‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 83 sur 146 · I)K LA PERCEPTION · texte numérisé non relu

I)K LA PERCEPTION

sièmc avec la position de mon hias (jiii détermine le sommet de ma lôte. An dél)nt, nn enlant ne sait on chercher des yeux la cause il'une irritation ([uand (jiLehpK; (îhose le touche ; avec le temps, il note une coïn(;idence entre une sensation et une pression qui s'opère sur ([uehine partie de son corps; c'est ainsi qu'uni^ sensalion de la main s'associe dans son esprit avec la vue de la main ; de môme pour les autres memhres.

Quand la sensation est plus interne, i)ar exemple quand c'est une sensation de l'intérieur du tronc, nous avons plus de peine à'en i)réciser le siège, souvent nous sommes incapables de le faire. Dans ce cas, nous devons nous en rapporter à des indications qui se montrent à la surface, ou à l'eftet d'une pression superlicielle sur les parties profondes. Quand nous recevons un coup sur les côtes, nous apprenons à rattacher les sensations internes de la poitrine avec le point correspondant delà topographie du corps; nous pouvons ainsi faire des expériences sur les organes profonds et apprendre à saisir leurs indications. Mais plus les parties sont inaccessibles, plus nous avons d'incertitude à déterminer le siège de leurs sensations; si de plus ces parties ne sont pas desservies par des nerfs bien distincts la difficulté est encore plus grande. Le foie, la rate, les reins, ne nous offrent pas des sensations qu'il soit facile de localiser. Sur les régions du corps où les unités sentantes sont séparées par de grands intervalles, comme dans le dos, le moflet, etc., nous ne pouvons jamais connaître avec une délicate précision le lieu de la sensation; la limite où les nerfs cessent d'être distincts est la limite de la perception acquise.

Cette association qui unit une impression interne et la vue ou le tact de la localité où elle a pris naissance, agit par réciprocité, et produit des effets singuliers. En fixant l'œil sur une partie du corps, comme la main, et en la regardant attentivement pendant quelque temps, nous pouvons réellement y faire naître une sensation, par une sorte de courant de retour : Vidée, qui pour nous est le réveil d'une expérience passée dans les mômes voies nerveuses, tend à ramener la réalité. Dans le sommeil artificiel appelé état mesmérien, ce genre d'influence rétrograde va très-loin. M. Braid s'en est servi pour diriger des actions médicatrices sur des organes malades on peut aussi s'en servir pour produire des désordres dans la santé.

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Diflérences associées dans les sensations. Nous avons vu que la faculté discriminative est une propriété fondamentale de l'intelligence, et que nos sensations méritent le nom d'intellectuelles dans la mesure oii nous pouvons y noter des différences. Môme pour le plaisir et la peine, la distinction délicate des qualités par lesquelles une espèce s'élève au-dessus ou s'abaisse au dessous d'une autre, est un acte intellectuel. Lorsqu'une personne est sensible à des nuances de plaisir ou de peine qui échappent à une autre, on la dit supérieure à celle-ci par l'intelligence. La faculté discriminative est la base de toute connaissance ; car connaître les choses c'est recevoir l'impression des sensations qui leur servent de caractères. Nous ne connaîtrions aucun des êtres humains s'ils faisaient tous des impressions identiques sur nous. Un botaniste voit dans un pré vingt espèces d'herbes où une autre personne n'en remarque que trois ou quatre. A mesure que la faculté discriminative s'étend, la connaissance et ses conséquences s'étendent aussi.

Il y a des sensations qui, en elles-mêmes, ou telles que nous les sentons originellement, sont exactement identiques, mais qui, en contractant différentes associations, deviennent aussi différentes pour l'esprit que le doux et l'aigre pour le goût, l'aigu et le grave pour l'ouïe, le rouge et le vert pour la couleur. Pour le sens du tact, par exemple, considérez les deux mains; comparons la sensation du tact dans la main droite avec le même genre de contact dans la gauche ; ces deux impressions sont absolument identiques comme sensations, mais pour l'esprit, elles sont tout à fait distinctes; elles peuvent s'engager dans des associations complètement différentes. Au tact de ma main gauche, j'associe tout un tableau que je vois à ma gauche ; au tact de ma main droite, j'associe un autre tableau que je vois à ma droite. Si quelqu'un pince ma main droite, je tourne la tête et je dirige les yeux à droite ; si ma main gauche est pincée exactement de la môme manière, mes mouvements se tournent vers ma gauche. Les sensations semblent identiques partout excepté par l'association. La possibilité de servir d'attache à des associations différentes prouve qu'il y a une différence réelle dans les sensations, qu'elles ne se confondent pas dans le cerveau , bien que nous ne puissions pas retrouver cette différence dans la

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conscience imniédiiile. L'association seule la manifeste (1). On peut i)roc(^(ler de môme pour explifjiKM- la localisation des sensations musculaires. La sensation d'un muscle pendant la conlraclion présente par tout le corps un caractère uFiiforme, lors(jue le dej^ré de tension et toutes les autres conditions resleiit les nu^mes. Nous ne dirons rien des états musculaires des deux bras, ou des deux jambes, ou de la rotation du corps en des sens opposés, ce serait répéter ce que nous avons dit pour le tact, mais nous pouvons supposer qu'un poids supporté par les bras donne la même quantité de sensation musculaire qu'une pression exercée par le pied : les deux sensations ne présenteraient aucune différence, ni à titre de sensation, ni à titre de volition stimulante; pourtant rexpérience montre que l'esprit les distingue. Des nerfs différents rendent les deux tensions musculaires sensibles à la conscience; là-dessus l'esprit est en état de bâtir et de conserver des associations distinctes, bien qu'il ne puisse constater de différence, ni de qualité ni de quantité, dans les sensations considérées en elles-mêmes. Nous avons déjà attiré l'atten-

(1) Notre faculté de localiser des sensations du tact et de la vue a reçu des explications différentes. On croit en Allemagne (Lotze, Wundt et autres), d'après des expériences, que les sensations tactiles des deux mains, et celles de la peau sur tous les points du corps, diffèrent qualitativement^ et que cette différence de qualité nous aide beaucoup à distinguer les diverses localités. Pour répondre à l'objection fondée sur ce que nous ne reconnaissons pas habituellement une distinction qualitative dans les sensations du tact des différentes parties du corps, on allègue, sans doute justement, que nous sommes d'habitude tellement absorbés par les perceptions objectives, que nous ne faisons plus aucune attention aux différences subjectives. Néanmoins, il se peut que ces différences aient été assez marquées, aux premières périodes de la vie, pour devenir la base de noire fiiculté de distinguer les lieux.

Les partisans de cette doctrine éprouvent quelques difTicultés à déterminer, pour le tact, l'espèce de qualité dont la variation est perceptible sur tout le corps. Mais dans la vue, il n'y a pas de difTiculté. On admet, sur la foi de l'expérience, que la sensibilité de l'œil pour la couleur n'est pas partout la même ; en effet, si l'on fait passer la même couleur de la tache jaune aux parties de la rétine qui en sont le plus éloignées, elle ne paraît plus la même, mais différente, et la variation de la nuance est un signe du lieu de la rétine où l'impression tombe. Cette expérience nous fournit un point de départ; nous pouvons instituer des recherches pour savoir si la distinction delà différence des nuances de couleur est assez délicate pour correspondre à la délicatesse de la vision.

Avec celte hypothèse, il serait difficile d'expliquer comment nous distinguons une succession réelle de couleurs avec la même couleur qui passe sur des fibres

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tion du lecteur sur l'espèce 6! articulation qui caractérise le sens du tact, et qu'il tient de ce que les nerfs de la peau se distribuent à toute la surface du corps en conservant leur indépendance, cette remarque convient également aux nerfs qui animent des muscles différents. Nous reconnaissons comme différente la même espèce de sensation qui vient de différentes parties, parce qu'elle entre dans des associations différentes. Avant qu'aucune association soit nouée, la différence reste latente ; après le développement des associations distinctives, la différence ne peut plus être méconnue. La faculté de localiser nos sensations, d'assigner un lieu à chacune d'elles, repose sur cette distinction des nerfs qui arrivent de différentes parties. Si une piqûre à la jambe et une piqûre au bras n'étaient pas plus susceptibles d'être distinguées par leurs autres caractères que par le pur sentiment de la douleur, nous ne pourrions jamais rattacher l'une à la notion de la jambe, et l'autre à la notion du bras, ou à toute autre particularité distinctive de la jambe, ou du bras. L'œil vient à l'appui de notre doctrine. Le lieu de la rétine

différentes. Je ne dis pas que cet obstacle fût insurmontable, si Ion pouvait montrer que l'aptitude à distinguer de fines dégradations de couleurs s'étend jusqu'aux limites connues de la délicatesse de la vision. Entre la tache jaune et un point de la rétine qui en est éloigné de 10 degrés, nous devons intercaler au moins plusieurs centaines de nuances de rouge passant au vert ou au bleu. Nous n'avons pas les moyens d'affirmer que cette distinction soit impossible à l'œil primitif; mais elle n'est guère compatible avec ce que nous savons des facultés de l'œil, même chez des personnes dressées à distinguer les couleurs. Pourtant cette hypothèse vaut la peine qu'on la soutienne; à quelques égards, peut-être, elle présente moins de difficulté que celle d'un sens qui constaterait des différences dans des sensations qualitativement identiques, hypothèse qui ne se soutient que parce qu'elle est suffisante pour expliquer les faits de distinction des lieux.

11 semble qu'on devrait étendre aux muscles l'hypothèse qui admet des différences qualitatives latentes dans des cas où l'on ne constate d'ordinaire que l'identité. Il faudrait montrer qu'il y a une différence dans les sensations musculaires de deux bras qu'on fait jouer exactement de la même manière. Quand les muscles sont de grandeur et de grosseur très-différentes, comme le deltoïde de l'épaule et le biceps du bras, le diaphragme et l'orbiculaire des lèvres, on peut supposer que nous sommes affectés différemment par leur contraction ; la difficulté consiste à assigner une particularité caractéristique à la sensation de force dépensée dans deux muscles en tout semblables, comme ceux des deux côtés du corps, et dans d'autres dont la forme et le volume sont à peu près identiques.

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