‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 77 sur 146 · SENSATIONS DU MKME SENS · texte numérisé non relu

SENSATIONS DU MKME SENS

Les séries associées et les agrégats de sensations ilc la vue composent plus que toute autre chose, et peut-ôlre plus que toutes les autres choses réunies, les matériaux de la pensée, de la mémoire et de l'imagination. C'est surtout dans la vision, celui de tous les sens qui retient le plus, ({ue se montre criicaco et utile l'opération qui subslilue l'emploi d'un sens à un autre. Aussi, les objets dont nous pensons le goût et l'odeur, se présentent à la conscience actuellement sous leur aspect visuel. L'image d'une rose figure dans l'intelligence comme image visuelle, et beaucoup moins comme une impression perpétuée d'une odeur douce.

Nous savons déjà que les sensations de la vue se composent d'images visuelles et de mouvements musculaires. Une image visible est, en fait, un mouvement rapide des yeux qui se promènent sur des points lumineux, des lignes et des surfaces.

L'éducation de l'œil passe par toutes les périodes que nous avons reconnues à l'occasion des autres sens. Il y a d'abord une impression de chaque couleur séparée, qui résulte de la répétition et permet aux idées de ces couleurs de durer en l'absence des originaux, et de persister d'elles-mêmes quand une fois elles sont évoquées.

La faculté qu'ont les courants optiques de s'éveiller et de se continuer facilement, de façon à faire d'une couleur, le vert par exemple, un terme de comparaison pour les autres couleurs, est sans doute la même force plastique qui forme les agrégats d'étendue colorée où se trouvent réunies des teintes disposées en succession, comme l'arc-en-ciel, ou un coucher de soleil. Quand nous avons parcouru souvent la série de ces couleurs, l'impression de Tune suscite la suivante, celle-ci la troisième, et ainsi de suite dans le même ordre. Mais nous ne pouvons guère passer d'une couleuràl'autre, dans cet exemple, sans faire jouer les mouvements de l'œil et les sensations qui s'y rattachent. Nous pouvons supposer un cas où les yeux à l'état de repos ont devant eux plusieurs couleurs dans une succession fixe, qui se montrent rayon après rayon, rouge, orange, vert, bleu, violet, blanc, noir, etc. ; dans ce cas une série d'impressions optiques pures se fixera dans l'esprit, et l'apparition de la première tendra à réveiller une image de la seconde, puis de la troisième, etc., jusqu'à la dernière. Les dégradations du jour et de l'obscurité s'associent dans l'esprit de cette manière. Mais dans le cas de l'association

ZiU DE l'intelligence.'

ordinaire elles existent côte à côte, comme dans les couleurs d'un paysage ; nous remuons les yeux pour les voir et par suite nous incorporons l'acte et la sensation du mouvement avec nos sensations de lumière. Quand l'œil s'habitue à une série de couleurs, c'est par le mécanisme suivant : chaque couleur est associée à la fois à un mouvement de l'œil et à une seconde couleur; à ce dernier mouvement et à cette dernière couleur se rattache un autre mouvement et une autre couleur, et ainsi de suite jusqu'à la fin de l'image. Supposons par exemple une série de champs de différentes longueurs et de teintes variées, l'œil se promène d'abord sur un champ de blé doré, puis passe sur une prairie d'une longueur double, puis sur une plantation de bois plus longue encore. L'image du premier champ est une impression de jaune accompagnée d'un mouvement défini de l'œil et d'une durée correspondante de l'impression jaune; l'image du second est un effet vert d'une durée double ou accompagné d'un mouvement double de l'œil ou de la tête^ ou des deux ; la troisième image est une teinte différente de vert associée à un mouvement musculaire encore plus étendu. Dans ces circonstances et après une répétition suffisante, si l'œil est impressionné par la teinte jaune en même temps que s'accomplit le mouvement définif du globe oculaire qui accompagne cette impression, l'image du premier champ sera restaurée et le mouvement mental rétabli, pour ainsi dire, dans le sentier accoutumé. L'esprit sera occupé par l'impression optique de jaune et par une étendue donnée, puis par l'impression optique d'une nliance de vert accompagnée d'une nouvelle amplitude musculaire, et enfin, par une autre nuance de vert avec un mouvement encore plus grand. Ces impressions unies seront rappelées l'une après l'autre, comme conséquence d'un développement par contiguïté.

Nous pouvons diviser cet exemple en deux classes d'impressions, les contours et les surfaces colorées. Comme exemple des contours, supposons un anneau blanc sur un fond sombre, nous y trouvons une ligne lumineuse et .'un mouvement circulaire concourant à produire une impression, L'œil en suivant l'anneau, s'imprègne de lumière par un clfet continu, en même temps qu'il accomplit un mouvement circulaire. Une impression optique et une impression musculaire sont iniies dans un ensemble où l'impression musculaire prédomine,

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