SENSATIONS DU MÊME SRNS
(Ml* l'iiupression nni^ciilairc ne sori (\uh f^nid^'i' lo mouvniiUMil (H;iiliiii(\ La lixalioii des images dépend, presque exclusivciiieiU, (le la cohésion des mouvements des muscles de l'œil. Or, cet exeinj)le de l'anniNui est le type d'une elasse nombreuse de nolit^ns visuelles importantes. Les (i^^ures de la géométrie, les chillVes et les syml)oles de ralj^èbre, de la chimie et des autres sciences symboliques^ les plans, les diagrammes, les dessins dont (m se sert dans les arts mécaniques, ne sont retenus dans la première expérience que grâce aux propriétés purement musculaires de l'œil. Le langage écrit nous offre un autre genre de formes visibles; dans les beaux-arts, la sculpture et l'architecture, la forme est le principal objet de l'étude de l'artiste.
Les circonstances qui favorisent l'acquisition de la forme sont, comme ci-dessus, en partie générales, en partie spéciales. La propriété générale d'adhésivité que possède l'organisme étant donnée, la propriété spéciale est la rétentivité des mouvements oculaires. Suivant une hypothèse que nous avons déjà faite, on verra que cette propriété accompagne la faculté discriminative spéciale que possèdent ces muscles, conséquence sans doute d'un haut développement des centres qui règlent leurs mouvements.
Après la rétentivité générale et locale, nous devons nous occuper de la concentration mentale, qui provient spécialement de l'intérêt, du goût ou de la fm recherchée. Nous avons noté trois classes différentes de dessins, tous également susceptibles d'être retenus, en tant que la rétentivité musculaire de l'œil est mise en jeu, mais dont la fixation dans l'esprit est stimulée par difïerents motifs. Telles sont les formes scientifiques, comme les figures d'Euclide; les formes arbitraires du langage écrit, et les [formes artistiques. L'attention que nous donnons aux premières est provoquée par tous les sentiments qui constituent le goût de la science. L'intérêt que nous attachons aux fins du langage, soit pour les divers besoins de la vie, soit pour l'étude, vient en aide à l'esprit en faveur de la seconde classe, celle des formes arbitraires du langage ; la sensibilité pour l'art stimule l'attention en faveur des dernières. En examinant les particularités de ces divers cas, nous pouvons noter qu'il y a une plus grande concentration de l'esprit sur les formes de la science et de l'art, qui sont peu nombreuses et importantes, que sur les symboles
du langage qui sont nombreux et individuellement sans importance en comparaison. On dirait que pour le langage et les symboles arbitraires une adhésivité toute naturelle, sans intérêt ou sans stimulant qui le détermine, a dû être nécessaire. Un motif puissant pour concentrer l'esprit s'applique mieux aux choses peu nombreuses qu'on saisit vigoureusement qu'à une grande multitude. La faculté de se rappeler un grand nombre de signes visibles arbitraires peut être considérée comme dépendant en partie d'une faculté générale d'adhésivité, et en partie de la faculté spéciale d'adhésivité musculaire de l'organe de la vision. L'acquisition de la langue chinoise avec ses milliers de caractères en est peut-être le plus grand exemple. La mémoire qui retient les cartes de géographie est du m^^ie genre, seulement cette mémoire est peut-être servie par l'impulsion d'un plus puissant intérêt.
Revenons aux surfaces colorées, c'est-à-dire à ces effets visuels où la lumière et l'ombre, la couleur et le lustre, entrent principalement, comme dans un paysage, un spectacle, une peinture, une image, une chambre, un visage d'homme. L'objet consiste en un agrégat de masses de couleurs associées par n'importe quelle force rétentive ou adhésive appartenant aux impressions de couleur. Si nous regardons fréquemment une peinture, les différents amas de couleur qui la composent saisissent l'esprit dans leur ordre naturel, en sorte que l'une peut rappeler toutes les autres, et l'ensemble peut exister et rester sous l'attention quand l'objet actuel a cessé d'être présent. Les masses de décorations peintes, les couleurs des riches indiennes et le bariolage des vêtements d'une assemblée, sont autant d'exemples oii la couleur passe avant la forme, et où la faculté rétentive est plus optique que musculaire. Pour juger d'une aptitude à retenir les impressions de couleur, il faut l'essayer sur des objets tels que ceux-là. Cet attribut n'a pas de rapport nécessaire avec la susceptibilité musculaire; chacune d'elles appartient à un organe indépendant et suit différentes lois. Les personnes bien douées pour ce qui regarde la couleur, possèdent l'une des quahtés des artistes descriptifs, des peintres ou des poètes. Une remémoration ou réveil facile de scènes, d'objets, de visages d'hommes, est une faculté nécessaire à celui qui travaille à créer des groupes de ces sortes de choses.
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Comme dans d'autres genres de mémoire, c'est de la combinaison de la lacultc générale d'adhcsivilé avec une l'acuité locale que dépend une bonne mémoire des surfaces colorées. Un sens délicat des lines nuances prouve sullisamment l'existence de cette faculté locale, laquelle se révèle dans une faculté correspondante de retenti vite. 11 n'y a aucune raison de douter que le sens de la couleur soit une propriété primaire de l'esprit. Ce sens n'est pas seulement la même chose que le pouvoir de >e rappeler facilement des scènes et des peintures, ainsi que des nuances de couleur: il engendre dans l'esprit un puissant intérêt pour les notions concrètes, pittoresques, poétiques, du monde, et de la répulsion pour les notions scientifiques qui représentent la nature au moyen d'abstractions et de symboles arides. N'attendons aucune aptitude scientifique d'un esprit doué d'une exquise sensibilité pour la couleur.
Outre les conditions positives de la rétentivité de la forme que nous avons déjà énumérées, nous devons ajouter une condition négative, une susceptibilité modérée, ou même inférieure pour la couleur. L'homme de science et l'artiste qui s'occupe de formes s'avancent d'autant plus brillamment dans leur carrière que la faculté d'être impressionné par la couleur est réduite chez eux au minimum. Il semble que les Hmites de l'esprit humain ne lui permettent pas d'acquérir dans ces deux genres de talent, à direction divergente, un développement considérable.
Dans les premières périodes des opérations de l'esprit, il y a déjà une légère fusion des trois fonctions : distinction, ressemblance et rétentivité ou association contiguë. L'impression persistante d'une image distincte du plus simple objet, d'un anneau par exemple, s'obtient par une opération compliquée. On y trouve une série d'impressions de différence, unie avec des impressions de concordance, qui à la fin se fondent ensemble par l'effet de la propriété rétentive.
Il faut aussi remarquer que l'opération cumulative de contiguïté n'est pas continue, parce que les choses qui se présentent ensemble n'offrent pas invariablement le même rapport de conjonction; il en résulte une nouvelle classe de phénomènes mentais. S'il n'était présenté à la vue qu'une seule espèce
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d'anneau, et si la couleur de cette espèce ne nous était connue qu'avec ce seul objet, il y aurait une association conliguê inséparable de cette forme et de cette couleur; l'une ne pourrait jamais se présenter sans l'autre. Mais presque toutes les impressions simples que nous connaissons existent unies à des relations diverses; par exemple, nous retrouvons la couleur blanche pure dans la neige, l'écume, les nuages, etc. Par suite, la contiguïté devrait avoir pour effet de faire paraître tous ces objets quand la couleur blanche est suscitée dans la conscience. Quelquefois, en effet, il suffit, pour suggérer une foule d'objets, d'évoquer une propriété commune à tous ces objets. A d'autres moments, l'esprit distrait parle nombre et la variété des chaînons de la série n'est ébranlé par aucun, ou bien, sous une influence étrangère qui s'exerce en faveur de l'un de ces chaînons, il le choisit et néglige tous les autres (Voy. l'AssocEATiON composée).
Nous comprenons maintenant pourquoi l'apparition de relations nouvelles d'une propriété qui nous est familière, a un effet dissolvant des associations. L'état liquide se montre d'abord associé à d'autres propriétés de l'eau; quand nous venons à connaître la glace, cette association se relâche en partie. Des propriétés d'abord exclusivement alliées à l'état liquide se montrent maintenant alliées à l'état solide, c'est l'origine d'une ambiguïté nouvelle. L'expérience de la vapeur nous en crée une troisième. L'état où se trouve alors l'esprit a reçu le nom d'abstraction ou d'idée abstraite; obèissantàune tendance décevante, Tesprit a considéré la relation ambiguë comme une possibilité d'existence séparée; de ce que la couleur blanche a de nombreux rapports ambigus, on a supposé et admis que la blancheur peut exister en dehors de tout rapport.
A tout ce que nous avons dit de l'opération d'acquisition, nous devons ajouter encore que la vaste complication des choses qu'il faut acquérir, dont le monde visible est l'exemple le plus signalé, ne peut être saisie que par un système de rapiéçage où le vieux sert à faire du neuf. Quand nous regardons de quelque hauteur une grande ville, avec la campagne qui l'environne, nous nous formons une image cohérente de l'ensemble que nous pouvons retenir môme dans ses menus détails. Cela n'est possible que parce que nous avons déjà acquis des images
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cohérentes de iiies, de clochers, de ch!imi)s et d'îirbres, que nous les avons reUces pour en l'airo des aj^ré^ats qui nv. dillerent pas l)eaucoup de cehii ([ue nous avons sous les yeux. Nous n'avons plus alors qu';\ attacher ensemble sur un plan nouveau, d'après une occasion nouvelle, les éléinenls que nous possédions déjà; et (oui l'eMort de la mémoire consiste à consolider le nouvel arrangement.