‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 47 sur 146 · VI. — ^cn<>< de la · texte numérisé non relu

VI. — ^cn<>< de la

Objets de la vue, — l'œil, — conditions (ruiie vision parfaite, — adaptation de l'œil à différentes distances, — de la vision unique avec deux yeux, vision binoculaire, expériences de Whcatstone, — vision droite d'après des images renversées, — sensation de la vue, — sensation de pure lumière, — couleur, — lumières aitificielles, — lustre, son explication, — sensations complexes de la vue, combinaisons des effets 0|)tiques et musculaires, images permanentes dans l'nitelligence. — images visibles, distinction entre !a succession et la simultanéité ou coexistence dans l'espace, — grandeur apparente, extrême délicatesse du sens qui juge la grandeur rétinienne. — Distance, ou éloignemenl variant, — mouvements visibles et formes visibles à trois dimensions, — volume, — étendue de l'image inteliecluelle dérivée de lœil.

Les objets de la vue comprennent pi^esque tous les corps matériels. Ils sont visibles quand la lumière tombe sur eux. Certains corps, comme le soleil, les étoiles, la flamme, les solides à une haute température, donnent naissance à des rayons lumineux; on dit qu'ils ont une lumière propre. D'autres corps, comme la lune, les planètes, et le plus grand nombre des objets terrestres, ne sont visibles que parce qu'ils réfléchissent es rayons qu'ils reçoivent des corps qui ont une lumière propre.

Il y a deux sortes de réflexions bimineuses : celle des miroirs qui présente le corps d'où la lumière émane, et celle de la visibilité qui représente des surfaces réfléchissantes. Dans cette dernière réflexion, la lumière est brisée et dispersée dans toutes

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les directions comme d'un corps qui émettrait sa lumière propre. Les surfaces visibles qui reçoivent la lumière du soleil ont la propriété de l'absorber et de remettre ensuite, tandis qu'un miroir donne seulement une nouvelle direction aux rayons. Quand nous regardons sous un faux jour un tableau, les rayons réfléchis masquent ceux qui partent de la surface peinte, et l'on voit mal la peinture.

Relativement à la vision, on divise les corps en opaques et en transparents : il y a une échelle de degrés allant de la plus complète opacité, comme dans un morceau d'argile, à la transparence la plus parfaite, comme dans l'air. Plus les corps sont ransparents, moins ils sont visibles.

La transparence de l'air n'est pas absolument parfaite; la lumière, en traversant l'atmosphère, est dans une certaine mesure arrêtée et en partie réfléchie, en sorte que la masse est faiblement visible à l'œil. Quand nous regardons le ciel à travers une atmosphère sans nuages, toute la lumière venant d'au delà du disque du soleil est réfléchie par l'atmosphère. Les liquides sont moins transparents encore, quoiqu'ils transmettent assez bien la lumière pour laisser voir les obJ^^Çitués derrière eux, ils en réfléchissent assez pour être visibles eux-mêmes. La lumière qui tombe sur la surface de l'eau se divise en trois parties : l'une traverse l'eau, la seconde est réfléchie comme par un miroir, la troisième est absorbée et rayonnée de nouveau, de façon à rendre la surface visible comme surface. Cette triple action se retrouve dans les solides transparents, comme le verre, le cristal, etc. Il faut remarquer que les corps solides sont presque tous transparents jusqu'à une certaine profondeur ; une feuille d'or, par exemple, laisse passer la lumière, et tout autre métal, si l'on pouvait l'amincir autant que l'or, donnerait le même résultat. Toutefois, il y a une grande différence à noter; bien que les métaux transmettent la lumière, on ne voit pas bien les objets à travers ; on les appelle translucides pour les distinguer des corps transparents. Il y a quelque chose de plus qu'une différence de degré entre les deux actions.

Les corps opaques peuvent diffuser plus ou moins de lumière ; ({uelques substances, comme la craie et l'écume de mer, en émettent beaucoup ; le charbon a la propriété remarquable d'absorber sans les émettre de nouveau les rayons du soleil.

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C'est ainsi qu'on oxplitjuc d'ordinaii-e, sinon il'une manière oomploleinont salislaisanto, le blanc et le noir; celui-là suppose une suil'ace ([ui énielte une grande partie des rayons de visibilité, celui-ci une qui n'en émetle qu'une petite partie ou point du tout.

Outre la différence d'action qui produit le blanc et le noir, et les nuances intermédiaires de gris, il y a une différence dans la texture des surfaces (jni donne naissance à ce que nous appelons la couleur. Nous ne pouvons pas dire quelle particularité de surface donne lieu au rouge ou au bleu; mais ce fait de la couleur est un des caractères qui nous servent à distinguer les divers matériaux du globe. En même temps que la couleur, une substance peut avoir à un degré plus ou moins élevé la propriété qui décide entre le blanc et le noir, à savoir la richesse du rayonnement. C'est ce qui fait la richesse de la couleur, comme la différence entre les couleurs nouvelles et les couleurs fanées, celle du vermillon et de la terre de brique.

Certains corps ont une autre propriété qu'on appelle le lustre.

Les corps minéraux présentent toutes les variétés de lumière, "de couleur et de lustre, mais la teinte des roches et du sol est généralement quelque nuance de gris. La teinte rougeâtre de l'argile vient de la présence d'un oxyde de fer. Dans le règne végétal, nous trouvons le vert sur les feuilles et des teintes variées sur les fleurs. Les corps des animaux présentent un grand nombre de couleurs variées.

Vorgane de la vue est l'œil.

Outre le globe de l'œil, qui est un instrument optique, nous avons à considérer certaines parties externes accessoires qui protègent cet organe et sont étroitement liées à l'intégrité de ses fonctions. Parmi ces appendices, nous trouvons les sourcils, les paupières, l'organe qui sécrète la substance sébacée et l'appareil lacrymal. Ces parties jouent plutôt un rôle dans l'expression de la physionomie que dans la vision.

Le globe de l'œil occupe la partie antérieure de la cavité orbitaire; il peut se mouvoir et changer de position dans de <:ertaines limites. Sa forme est celle d'un sphéroïde irrégulier vu de profd, il paraît composé de segments de deux sphères, 4lont l'antérieure est la plus petite, la plus saillante; par suite,

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le diamètre d'avaiil en ari'ière de l'œil excède le diamètre Iransverse d'environ une ligne.

Les axes des yeux sont à peu près parallèles, excepté quand les muscles oculaires sont en action ; au contraire, les nerfs optiques divergent fortement l'un de l'autre, et par conséquent chaque nerf pénètre dans l'œil correspondant un peu en dedans de l'axe du crlohe.

Fig. 8. — Coupe ccftUale aiitcro-postéricurr de l'œil. ~- i, nerf oj>tique ; 3, cornée; 4, sclérotique; 5, canal de Fontana : 6, choroïde; 8, iris; 10, procès ciliaires ; 13, rétine; 14, membrane liyaloide, 10, zone de Zinn ou procès ciliaires du corps hyaloide ; 19, cristallin; 2i, corps liyaloidè ou liuineur vitrée ; 2'2, liutncur aqueuse.

Le globe de l'œil se compose de plusieurs membranes d'enveloppe, arrangées concentriquement, et de certaines parties tluides et solides contenues par ces enveloppes. 11 y a trois membranes : une externe, fibreuse, enveloppant tout le système, appelée sclérotique, et cornée à la partie antérieure; une moyenne, vasculaire, pigmentaire, en partie musculaire, forme la choroïde et l'iris, et une interne, nerveuse, la rétine. Les parties contenues, milieux réfringents, sont aussi au nombre de trois : ce sont l'humeur aqueuse, le corps vitré et le cristallin avec sa capsule.

Lb. conjonctive est plutôt un appendice de l'œil qu'une partie du globe; c'est une membrane mince transparente qui couvre

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sculeinciil la partie visible de l'cril, et se rélléehil du ^iol)e sur la taee interne des paupières dont elle constitue la membrane iuu([U(Uise; en avant de la pai'tic claire et bombée de l'ceil, elle « st tout ;\ l'ait liansparenle ; sur les parties voisines, elle Test moins.

La sclérotique est une membrane forte, opaque, ferme, librcuse, formée de faisceaux de fibres blanches entrelacées dans tous les sens; elle couvre les cinq sixièmes du globe dont elle assure la forme; en avant, elle laisse une ouverture large occupée par la cornée, et en arrière une petite que traverse le nerf optique.

J.a cornée qui occupe l'ouverture antérieure de la sclérotiqui; est une membrane transparente.

A l'intérieur de la sclérotique, et la tapissant dans toute son étendue, se trouve la seconde membrane, la choroïde, de couleur noire ou d'un brun foncé. A l'union de la sclérotique et <le la cornée, elle se réfléchit pour former une sorte d'anneau tendu en travers de l'œil; elle est très-vasculaire, formée d'un très-grand nombre de vaisseaux disposés, les veines en une couche externe, les artères en une couche interne, à l'intélieur de laquelle se trouve une couche pigmentaire formée de cellules serrées.

Après la choroïde vient la rétine qui en couvre la face interne, mais non en entier. Quand on projette dans l'œil un vif rayon de lumière, la rétine paraît d'une couleur rougeâtre qu'elle doit à à ses vaisseaux sanguins. Après la mort, elle est rosée et transparente. Au centre de la rétine, dans la ligne de la vision la plus parfaite, il y a un point elliptique, jaune d'or, de -^ de pouce de long sur -=^5- de pouce de large, au milieu dé laquelle se montre une dépression appelée par Sœmmering, l'anatomiste qui l'a découverte, for amen centrale, pli central. Ce n'est pas un creux, mais un amincissement de la rétine. Environ à Tj'.; ou ^ de pouce du fond interne de la tache jaune se trouve une papille aplatie, circulaire, correspondant à la place où le nerf optique perce la choroïde.

La rétine se compose de plusieurs couches; en commençant par le dedans, nous trouvons, en contact avec le corps vitré, une membrane transparente appelée membrane limitante, dont l'épaisseur n'excède pas ^o-ôôf de pouce. Après viennent les romifications du nerf optique; les fibres y sont arrangées en

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réseau à fines mailles; elles manquent du double contour, et sont exlrcmement ténues; leur diamètre moyen n'excède pas

I ^ i— (le pouce, tandis que quelques-unes ont moins de T77ifT,c>o de pouce d'épaisseur.

Au dedans de la couche fibreuse, d y a une couche de cellules semblables aux cellules de la substance grise du cerveau. Elles sont plus abondantes à la partie postérieure ou centrale de la rétine; elles varient de ^^^u à -nrW de diamètre. Aprèscette couche, nous trouvons une couche encore plus compliquée appelée couche granuleuse et fibreuse, qui constitue l'union entre la rétine et la choroïde. Elle est composée de deux feuillets distincts de petites granulations ou noyaux et d'un grand nombre de petits filaments placés perpendiculairement à la rétine; à leur extrémité externe, ces petits fdaments ont de i-^à J— de pouce de diamètre; à l'extrémité interne où

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ils se continuent avec les fibres du nerf optique, ils ont de jL__ à -prïfoïïTr de pouce de diamètre. Le feuillet de la couche gran'iileusë et fibreuse qui touche la choroïde s'appelle couche des bâtomiets : il est composé de petits bâtons étroitement serrés, perpendiculaires, transparents et incolores, d'environ j^-^, de pouce de long sur -jgV.TF d'épaisseur. Entremêlés avec ces bâtonnets, il y a des bâtons plus larges appelés cônes, qui ont ---i__ de pouce de diamètre. Chaque cellule pigmentaire de la choroïde reçoit six ou huit de ces cônes avec un plus grand nombre de bâtonnets qui les entourent. Ils sont unis aux autres parties de la rétine par des filaments perpendiculaires

fins.

II est intéressant de remarquer comment ces divers éléments sont disposés dans la tache jaune et dans son voisinage, à l'endroit où la vision est la plus parfaite. Depuis le bord de la tache, en allant vers le pli central, les bâtonnets, les noyaux et les fibres du nerf optique diminuent graduellement, et enfin disparaissent. Au pU central, il ne reste plus rien que les plus gros bâtonnets ou cônes, avec les fibres perpendiculaires et lescellules qui y sont plus serrées que partout ailleurs; il y en a une pour chaque cône. Les éléments qui disparaissent au pli central sont toutefois très-abondants près du bord de la tache jaune. Les bâlonncts prennent la place des cônes, et les fibres "du nerf optique sont très-abondantes et très-serrées. Si donc nous comparons la lâche jaune avec les parties voisines, nous-

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tioiivons ([lU' c'csl lu ([uc l;i rcliiic ;i son ni;i\imiini de dévoloppeineiît; c'est siii- ce poiiil (jiic nous pouvons disliiigiier les objols visibles avec la pins i;ran(le netteté. La distribution inégale des did'érenls éléments entre les pailles externe et interne de la tacbe jaune est remarquable (1).

Ia\ arrière de la jonelion de la sléroli([ue avec la (;ornée, se trouve un i)etit cordon circulaire d'une couleur <,^risdtre app(dé lifjamcnt cilidirc, (\(n\\ le bord antérieur plus épais donne attache à l'iris, (M don! le bord postérieur plus mince se confond avec la choroïde qui se prolonge au dedans en une série de plis rayonnes, appelés /)?'om^ /?<7/a«V<?s, situés derrière l'iris, où ils forment un rebord ridé, noir, étroit, soustrait à la vue.

L'iris peut être considéré comme un prolongement de la choroïde, bien qu'il n'y ait pas entre ces deux membranes identité de structure. L'iris est tendu en travers de l'œil comme un rideau percé d'une ouverture pour le passage de la lumière. Sa surface antérieure est brillante, marquée de lignes rayonnantes qui en attestent la structure fibreuse; en effet quand la pupille est contractée elles sont tendues, et plissées en zigzags quand elle est dilatée. La pupille est à peu près circulaire, elle est située un peu en dedans du centre de Tiris; elle se dilate ou se

(1) M. Herbert Spencer {Psydioloyy, 35) signale un genre d'organes placés à l'extrémilé des nerfs des sens, et qu'il appelle nmltiplicafeurs dimpressiofiSy qui servent à accroître l'efficacité de la stimulation périphérique des nerfs. Ainsi, dans le tact, les poils courts qui recouvrent la peau la renden plus sensible aux contacts, et les corpuscules du tact ont poiu- effet d'exagérer la pression que subissent les fibres nerveuses quand la peau est con'iprinriée. Dans l'oreille^ les otolilhes servent à transformer les vibrations des liquides en vibrations plus énergiques des so'ides, de façon à impressionner le nerf plus puissamment. Finalement^ dans l'œil, les lentilles concentrent la lumière sur la rétine.

La structure des tissus du fond de l'œil s'explique par la même fonction; ils concourent à accroître la susceplibililé pour les impressions légères, les ondes lumineuses étant les plus faibles des agents connus. Les fibres de la rétine sont réiluites à l'indispensable, la tunique méilullaire manque. La lumière traversant la rétine transpnrente. affecte les cellules pigmentaires plus suscei tibles de la choroïile, d'où l'impression est transmise par les bâtonnets et les fibres perpendiculaires à la couche nerveuse de la rétine. Enfin, la couche nerveuse se compose non de fibres seulement mais de cellules, qui sont plus susceptibles que les fibres de recevoir des impressions moléculaires et (l'engendrer do? trouvcrcnts mul.'rulaires.

contracte de façon à admettre plus ou moins de lumière à Tintéricur de l'œil.

L'iris est un organe musculaire; ses fibres sont lisses, de l'espèce qui se trouve surtout dans les muscles involontaires. Il reçoit beaucoup de nerfs. Les fibres déjà indiquées servent à dilater la pupille, tandis que d'autres arrangées en cercles autour de l'ouverture pupillaire, plus visibles en arrière, la contractent. L'action dépend de l'intensité de la lumière. Dans l'obscurité, ou à une faible lumière, les fibres dilatantes sont contractées entièrement, tenant la pupille largement ouverte. Le stimulus de la lumière met les fibres contractantes ou circulaires en jeu, et contracte l'ouverture. Ces changements de dimension de la pupille servent à adapter l'œil aux différentes lumières, admettant une plus grande quantité avec une faible lumière et une quantité plus petite quand la lumière est trop forte. Quand ce pouvoir réflexe d'adaption a atteint sa limite el que l'éclat de la lumière est encore trop fort, nous faisons les efforts volontaires pour fermer l'œil et détourner la tête.

En arrière du ligament ciliaire, et couvrant le côté externe des procès ciliaires, est un organe grisâtre demi-transparent, appelé muscle ciliaire. C'est un muscle à fibres lisses, ra^'onnées dirigées en arrière depuis la jonction de la sclérotique et de la cornée jusqu'à la face externe du corps ciliaire où elles vont se perdre. Chez les oiseaux ce muscle est très-dévcloppé. On suppose qu'il sert à adapter l'œil aux objets à différentes distances.

A l'intérieur de l'œil, dans les espaces clos par les membranes que nous venons de décrire, sont contenues ivo'i^ humeurs, ou masses transparentes, dans l'ordre suivant : en avant Vhumcur aqueuse, en arrière Vhumeur vitrée, au milieu le cristallin.

L'humeur aqueuse est un liquide clair contenu dans l'espace borné en avant par la cornée, en arrière par le cristallin et les procès ciliaires. C'est de l'eau à peu près pure avec un peu de sel commun et d'albumine.

L'humeur vitrée occupe tout le vide situé en arrière du cristallin, à peu près ies deux tiers de l'œil. C'est un liquide clair, enfermé dans une membrane, non- seulement qui l'enveloppe, mais qui rayonne à l'intérieur une foule de petites cloisons de façon à leur donner l'apparence d'une masse gélatineuse qu'on

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