‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 48 sur 146 · SENS I)K LA VUE · texte numérisé non relu

SENS I)K LA VUE

appelle corps vitré, ou lentille postérieure de l'œil. Ces cloisons s'avancent vers l'axe de l'œil, mnis ne l'atteignent pas, en sorte qu'il y a un cylindre central, allant d'avant en arriére où ne se trouve que du liquide. La forme du corps vitré est con vexe en arrière, tandis (pi'en avant elle est creusée comme une coupe pour recevoir le cristallin. La membrane d'enveloppe de l'iuimeur vitrée se dédouble en avant de façon à recevoir le cristallin entre ses deux feuillets; de plus elle s'unit aux procès ciliaires qui entourent le cristallin sans en toucher le bord. Ainsi la séparation entre l'humeur aqueuse en avant et l'humeur vitrée en arrière est formée de trois parties qui s'emboîtent : l'anneau, noir, plissé, des procès ciliaires en dehors, le dédoublement de la membrane d'enveloppe du corps vitré, et enfin tout à fait en dedans le cristallin enfermé entre les deux feuillets de celte membrane.

Le cristallin est une lentille solide, biconvexe, plus saillante en arrière qu'en avant. Sa convexité touche presque le rideau de l'iris tendu devant lui. La lentille est enfermée dans une capsule, dont la partie antérieure est épaisse, ferme et cornée, tandis que la partie postérieure est fine et membraneuse, adhérant fortement à la membrane de l'humeur vitrée. La substance de la lentille est molle et gélatineuse à l'extérieur, plus dense au-dessous, et formant au centre un noyau plus dur. Dans le fœtus, le cristallin est à peu près sphérique et incomplètement transparent; à un âge avancé, ses deux faces s'aplatissent, la transparence se trouble, la densité et la dureté s'accroissent.

Des six muscles de l'œil, quatre sont appelés droits et deux obliques. Les quatres droits s'attachent en arrière à la boîte osseuse où Tœilest logé, autour de l'ouverture par où le nerf optique sort du crâne ; en avant ils s'insèrent tous sur la surface extérieure du globe de l'œil en des points diamétralement opposés au-dessus, au-dessous, en dedans et en dehors. Le muscle oblique supérieur s'attache en arrière au-dessus du muscle droit supérieur, son tendon s'infléchit sur une anse cartilagineuse suspendue au bord supérieur de l'orbite et va s'attacher à la face supérieure de l'œil. L'oblique inférieur naît de l'angle inférieur interne de la partie antérieure de l'orbite et s'insère h la face inférieure du globe de l'œil derrière le milieu du globe.

Les mouvements du globe de l'œil qui seraient causés par

les contractions de ces muscles ne sont pas diniciles à décrire. Le muscle inférieur tourne l'œil de sorte qu'il regarde en bas, le supérieur le tourne de façon qu'il regarde en haut. Les muscles droits interne et externe tournent l'œil dans leur sens respectif, l'un en dedans, l'autre en dehors. L'action du muscle oblique supérieur tourne l'œil en bas et en dehors, en même temps qu'il tend à projeter l'œil un peu en avant. Le muscle oblique inférieur, tire aussi l'œil en avant, mais en haut et en dedans.

Fig. 9. — Muscles (le l'œil. — 1, muscle élévateur de la paupière supérieure; 2, uuisole droit supérieur ; 3, nmscle grand oblique ou trochléaire ; 4, muscle droit externe ; 5, muscle droit ini'érieur; 6^ muscle petit oblique.

Le muscle droit interne est contrebalancé parle droit externe. Le droit supérieur est appuyé par l'oblique inférieur dans le mouvement en haut qu'il donne à l'œil. Le droit inférieur est appuyé par le muscle oblique supérieur pour produire le mouvement en bas de l'œil; il y a donc une plus grande dépense de tension musculaire dans la production des mouvements en haut et en bas que dans celle des mouvements latéraux. C'est peut-être à cela que tient la plus grande puissance d'impression de la dimension verticale : on sait (juc la ligne verticale d'une croix à branches égales paraît la plus longue à la vue.

Tous les mouvements de l'œil pourraient être accomplis par trois muscles droits et un muscle oblique, les deux autres, ri-

SENS ni' l.A VUE. 1SI5

l^ourcusonieiU piirliiiil, soul sufiuiinéraircs, mais pourlaiiL ils agissent. C'est ce qui ne permet pas de savoir ad juslc (jiiels muscles eflectuent réellement tel ou tel mouvement. Il est piohahle (pie ce sont ceux (jui l'accomplissent ave(î la moindre • Icpensc lie Ibree. Un seul nuiscle ne peut produire que tiès-peu de mouvements. Les mouvements, ellets de deux uuiscles, ne --onL même pas lrès-nom])reux. Meissner indicpie douze dijections de I'omI à partir de la position primaire, qu'il suppose dirigée dans une ligne inclinée de ^i5" au-desous de l'horizontale. L'œil, en passant d'une partie du champ à l'autre, serait supposé prendre la route directe. Wundt croit que cette route est préférée seulement dans le mouvement horizontal et dans le vertical; dans d'autres directions, le mouvement est courbe; il est le plus étendu quand les deux points du champ de la vision font un angle de /i5^ avec l'horizon.

Tel étant le mécanisme de l'œil, il nous reste à parler de son mode d'action comme organe de la vue. La partie qu'on peut appeler optique n'offre pas de difficulté. Quand l'œil est dirigé vers un objet, une image de cet objet se peint sur le fond de l'œil au moyen des rayons lumineux qui pénètrent dans la pupille, et qui sont réfractés par différentes humeurs. On ne connaît pas le mode précis suivant lequel les filaments nerveux de la rétine sont stimulés ; mais les cellules pigmentaires de la chol'Oïde jouent un rôle important puisqu'elles absorbent la lumière; 011 elles manquent il n'y a pas de vision [pwictum cœ- <'nm). Pour qu'une vision soit parfaite, il faut que les conditions suivantes soient remplies.

1° Une lumière suffisante sur l'objet regardé ; c'est une nécessité évidente. Nous jugeons de la quantité de lumière présente par la faculté que nous avons de voir les objets distinctement. Certains animaux peuvent voir avec moins de lumière que d'autres, et le soleil de midi doit leur faire une impression pénible.

2° La formation de l'image exactement sur la rétine et non en avant ou en arrière; le foyer de l'image doit coïncider avec la rétine, sans cela l'image est indistincte; ou bien les rayons de lumière ne convergent pas, ou ont déjà commencé à se disperser avant d'arriver sur le fond de Tœil. La convergence parfaite de l'image par l'effet des lentilles qui constituent le globe de

l'œil dépend de la distance de l'objet et aussi dans une certaine mesure, de l'adaption spontanée de l'œil, a Comme ce pouvoir d'adaption de l'œil pour la vision à des distances différentes a ses limites, il y a pour chaque individu une distance à laquelle il voit plus distinctement et pour laquelle le foyer de l'image formé par les milieux réfringents de l'œil correspond le plus exactement avec la position de la rétine. Cette distance va de quinze à trente centimètres pour la majorité de^ individus. Les objets qui sont trop près de l'œil envoient sur la rétine des images très-indistinctes; un objet mince, une épingle placée très-près de l'œil ne fait pas d'impression sur la réline ou en fait une très-vague. D'autre part, quelques personnes sont capables de lire un imprimé à plus de soixante centimètres.

3" La troisième condition d'une vision parfaite est la petite dimension des subdivisions de la rétine capables de sensations indépendantes. Nous sommes sensibles à des lignes et à des points très-déliés^ et il y a une limite de ténuité, où plusieurs lignes séparées paraissent n'en faire qu'une. Cette limite des subdivisions optiques de la rétine rappelle les intervalles de l.i double sensation dans le tact.

Il semble que les circonstances suivantes favorisent la distinction de l'exiguïté : 1" une lumière intense permet de voir un objet plus petit ; 2° une peinture blanche peut être vue plus petite que ne le peut une bleue; 3° une ligne se voit mieux qu'un point de même diamètre. Le plus petit angle pour un corps rond est de de 20", un objet fdiforme peut être aperçu sous un angle de 3", un fd étincelant peut faire impression sur Vœi\ sous un angle de 1/5". D'après Weber et Yolkmann, deux lignes brillantes doivent être séparées au moins de ^-^ à Yroôô de pouce sur la tache jaune pour donner une impression. Cette estimation concorde parfaitement avec la ténuité connue des fibres et des vésicules de la rétine, en supposant que chacun de ces éléments soit capable de porter une impression indépendante au cerveau.

La faculté de distinguer deux impressions très-rapprochées diminue rapidement à mesure qu'elles s'éloignent de la tache jaune. A un point situé à eO"* de la tache, il faut pour qu'un objet soit distingué qu'il soit 150 fois plus grand. Ainsi bien que l'œil puisse embrasser un vaste champ à la fois, la faculté

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