 1^)7

sont des sous voluiuincux. lu sou irpriculé de divers cotés |);ir l'écho est voluniiueux. Les clameurs d'uue uiultilude fout iuipressiou par leur volume. Les sons graves, qui ont besoin pour se produire d'uu iuslruiucul i)lus gros, sont comparativement volumineux.

(Jue rellct des sous soit doux ou indillereut, leur multiplication impressionne agréablement l'oreille. La sensation devient plus volumineuse sans s'accompagner de cette déperdition de force nerveuse que produit le son perçant. Au point de vue physique aussi bien qu'au point de vue mental les sons obéissent à la loi de la sensation volumineuse.

(Juand un son est en lui-môme dur ou rude, ou quand il est pénible par son intensité, il ne devient pas plus volumineux sans devenir plus pénible. Le braiment de l'âne est à la fois l'udc et volumineux.

Hauteur ou ton. Par hauteur on entend l'acuité ou la gravité d'un son, que l'oreille détermine et qui peut se ramènera un nombre de vibrations du corps sonore dans un temps donné. Le son le plus grave que puisse entendre l'oreille humaine est, d'après Helmholtz, de 16 vibrations par seconde; le plus élevé correspond à 38 000 vibrations par seconde, et se trouve séparé du plus bas par l'intervalle de huit octaves. Une des notes les plus basses que fournissent les instruments d'orchestre est le mi de la contre-basse, qui donne ki vibrations ijlx par seconde. La note la plus élevée de l'orchestre est le ré de la petite flûte qui a 4752 vibrations (Helmholtz, TyndaWs Lectures on Sound, p. 72). On faitdoncen réalité usage de sept octaves. Tout le monde n'a pas l'oreille faite pour entendre les sons élevés; à la limite supérieure de l'ouïe, on peut trouver chez deux personnes jusqu'à une différence de deux octaves; beaucoup de personnes n'entendent ni le cri de la chauve-souris, ni celui du grillon.

Un son d'une hauteur uniforme est une note musicale. La continuation uniforme donne un plaisir de la nature de l'harmonie. Les notes sont les seuls sons qu'on puisse combiner pour en faire des harmonies musicales.

nien qu'on n'admette pas en musique des intervalles de moins d'un demi-ton, l'oreille peut distinguer des différences encore plus faibles. Une oreille ordinaire peut saisir un quart de ton. Un bon musicien peut distinguer deux tons dont les

vibrations sont comme^ 11 /i9 à llZiS, émis l'un après Taulrc, et môme des différences plus petites, s'ils sont émis ensemble. Une oreille de première finesse peut distinguer deux diapasons frappés ensemble, dont l'un a 1209 vibrations par seconde et l'autre 1210.

L'accroissement ou la diminution de la force d'un son sont des effets qu'on introduit dans la composition musicale, parce qu'ils ont le pouvoir de donner un nouveau plaisir. Le hurlement et le gémissement du vent ont quelquefois ce caractère, et produisent une impression profonde sur tous les esprits sensibles au son. Un son qui meurt est touchant. 11 se peut qu'il entre dans cette sensation un effet du sens musculaire, puisque l'augmentation et la diminution de la tension des muscles de l'oreille accompagnent probablement l'augmentation ou la diminution de la force du son. Mais nous ne pouvons pas affirmer que cette sensation soit uniquement un effet des impressions du nerf auditif. Le changement graduel de la hauteur aussi bien que du degré introduit une nouvelle modification dans la composition musicale, mais de nature à dégénérer en plainte ou en un ton monotone. Nous constatons cet effet dans les notes des oiseaux; dans l'exécution des chanteurs accomplis, ou dans les morceaux que les virtuoses exécutent sur le violon ou sur d'autres instruments, et dans les périodes cadencées d'un orateur harmonieux; dans tous les cas il produit une puissante impression.

Harmonie et discordance . Le rencontre de deux ou plusieurs sons peut être agréable ou désagréable indépendamment du caractère de chacun d'eux. La rencontre agréable s'appelle harmonie. Elle dépend des relations numériques des vibrations des deux sons. Des rapports simples, comme 1 à 2 (octave), 2 à .i (quinte), 3 à /i (quarte), k à 5 (tierce majeure), 5 à 6 (tierce mineure), sont harmoniques dans l'ordre indiqué. On les appelle accords, et on en fait usage dans la composition musicale. La combinaison de 8 à 9 est dissonante; celle de 15 à 16 (demi-ton) écorche l'oreille.

Nous avons déjil dit qu'un son dont le caractère est doux est déjà une harmonie ou un accord de plusieurs sons, le son principal y étant combiné avec des sons harmoniques. En musique

SKNS DE i/orïi:. 169

ces sons entroiil dans dos com])inaisonsen('()r(' [)lus complexes, suivant les lois pj(^néralos de riiariiionic.

Le plaisir de rhannonie est le l'ait le plus général de l'esprit, il s'étend ;\ la vue comme ;\ l'ouïe; il ne manque môme pas dans les sens iniei-ieurs; nous pouvons trouver des goûts harmoniques et des goids discordanls. Dans l(>s émotions su|)érieures uiômes, il peut y avoir harmonie ou discordance entre deux éléments. Il est probahie que le fondement du plaisir est le même partout; il y a un principe général qui fait considérer les états de l'esprit comme coopérants ou comme contendants l'un avec l'autre, ceux-là économisant la force nerveuse et donnant du plaisir, ceux-ci la dépensant et causant de la douleur.

Timbre. Le timbre est une différence entre des sons, d'ailleurs identiques, qui proviennent de matières, d'instruments ou de voix différents. Nous reconnaissons une différence qualitative entre la flûte et le violon, ou entre la trompette et le clairon ; nous pouvons distinguer un violon d'un autre, et entre des voix différentes qui donnent la même note avec la même intensité. Ces différences s'expliquent maintenant qu'on sait qu'à côté de la note principale existent d'autres notts harmoniques plus élevées dans tous les instruments, notes qui varient avec les matières et l'instrument. On suppose que des notes parfaitement pures, identiques par la hauteur et l'intensité, ne sauraient être distinguées, quelle qu'en soit la source.

Sons articulés. Certains sons articulés ont un caractère si particulier qu'il n'est pas surprenant que nous les distinguions. Le son sifflant de Vs, le roulement de l'r, le bourdonnement de Vm, sont des procédés auxquels on a recours pour produire de nom- . breux effets. Nous pouvons comprendre comment chacun de ces sons peut communiquer une impression difl'érente au nerf de l'ouïe. De même, nous pouvons voir une raison de distinguer les sons abrupts p, f, k des sons continus ou vocaux h, d, </, et des mêmes sons avec l'accompagnement nasal m, n. 11 n'est pas aussi aisé d'expliquer la distinction de l'impression entre les labiales, les dentales, les gutturales; néanmoins, si nous comparons la labiale p avec la gutturale /r, nous pouvons supposer que l'impression que donne le k est plus forte que l'autre.

Les sons voyelles s'expliquent par des sons surnuméraires (octaves) qui concourent avec le son fondamental, et varient suivant la résonnance de la bouche, dont la forme change pour chaque voyelle. Quand nous entendons le son fondamental à peu près seul, nous n'entendons que le son ou (u allemand). Dans l'o, le son fondamental et l'octave suivante sont combinés. Dans Va, on constate la présence d'octaves très-élevées (1).

Il y a des personnes qui peuvent distinguer des nuances délicates dans les sons articulés. Si la théorie qui précède est correcte, une bonne oreille musicale est aussi une bonne oreille pour les sons articulés, puisque les sons articulés impliquent des sons musicaux composites. Une oreille qui distingue les timbres est donc nécessaire aussi bien à la musique qu'au discours. Ce que nous disons est rigoureusement vrai pour les voyelles. La distinction des consonnes peut dépendre d'autres qualités de l'oreille; circonstance qu'il faut remarquer, vu qu'en fait,, une bonne oreille musicale n'est pas toujours bonne pour les sons articulés. Le sens du temps n'appartient exclusivement à aucun organe, ni à aucune classe de sensation; mais il peut arriver à une grande perfection dans l'ouïe.

La perception de la distance ne peut résulter que de l'expérience. « Du moment que l'organe de l'ouïe, dit Longet, présente une sensibilité et un développement suffisants pour discerner facilement l'intensité relative de deux sons consécutifs, il n'en faut pas davantage pour acquérir la notion, soit de la distance, soit de la direction des corps d'où émanent les ondes sonores. En effet, si le son que nous entendons nous est déjà connu, comme celui d'un instrument, de In

(1) Tableau des voyelles d'après Helmholtz.

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