‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 54 sur 146 · U DES APPÉTITS · texte numérisé non relu

U DES APPÉTITS

L'état appelé désir s'accorde avec l'appétit en ce qu'il est aussi un stimulant de la volonté, qui naît de quelque condition pénible ou non satisfaite du corps. Mais dans le désir, il y a une expérience préalable d'un plaisir dont la mémoire est l'aiguillon qui pousse à le renouveler. Ceci n'est pas un élément nécessaire de l'appélit; quoique évidemment après l'expérience des moyens qui l'ont satisfait, l'appétit ait aussi le caractère des désirs.

11 n'y a pas d'exemple plus frappant d' un retour périodique que le sommeil. Après une certaine période de veille, survient une puissante sensation de repos. Si nous y cédons tout de suite, le sommeil nous gagne, et nous passons à l'état d'inconscience en traversant quelques instants d'agréable repos. Si nous sommes empêchés de céder à l'orgasme somnifère, son caractère d'appétit est énergiquement mis en relief. Le malaise étendu qui s'empare de tous les muscles et des organes des sens suscite une forte résistance à la force qui nous tient éveillés; le malaise et la résistance augmentent h mesure que nous refusons de nous abandonner au sommeil, jusqu'à ce que la situation devienne intolérable, ou qu'une réaction s'ensuive, qui chasse l'assoupissement pour quelque temps. C'est surtout chez les enfants que l'assoupissement révèle sa force toute-puissarrte.

La nécessité de faire alterner Vexo^cice avec le ?rpos, dans tous nos organes actifs, ramène périodiquement les mômes désirs et les mêmes malaises profonds. Quand les muscles sont reposés, ils sont d'eux-mêmes stimulés à l'action; sans que nous ayons conscience d'une fin, c'est-à-dire sans la vouloir, l'action commence lorsque le corps est reposé et retrempé. Si cette demande d'action toute spontanée rencontre un obstacle qui l'arrête, nous sentons un malaise intense, que nous connaissons déjà comme l'un des états du système musculaire qui frappe la conscience. Cet état est comme tous les appétits, il augmente par la privation, à moins que par l'effet de quelque cause organique l'accès passe pour le moment. Le chien enchaîné dans sa niche, l'enfant dont on comprine l'exubérante activité, Foiseau dans sa cage, le prisonnier dans sa cellule, éprouvent la peine et le désir des organes actifs qui ont besoin d'entrer en

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j(Mi. D'un aulre cùlé, après rexerci(;c, un désir é^akMnent puissaiil (U; rt'pos proiluit, si on le conlraric, le niônie malaise.

Les niènies néccssilés s'imposent ù nos sens les plus aclils, le lad, l'ouïe et la vue. L'exercice des sens est toujours accompagné d'aclions musculaires; ces actions, avec les sensations (aclii(>s, auditives, visuelles, tendent à l'usure des parties et au désir du repos; mais après un repos convenable, les parties rentrent dans Télat dispos, (»t tendent à fon(;tionner de nouveau. L'exercice et le repos alternatifs des sens se confondentdans le roulement du sommeil et de la veille; l'assoupissement involontaire du système nerveux est à peu près le seul moyen qui procure du repos à des sens si constamment sollicités que la vue, le tact, et l'ouïe.

On peut dire la même chose de l'activité des organes pensants. Mais les désirs périodiques y sont moins nettement marqués et nous trompent plus souvent que ceux qui réclament l'exercice musculaire. 11 y a souvent de la répugnance à entreprendre un travail de pensée, lors même que le cerveau est parfaitement vigoureux et capable de le supporter ; il y a aussi des tempéraments chez lesquels une tendance à un excès de travail mental ne rencontre jamais le correctif d'un penchant normal pour le repos.

Le sentiment de fatigue qui se montre peu après le commencement d'un travail et qui s'efface bientôt, se rattache à l'inaction du cerveau. 11 faut peu de temps pour déterminer l'afflux du sang aux parties en fonction.

La soif et la faim. « La soif, dit Miiller, n'est souvent que le besoin de la sensation rafraîchissante que procurent les boissons froides, par exemple quand les voies aériennes, la peau et la bouche sont chaudes et arides, pendant les fièvres, par l'effet de l'élévation de la température et de la diminution de la turgescence des parties. Dans ces circonstances l'exhalation est diminuée le plus souvent et la sécheresse des surfaces provient de ce que, malgré le passage du sang à travers les capillaires, l'action réciproque qui s'exerce entre le sang et les tissus, qu'on appelle turgor vitalis, est amoindrie. »

La faim est autre chose ; c'est un état de l'estomac qu'on ne connaît pas suffisamment encore aujourd'hui : le sentiment de l'inanition ne doit pas être confondu avec la faim ; c'est le ré-

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