SENSATIONS DU MÊME SENS
surfaces métalli([ucs, (rétolles, de bois, de pierre, que nous juj^eons d'api'ès les aspérités qu'elles présenleul ; il faut qu'une opération d'association fonde l'inipi'ession multiple avant ({u'ellej puisse persister (juand l'impression orij^Muale est passée. Ger-' laines surfaces ont pour caractère un agrégat d'aspérité et de température, exemple une pierre, un luoiceau de métal qui nous donnent la sensation d'un contact froid ; il faut que, dans ces cas, la sensation de froid fasse corps avec les autres parties de rimpression tactile.
l^n s'ajoutant aux impressions reçues parla peau, les sensations musculaires et les efforts nous donnent les notions complexes du tact, celles qui combinentdes sensations de poids, de volume, de forme et de situation avec la texture ou la surface. Dans ce cas il faut qu'il se fasse une association entre les impressions tactiles et celles des mouvements. Pour qu'un ouvrier reconnaisse son outil avec la main seule, il faut qu'il éprouve fréquemment le sentiment complexe qui en caractérise le contact, l'impression tactile de froid ou de chaud, de rude ou de doux, avec les impressions musculaires de poids, de volume, de forme, qualités qui sont déterminées par l'effort musculaire de la main qui le saisit. Une répétition suffisante les joindra ensemble au point que l'outil sera reconnu dès qu'il sera touché.
Dans les opérations sur les matières plastiques, ou sur des substances molles, comme la pâte, l'argile, le mortier, qui doivent recevoir une certaine consistance, il faut que l'ouvrier acquière une impression fixe des différentes qualités et des différents degrés de consistance, de façon à pouvoir connaître quand la consistance est au point convenable, il faut pour cela que les divers éléments d'une sensation complexe de tact aient contracté une adhérence, en d'autres termes, il faut que certaines sensations de viscosité et de rudesse, et le sentiment musculaire de résistance, fassent corps en une sensation unique qui ne varie plus et ne s'efface plus. La répétition, dont l'ouvrier qui manie les substances plastiques a besoin pour distinguer le degré de cohésion de ces substances, est d'ordinaire prodigieuse, il ne faut pas moins que des centaines et des milliers de sensations de contact. Tout le monde n'a pas la môme facilité de se composer des types fixes du tact par association.il est impossible ici de ne pas reconnaître les aptitudes spéciales qui carac-
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térisent naturellement les individus. Il y en a qui, en toute leur vie, ne peuvent acquérir la délicatesse de tact que d'autres ont acquise au bout de quelques mois. 11 faut que la sensibilité musculaire se combine avec celle de la peau, et nous pouvons juger, par la nature même de l'exemple, laquelle de ces deux sensibilités occupe le premier rang. On peut reconnaître dans certaines combinaisons outre le tact un sens musculaire délicat. 11 y a môme des sensations qui sont communément comprises sous la dénomination de tact et qui n'ontrienà faire avec la peau, par exemple le poids, le volume, la forme; la grande précision avec laquelle nous les distinguons provient uniquement des sensations musculaires, tandis que, lorsque nous jugeons de la texture d'une étoffe ou du poli d'un morceau d'acajou, la sensibilité de la peau est le critérium auquel nous recourons; mais, encore ici, elle n'est pas dégagée de toutalliage de mouvement.
Nous pouvons donc par le tact, au moyen de la fonction d'association, acquérir des notions fixes qui correspondent aux impressions que nous font les objets que nous manions. Nous implantons en nous les idées de tous les objets dont nous avons l'habitude de nous servir. C'est ainsi qu'un ouvrier se familiarise avec ses outils, et que chacun en vient à connaître les instruments et les meubles des Heux qu'il habite. Mais si nous voulons apprécier les acquisitions du tact dans ce qu'elles présentent de plus saillant, il faut recourir à l'expérience de l'aveugle qui n'a pas d'autre sensation des solides et des corps étendus que celle qu'il reçoit du tact. Les impressions de la vue l'emportent tellement sur toutes les autres par la faculté de durer et de se réveiller, qu'il nous est bien difficile de penser un corps visible autrement que l'œil ne nous le nïontre. Un ouvrier qui a besoin d'un marteau, s'en représente l'apparence visible, et non l'impression de contact qu'il en reçoit sur la main, bien qu'il soit tout à fait capable d'en juger sur ce dernier caractère. Mais l'aveugle est obligé de penser les objets comme des objets touchés^ la sensation qui se réveille en lui est une impression qui se projette sur les mains, non sur les yeux; seul il peut apprécier la permanence naturelle des impressions cutanées, et jusqu'à quel point elles peuvent Ctre restaurées, senties de nouveau, en l'absence de la réalité. Ses pensées, ses rêves, sont des idées du tact, non de la vision. Non-seulement sa faculté de discrimi-