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ASSOCIATIONS DU SENTIMENT

les ollols (lo l'associalioii par contiguïté dont nous nous occupons on vc inonuMil, en tant ([uo nous sorninns disposés ù admettre les api)li('ati()ns (juc sdii auteur en lait. On peut reconnaître qu'il a souvent porté cette théorie de l'association du plaisir plus loin (jue de raison. Nous avons déjà vu que tous les sens nous doiuient des sensations en elles-niômes agréables, indépendauuneni de toute association. Il y a des odeurs suaves, des sons doux, des ellels agréables de lumière et de couleurs, où le plaisir naît immédiatement de l'action des objets sur les organes des sens, et ces sensations agréables ne manquent jamais de se reproduire quand nous sommes dans les conditions qui permettent d'en jouir. Il n'y aurait rien d^agréable d'une façon permanente ou générale, si nous n'avions pas un certain nombre de ces sources primitives de jouissance.

Mais la doctrine d'Alison explique d'une manière satisfaisante les effets puissants que produisent souvent sur notre esprit des sensations et des objets, par eux-mêmes indifférents, ou tout à fait insuffisants pour ces effets. On peut citer quelques faits de ce genre comme exemples d'une émotion d'emprunt ou due à l'association. ^(Tous les sons, dit Alison, sont en général sublimes, quand ils sont associés aux idées de grande puissance : le bruit d'un torrent la chute d'une cataracte, le tumulte d'une tempête, Texplosion de la poudre à canon, le mugissement des flots, etc. j> La plupart de ces sons peuvent par eux-mêmes faire une forte impression par leur intensité et leur volume, et l'effet qu'ils produisent sur l'esprit n'est pas dû complètement à l'association. En voici de mieux choisis. ((Chacun sait que les cris de certains animaux sont sublimes ; le rugissement du lion, le grondement de l'ours, le hurlement d'une bande de loups, le cri de l'aigle, etc. Ce sont des notes jetées par des animaux remarquables par leur force et terribles par leur férocité. » L'auteur nous présente aussi des exemples d'association avec le sentiment de la beauté : «le bêlement de l'agneau est beau par un beau jour de printemps ; le mugissement des bœufs dans le lointain parmi les détails d'un paysage champêtre en été ; l'appel de la chèvre dans les rochers est d'une beauté saisissante comme expression d'une indépendance sauvage ; le bourdonnement du hanneton est beau par une belle soirée d'été, et s'harmonise bien avec la tranquillité et le repos de cette agréable saison; le gazouillement de l'hirondelle est beau le matin, et

semble exprimer la gaieté de cette partie du jour. Les couleurs et les tableaux qui s'ofirent aux yeux nous fourniraient d'autres exemples. » La forte émotion qu'éveille le tonnerre peut être évoquée par l'éclair fugitif que nous voyons à travers la fenêtre, effet banal, mais susceptible encore de rappeler les grands traits des phénomènes, et par là l'émotion du sublime. Les traces d'un orage, le désordre et les ruines qu'il a causés réveillent le sentiment de la fureur avec laquelle il sévit. La description de ces phénomènes quand elle est faite avec art, suffit pour en réveiller les émotions parla seule force de l'association.

Alison étend cette doctrine aux formes et aux mouvements aussi bien qu'aux sons et aux couleurs et fournit de nombreux exemples à l'appui de ses idées. Nous croyons qu'ici encore, il a souvent présenté des effets directs pour des effets d'associations; mais néanmoins il a mis hors de doute que le principe d'association dote les objets indifférents, du pouvoir d'éveiller et de mettre en mouvement l'esprit du spectateur.

Il y a, nous en sommes convaincu, une influence primitive dont la fonction est de produire une certaine somme d'émotion du genre qui entre dans les œuvres d'art. Les lignes courbes et les mouvements ondulés donnent, d'eux-mêmes, un certain plaisir par la sensibilité musculaire de l'œil. Nous devons pourtant ajouter à cette influence originelle une autre influence, celle de l'association, à savoir le rapport qui unit l'aisance et l'abandon à la ligne courbe, et la gêne à la ligne droite. Les mouvements naturels et libres du bras décrivent des figures circulaires ; pour faire une ligne droite il faut un eflbrt.

Un outil, une machine, présentent certains aspects agréables à contempler en ce qu'ils suggèrent la convenance et l'aisance dans l'application à la fin voulue. Le poli de l'acier produit cet eflet, la rouille au contraire fait un effet pénible parce qu'elle suggère l'idée de quelque chose d'aigre et de discordant. L'absence de bruit dans le jeu d'une machine nous donne l'agréable sentiment d'une action facile, et d'un jeu moelleux.

Lecture de l'expression émotionnelle. Un cas intéressant d'association où le sentiment entre comme élément c'est l'interprétation des signes du sentiment chez nos semblables, à l'aide de laquelle nous pouvons connaître l'état de leur esprit, et en tirer pour nous-mêmes une cause puissante de plaisir ou de peine.

ASSOCIATIONS DU SENTIMENT. .'iO?

L'iiiduencc du sourire ou d'un regard courroucé, si grande dans la vie liuniaine, lire toute sa puissance d'une asso(;iatioii. 11 n'y a rien dans la n;ilui'e des traits et d(;s lignes du visage qui expli(iue \v plaisii- causé par le sourire. Accidentellement, il peul se pioduii'e parmi les Irails du visages des lignes (U des courbes gracieuses sur lesquelles viennent se répandre de belles coul(Mirs, mais alors le concours de ces deux circonstances j)roduit un nouveau i)laisir.

C'est dès les premiers temps de l'enfance que nous apprenons la signification du sourire et que nous en connaissons l'aimable infliuMice. L'enfant observe que cette expression accompagne le plaisir réel. Le sourire de la mère, ou de la nourrice, veut dire pour l'enfant tout ce qu'il aime : le lait, le jeu, l'excitation du mouvement, la compagnie. Le regard sévère est toujours associé îi la privation et à la peine. Une association durable se noue entre un arrangement de traits, et toutes les choses agréables de la vie, et une autre association entre un autre arrangement et tous les maux que l'homme peut infliger; la première a le pouvoir de répandre une influence joyeuse, l'autre inspire l'abattement et la tristesse. Toute la vie nous sommes soumis à l'influence qu'exercent les associations où l'émotion entre comme élément. C'est ainsi que certaines notes de la voix peuvent causer du plaisir ou de la peine par l'effet de la suggestion. Toutefois, il faut reconnaître qu'il y a dans les notes employées pour arriver à ces effets une certaine puissance intrinsèque. l*our inspirer l'amour ou l'approbation, nous choisissons les notes douces ; pour les sentiments contraires nous choisissons, aussi bien par l'eÛet et la passion que par un choix délibéré, les notes pénibles et aigres.

Nous éprouvons beaucoup de plaisir à voir autour de nous des êtres heureux, surtout ceux qui ont la faculté d'exprimer leurs plaisirs d'une façon vive. Les enfants et les animaux, quand ils expriment leur bonheur, communiquent de la gaieté à ceux qui les regardent; qu'ils prennent un air malheureux, et qu'ils gémissent, ils jettent du froid et de la tristesse sur la compagnie. Il y a du plaisir rien qu'à contempler ou même rien qu'à imaginer le tableau d'un grand bonheur ; il est probable que ce sentiment joue un rôle dans la disposition qui nous porte à rendre hommage à la richesse, à la puissance, à la gloire, au succès.

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Les associations où entrent des émotions favorisent le développement de la sympathie pour les sentiments d'autrui. Il nous faut apprendre les signes du sentiment pour nous approprier les états des autres. Mais ici comme partout nous constatons de grandes différences chez les divers individus, il en est qui lesapprennent très-vite et possèdent un fond très-riche de sympathie.

Nous ne devons pas oublier de mentionner les sentiments importants à' approbation et de désapprobation morales. On admet de toutes parts que ces sentiments sont en grande partie le résultat de l'éducation; on ne peut contester un fait aussi notoire. L'enfant bien élevé entend constamment parler de certains actes avec une désapprobation marquée, il entend dire qu'ils entraînent des peines; cela suffit pour donnera la désapprobation sa signification; il unit en conséquence en une association étroite ces actes et les sentiments de crainte et d'aversion. Une faculté puissante se forme en lui qui le détourne de mentir, de voler, d'exercer des cruautés, de négliger ses études et de faire certains actes défendus. Voilà un côté de l'éducation morale de l'enfant; l'autre consiste aussi^ de la même manière, en des associations entre certaines actions et la louange, l'approbation, la récompense; celles-ci déterminent le sentiment acquis de l'approbation morale. Les hommes qui ont affaire aux rebuts de la société savent combien peu l'on a de chance de rencontrer ces sentiments chez les individus auxquels on n'a pas pris la peine de les inculquer.

L'allure du progrès dans l'éducation morale dépend de plusieurs circonstances. D'abord, il se peut que les penchants qui portent à transgresser les lois soient puissants, comme il se peut qu'ils soient faibles en vertu d'une disposition naturelle. Mais, en second lieu, il faut attacher une bien plus grande importance à l'aptitude à retenir vivement l'idée de la pénalité, de la désapprobation et du mal. Il semble que cette mémoire du bien et du mal soit un mode spécial et local de rétentivité, tout aussi bien que celle de la couleur et de la musique, elle n'accompagne pas toujours une intelligence supérieure, et elle est parfois forte quand la mémoire des autres choses est faible ; elle appartient sans doute au groupe de sentiments on prennent place la prudence et la sympathie, car la prudence et la sympathie sont des éléments nécessaires d'un sens moral bien développé.

ASSOCIATIONS I)K l.\ VOLITION. S()<)

Un grand nombre de nos goùls, coinnic de nos ;inlipalhies, rcnlronl dans la classe des influences rélléc^hics. La vue du sang MJreele ([uelques personnes jus{ju';\ les faire évanouir, ce qui ne Lient pas uni([ueinenl à la vue du sanjjj; en dehors de toute association, sa belle teinte rouge devrait en faire un objet a«?réable i\ ''(eil.

Vil. — .\!ii«40cinfionM (!<' la «(>li<ioii.

Le pouvoir de la volonté considéré dans ce qu'il tient de l'acquisition; facultés impliquées dans le commandement volontaire (^es organes du mouvement. — Observations faites sur les premiers mouvements de deux agneaux. — Exemples de ce que la volonté doit à l'acquisition tirés de l'imitation : i° l'imitation fait défaut dans la première enfance; 2° la faculté d'imitation est progressive ; 3° au début, les efforts d'imitation sont irréguliers ; à^ imitation des actes de l'enfant par d'autres personnes ; 5° l'imitation suit la spontanéité; G° elle progresse avec les habitudes acquises; 7° elle dépend de la délicatesse des sens. Importance d'acquérir la faculté d'attention.

Nous avons déjà signalé l'erreur commise par Reid quand il a affirmé que l'action volontaire de nos membres et de nos organes actifs était instinctive. Nous n'avons qu'à observer les mouvements de Tenfance, et nous voyons que pendant bien des mois, il n'y a rien qui ressemble à une obéissance des membres actifs en vue d'une fm présente à l'esprit. Un enfant peut bien avoir une intelligence suffisante pour former un souhait, sans être pour cela capable d'exécuter les mouvements les plus simples pour atteindre le but désiré. Quand il veut saisiiquelque chose avec la main, par exemple une cuiller, nous le voyons faire les mouvements les plus maladroits, évidemment parce qu'à cet âge les membres ne savent pas agir dans une direction définie. C'est une chose qu'il faut apprendre, et tme des conquêtes les plus laborieuses et les plus difficiles que l'homme ait à faire. Il faut que nous apprenions d'abord à accomplir les mouvements simples, à l'aide desquels nous pourrons, à un âge plus avancé, apprendre des mouvements plus complexes; mais nous avons à faire nous-mômes notre première éducation. Jusqu'à ce qu'un enfant puisse de son propre mouvement i)orter la main sur objet placé devant ses yeux et le saisir, ce qu'il ne peut pas faire durant les premiers mois de sa vie, tous les efforts qu'il tente pour diriger sa main échouent, et, tant

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qu'il n'a pas de lui-même appris à mouvoir son corps, comme il voit autre chose se mouvoir, il n'est pas encore susceptible d'éducation.

Le commandement des mouvements par la volonté implique les conditions suivantes: 1° La faculté de continunr ou d'arrêter un mouvement en cours d'exécution, pour obéir à un sentiment présent, comme lorsque l'enfant tette tant que son appétit reçoit satisfaction, et cesse de teter quand il est rassasié. Nous avon> rattaché cette faculté à une loi primitive de l'organisme, en vertu de laquelle les plaisirs s'accompagnent d'un accroissement, et les peines d'une diminution des forces. Jusqu'ici la volition est un instinct. 2" La faculté de choisir un mouvement pour élever ou abaisser Tintensité d'un sentiment présent, comme quand Tenfant dirige sa tête et sa bouche pour saisir le mamelon, et qu'il commence à teter. Il peut y avoir quelques mouvements instinctifs de ce genre^ mais en général ils sont acquis, et leur production est déterminée par une association. La coïncidence du mouvement et du sentiment doit être d'abord accidentelle; le mouvement naissant spontanément, et se trouvant capable de dominer le sentiment, ils s'unissent, après quelque temps, d'une manière si intime, que l'un suggère l'autre. Ainsi le mouvement des yeux et celui de la tête esl d'abord spontané, mais les sensations agréables de lumière qu'ils procurent en provoquent la continuation, et le plaisir vient s'associer à ces mouvements; en sorte que lorsque ces sensations agréables sont présentes à l'esprit à l'état de désir, elles provoquent les efforts nécessaires à leur propre satisfaction. C'est ainsi qu'un enfant apprend à chercher une lumière dans une chambre; il apprend à tourner les yeux vers le feu, ou la fenêtre, ou quelque visage, qu'il a commencé à trouver agréable. 3<> L'accomplissement d'actions intei^médiaires en vue d'un plaisir, comme lorsqu'on prend quelque chose avec la main pour le porter à. la bouche, et que des animaux, découvrant leur proie à quelque distance, se mettent en mouvement pour s'en emparer; ces actions intermédiaires sont évidemment, chez l'homme du moins, le résultat de l'expérience. 11 faut d'abord développer la faculté de la locomotion, Texercice de la faculté s'associe ensuite avec ses diverses conséquences, et entre autres celle de rapprocher l'individu de l'objet de ses désirs, k" L;i faculté d'imitation^ celle qui permet d'accomplir des ac-

ASSOCIATIONS 1>K LA VOIJTION. 371

lions après les avoir vu iairc. (Icllc Inciillé nécessite rétablisseinenl (riin Irail (l'union entic un (U'ilain tableau que l'œil contemple et les mouvements des organes correspondants dans l'individu (jui imite. Dans l'imilation vocale, un son est l'antéeédent d'une émission de la voix, chaque son (ju'on entend s'associe i\ des mouvements distincts de la poitrine et du larynx combinées avec les altitudes de la bouche. On a souvent supposé que l'imitation tant des sons que des actions est instinctive, mais nous croyons que cette opinion est fausse. 5° La faculté de mouvoir nos organes, seulement par le désir de les voir en mouvement; comme quand je regarde ma main et que je veux l'élever. Dans ce cas il y a une association formée entre la vue d'un membre ou l'idée laissée par cette vue et le mouvement de ce membre. Enfin, nous pouvons faire un mouvement sur Vappel dunoui de la partie que nous devons mouvoir, comme ({uand on nous dit, « levez la tôle, à bas les mains » , etc. C'est un effet de l'association qui s'est nouée entre certains noms ou sons et une certaine classe de mouvements. Toutes ces actions diverses figurent dans les efforts les plus élémentaires de la volonté poui dominer le corps. On en pourrait citer d'autres où la volonté sort du domaine de l'action pour dominer les passions et le cours des pensées (1).

(1) Nous donnons ici des notes prises sur les premiers mouvements de deux agneaux durant l'iieure qui suivit leur naissance, et à des époques postérieures ; ils venaient tous les deux de la même mère et leurs actions étaient à peu près semblables.

Au moment de sa naissance, l'un des agneaux fut pris par le berger et posé à terre sur ses quatre genoux. Pendant un instant assez court, certainement pas plus d'une minute, il resta tranquille dans celte attitude. Sans doute, le berger avait employé quelque force à le mettre dans cette position ; le premier effort que fit l'animal avec sa propre force fut de se dresser sur ses pattes, ce qu'il lit après un moment d'arrêt qui ne dépassa guère une minute. Je ne puis expliquer la force que l'animal manifesta dans ce mouvement que comme une explosion spontanée de la force de locomotion, déchargée en même temps dans les quatre membres, en vertu de l'organisation nerveuse qui fait des quatre membres un groupe uni par une relation. L'animal se tenait sur ses jambes, les pattes très-écartées afin d'élargir sa base d'appui. La force qui l'avait fait lever continua de se dépenser pour conserver l'attitude debout, et l'animal eut sans iloute conscience de cette dépense comme de sa première expérience. 11 resta une minute ou deux au repos complet dans cette posture. Après vinrent les commencements du mouvement locomoteur. D'abord un membre fut levé, puis

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Nous prendrons pour exemple la faculté d'imitation, afin de montrer que ces diverses actions volontaires, à l'exception de la ])remière, sont bien le produit d'une acquisition. Si nous parvenons à prouver d'une manière satisfaisante que l'imitation n'est pas instinctive, mais acquise, il ne restera aucun doute sur les autres facultés.

1° Le premier argument contre l'origine instinctive de l'imitation, c'est que l'enfant n'en présente aucun exemple durant les premiers mois de sa vie. Autant que nos observations nous le rappellent, il y en a fort peu pendant la première année. Mais une impulsion primitive devrait apparaître beaucoup plus tôt.

l)aissé, puis un second mouvement élargit la base de l'animal sans changer sa posture. Ensuite, il y eut un mouvement plus complexe avec deux jambes, qui paraissait porter l'animal de côté ; puis un autre mouvement complexe le porta en avant. Mais au commencement il semblait qu'il n'y avait rien pour décider en faveur d'une direction plutôt que d'une autre, car les premiers mouvements étaient un mélange confus de poussées sur les côtés, en avant ou en arrière. 11 semblait pourtant que l'animal eût le pouvoir de faire les mouvements alternes que nécessitait la marche en avant. 11 ne paraissait pas que la sensation y eût quelque influence, et il était évident que le point de départ des actions de l'agneau était en lui-même. Les yeux étaient largement ouverts et la lumière devait nécessairement stimuler le cerveau. Le contact avec la terre solide et les sensations de poids et de mouvement étaient les premières de toutes les sensations. L'agneau était dans cet état, changeant à peine de place, sans direction arrêtée, quand il fut saisi et porté près de sa mère. Cela ne changea rien à son attitude jusqu'au moment où son nez fut mis en contact avec la toison de la mère, ce qui fit naître une nouvelle sensation. Il se produisit alors un contact évidemment volontaire, il y avait évidemment chez l'agneau une tendance à se maintenir au contact de sa mère, à frotter son nez contre le flanc et le ventre de la brebis. Il trouvait qu'un certain mouvement avait cet effet, et il continuait ce mouvement, en nous donnant un exemple de ce que nous considérons comme le fait primitif delà volition. Quand il perdait le contact, il n'avait aucun moyen de le recouvrer par une action directe, car à cette période de son existence, les indications de la vue n'avaient aucun sens. L'animal continuait ses mouvements irréguliers spontanément, pendant un moment ils furent sans résultat jusqu'à ce que^ par un hasard favorable le contact fut reproduit et ce contact put manifestement conserver la posture ou le mouvement qui le causait. L'agneau passa la première heure tout entière à exécuter ces divers mouvements autour de la mère; les actes de la locomotion devenaient évidemment plus faciles, et il pouvait diriger sa tête de manière à conserver la sensation de tact qui lui donnait du plaisir. Une seconde heure se passa de même ; dans le cours de la troisième, l'animal, qu'on avait totalement laissé à lui-même, se rapprocha du bout de la mamelle et le mit dans sa bouche Les actes spon-

ASSOCIATIONS DE I.A VOUTFON. 37 .>

Les mouvements inslinclils dont nous avons parlé dans la IMit- MiKRE PAKTIK sc nianileslenl dès le début de la vie. Il n'y a ni manitVslation, ni dével()i)i)eniont d'une l'acuité nouvelle au nioinenl où le penchant à l'iniilalion se montre; il n'y a rien d'analogue par exemple aux ehan^^enuMils physiques rfui se produisent il la puberté, en même temps que se développent les sentiments nouveaux de cette période de la vie. (Jn voit Tenfant Taire pendant loui^temps de grands eflorts de lui-môme |)endant ('e> mois où il ne possède pas la faculté d'imiter, il lui serait extrêmement utile à ce moment de posséder le pouvoir <le répéter les actions d'autrui; cela lui éviterait bien des essais

taiiés de la bouche fournirent alors une nouvelle sensation, qui les anima et les entretint; inopinément l'animal se trouva en possession d'un nouveau ()laisir ; d'abord la satisfaction de mâchonner l'objet, puis peu à peu le plaisir de tirer le lait; l'intensité de ce nouveau plaisir fut sans doute un aiguillon intense pour les mouvements coexistants et les entretint énergiquement. Une impression nouvelle et importante était produite, qui restait après l'acte même et stimulait des efforts capables de la reproduire.

Six ou sept heures après la naissance, l'animal avait fait de notables progrès. La locomotion était facile, l'animal préférait aller en avant, mais il n'exécutait pas moins les mouvements dans les autres directions. En moins de vingtquatre heures il put à la vue de sa mère s'avancer pour la rejoindre, déjà une image visible particulière s'était associée à un mouvement défini. Ce qui frappait le plus dans les premiers mouvements de la vie de l'animal c'était l'absence d'associations de ce genre. Il pouvait maintenant se rapprocher de la mamelle et teter, guidé uniquement par son désir et par la vue de l'objet. Il jouissait du plein exercice de la faculté locomotive, et de très-bonne heure on le vit se mouvoir, le nez près du sol au contact de l'herbe, préliminaires de l'acte de brouter.

Nous ne pouvons pas préciser avec une exactitude minutieuse les périodes des diveis développements de l'éducation que l'agneau se donnait lui-même, mais ce que nous venons de rapporter est ce qu'il y a de plus certain dans nos souvenirs. L'observation prouvait nettement : 1° L'existence d'une action spontanée comme premier fait de l'histoire de l'animal ; 2° L'absence de toute inclination avant toute sensation ; 3° Le pouvoir que possède la sensation de conserver le mouvement qui coïncide avec elle, ce qui constitue un acte volontaire dans la forme initiale. Ce qui était aussi très-remarquable, ce fut la marche de l'acquisition, ou la rapidité avec laquelle toutes les associations entre sensations et actions se fixèrent. Une faculté que l'animal ne possédait pas naturellement fut acquise à fond en quelques heures; avant lu fin de la semaine, l'agneau était capable de faire presque tout ce qui appartenait à la sphère de son existence ; eu quinze jours il n'y avait plus de différence entre lui et les niembres les plus âgés du troupeau. (Voyez YAppendiee, note G.)

infructueux ; on ne peut voir en lui à cette époque la plus faible tendance à l'imitation. D'autres observateurs ont peutêtre observé un développement plus précoce de la faculté d'imitation, mais cela ne change rien à la portée de notre argument.

2" En second lieu, l'imitation au début est lente et ne progresse que graduellement, ce qui est le caractère de l'acquisition et non de l'instinct. Par exemple dans le langage, l'imitation est d'abord limitée à une ou deux articulations, les autres viennent peu à peu à des intervalles considérables. S'il y avait quelque connexion primitive dans le cerveau entre un son qui frappe l'oreille, et la reproduction de ce son avec la voix, il en devrait être ainsi aussi bien pour une lettre de l'alphabet que pour l'autre. De même pour le mouvement de la main; pourquoi l'un serait-il postible, tandis que l'autre qui ne présente en lui-même pas plus de difficulté ne le serait pas.

3° Très-souvent l'imitation échoue, même après avoir une fois réussi. Un enfant a attrappé un son, il le reproduit, et à un autre moment il lui est impossible de le donner. Ce fait se montre constamment dans les premiers efforts des enfants. C'est en vain que nousleurrépétons un son, une lettre, ou une syllabe qu'ils se sont montrés capables de prononcer; Tassociation entre l'impression acoustique et l'effort vocal spécifique n'est pas encore pleinement formée; elle n'est donc pas instinctive. L'enfant a, parmi les mouvements articulés qu'il exécute spontanément, rencontré le son hum, ce son une fois prononcé reviendra probablement dans le cycle de ses actions spontanées; mais émettre la syllabe au moment oii une autre personne la prononce, c'est quelque chose de plus. Dès que l'on considère cette faculté comme acquise, on peut s'en rendre compte. Le son prononcé est aussi entendu; outre l'effort vocal, il y a au môme moment une impression sur l'oreille; une association s'établit entre Teffort et la sensation, et après un temps suffisant l'un peut rappeler l'autre. De quelque manière qu'elle se produise, la sensation reproduit l'effort; et quand on entend répéter la syllabe familière par quelque autre personne, l'acte vocal suit l'audition. Nous croyons que l'expérience démontre que le temps écoulé entre le moment oii l'on devient capable d'émettre un son, et celui oii l'on peut l'émettre immédiatemeni après l'avoir entendu, correspond au temps nécessaire à la for-

ASSOCIATIONS I>E LA Vol.ITlON. 37")

luation d'une association entre les dtnix cléments li6t6rogèn(;s, dont l'un est un acte sponlané et l'autre une sensation. Les premiers sons ([u'éiuel reniant sont \A\is IVéquemment spontanés qu'ils ne sont l'ellet du stimulus de l'imitation, ce qui prouve que l'emploi du son préec'^de la faculté de l'imiter.

Si l'imitation était instinctive, il devrait y avoir des milliers de relations instinctives entre les sensations et les actions. II faufilait tpie le son de chaque lettre de l'alphabet,, de cha- ((ue mot, fût rattaché j)ar un lien primitif à des mouvements délinis du laiynx, de la poitrine et de la bouche. Il faudrait de toute nécessite que les mouvements de la main fussent associés aux images visibles des mêmes mouvements chez autrui. Nous serions obligés de soutenir l'évidente absurdité que les associations peuvent se former entre des choses qui ne sont pas encore tombées sous l'expérience, entre des sons et des images, ou des actions, longtemps avant d'avoir rien entendu, vu, ou fait.

U° Tout le monde sait que les nourrices font plus pour imiter les enfants, que ces petits êtres pour imiter leur nourrice. Quand l'enfant fait une fausse articulation, tous ceux qui l'entourent s'en emparent et la répètent à l'envi, en sorte que l'enfant se familiarise avec le son comme provenant d'autres voix aussi bien que de la sienne. Cette circonstance doit incontestablement favoriser le développement de l'association.

5" L'imitation dépend de la richesse de l'activité spontanée, et varie avec elle, se montrant plus puissante où la spontanéité se présente- sous des formes plus variées. Un enfant apprendra ;\ imiter le chant dans la mesure où de lui-même il rencontre facilement les notes musicales. Son chant instinctif paraît le premier : la perfection de ce chant sera une condition qui lui permettra d'acquérir le chant d'autrui. En quelque genre qu'un individu montre une facilité spontanée, il montrera de l'aptitude à imiter et à apprendre.

6° L'imitation progresse avec les habitudes acquises. Voici un jeune homme qui apprend la danse, il ne possède pas d'association entre ses propres mouvements et la vue de ceux de son maître, il a beaucoup de peine à apprendre les premiers pas. Dès le début, il ne forme pas naturellement les premiers mouvements qu'il a besoin de faire.' Il fait certains mouvements ; il possède un pouvoir suffisant de commander par la

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volonté aux membres du corps, c'est-à-dire d'émettre une action d'un certain genre; les premières sont tout à fait mauvaises, elles manquent d'une qualité nécessaire, elles ne coïncident pas, il en résulte de nouveaux efforts; ceux-ci échouant, d'autres essais se renouvellent jusqu'à ce que l'attitude soit bien saisie. La grande opération du tâtonnement amène la première coïncidence entre un mouvement et l'image de ce mouvement chez autrui; la répétition, en constituant un lien d'associcition, rend en définitive l'imitation aisée. Sur cette acquisition s'en édifient d'autres de môme genre, et le perfectionnement de l'imitation s'accélère. C'est ainsi que dans tous les arts nous avons à apprendre un alphabet d'imitation, la partie la plus difficile de l'opération est celle qui consiste à fixer les premiers chaînons de l'association.

7° L'imitation dépend pareillement de la délicatesse du sens qui perçoit l'effet. Cette règle est en harmonie avec tout ce que nous venons de dire.

Ce n'est pas ici que nous devons traiter à fond le sujet de l'imitation, c'est-à-dire les acquisitions qui rentrent dans le domaine de la volition en général. Il suffit pour le moment de montrer que le principe d'association y joue un rôle aussi nécessaire que partout ailleurs. Toutes les conditions déjà indiquées qui influencent la marche de l'association s'y retrouvent avec la même influence. Le caractère principal de ces conditions résulte des circonstances où elles ont commencé. Ce sont les points de départ de toutes les autres branches d'éducation, aussi faut-il qu'elles trouvent leur voie à travers les luttes et les accidents, les essais et les échecs. Elles ont pour base le lien qui rattache la conscience à l'action présente, le plaisir ou la peine au genre d'activité qui existe au même moment, aussi en viennent-elles à fournir des relations définies entre nos sentiments et nos actions, à l'aide desquelles non-seulement nous pouvons régler un mouvement quand il s'opère, mais appeler des actions à l'existence sur la demande du désir actuel.

De toutes les circonstances qui affectent la marche des associations volitionnelles, le travail cérébral ou l'attention concentrée est la plus importante. Cette condition nécessaire à tout âge paraît le plus importante dans les premiers mois de la vie. Il semble en général que le moment d'une acquisition est

oiuLTS natiiu:ls. 'ill

celui oii, pai' un acciiliîiiL liciirciix, raltciilion esl éveillée pairaelion, et l'espi-il absorbé ;\ la eontempler; si uneiiiipre^'hiion ne leste pas lixée (luebiue leinps par riiilluence de (pieUjue senlinienl, elle n'a pus (rellel. OuaiHl reniant réussit à exé('uter un exercice ([ui lui donne du plaisir, ce ([ui le conduit à répéter le même acte, avec une aj)plication soutenue, il ne peut manquer de faire des progrès scnsibl(>s dans l'encbaînemcnt de tous les détails de cet exercice.

VIll. — Objcitx niitiirclN. — A^rcfçatM «le «lUUlit^'H uuturellOM (1).

Les objets extérieurs nous affectent par plusieurs sens; importance de l'adhésivilé des données des sens ; le naturaliste. — Objets utiles.

Un des principaux éléments de l'intelligence est la connaissance permanente que nous avons du monde extérieur ou objet tel qu'il frappe nos sens.

Les choses externes nous affectent par plusieurs de nos sens Le galet du rivage de la mer se peint dans l'œil en tant que forme et couleur. Nous le prenons à la main, et nous obtenons l'impression de forme unie à l'impression tactile de surface. Nous le choquons contre un autre galet, et nous percevons un son caractéristique. Pour retenir l'impression d'un tel objet, il faut qu'il y ait une association de ces différents effets. Quand -cette association est suffisamment complète et solide, elle constitue notre idée de l'objet, c'est par elle que notre esprit saisit le galet.

Passons au monde organique et cueillons une rose, nous avons les mêmes effets, une forme pour l'œil et pour la main, c'est-à-dire, une couleur et une sensation du tact, et de plus une odeur et une sensation du goût. Il faut un certain temps pour que toutes ces qualités fassent corps entre elles, pour composer un seul -agrégat, de manière à nous donner l'image persistante de la rose. Une fois que l'esprit est en possession de ce groupe, une quelconque de ces impressions qui le composent peut réveiller toutes les autres; l'odeur, la vue, le tact, le pédoncule épineux, chacun de ces caractères fera apparaître l'impression toute en-

H) y oyezV Appendice, note F.

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lière. Disséquons la lleur pour en examiner tous les organes (4 nous obtenons de nouvelles impressions qui prennent place dans Tagré^at commun.

C'est en associant rapidement ces qualités, en d'autres termes, par une prompte adhérence des sensations de la vue, du tact, et des autres sens, qu'on se familiarise complètement avec les minéraux, les végétaux et les animaux. Dans l'esprit du naturaliste, ce sont spécialement les sensations de la vue et du tact, qui doivent s'associer promptement. Ce qu'il faut surtout c'est une puissante faculté générale d'association aidée par des aptitudes locales ou spéciales; et de plus la concentration de l'esprit sous forme d'intérêt pour l'étude. Toutefois nous faisons au sujet de cette dernière condition une restriction importante. Uuand une branche d'études contient une grande masse de détails, l'attention disséminée sur une immense étendue ne peut se concentrer fortement sur aucun point; la concentration doit porter sur des sujets étrangers qui n'excitent aucun intérêt. La faculté d'association naturelle et spontanée, qu'elle vienne d'une qualité générale ou locale, est une condition indispensable au succès dans l'étude de l'histoire naturelle et dans celle des langues.

Une faculté d'observation toujours fraîche et prête au travail, une énergie cérébrale qui se dépense en sensations tactiles et visuelles, sont les caractères du naturaliste et de tous les hommes qui s'occupent des choses externes au concret ; comme l'ingénieur, le chef miUtaire, et le poëte. Dans ces choses qui font aussi appel aux autres sens et qui s'en nourrissent, il y a un motif nouveau qui naît de l'intérêt spécial qu'elles présentent. Ainsi, à ces conditions peut s'ajouter dans certains esprits un charme particulier de nature artistique, une préférence pour tous les objets susceptibles de flatter les goûts esthétiques. Mais le naturaliste doit se tenir au-dessus de ces goûts ; pour lui tout objet de la nature présente un intérêt modéré, aucun n'absorbe la part d'attention qui revient aux autres; ce n'est que par cette modération que le naturaliste peut suffire à la multitude et à la variété des objets qu'il a à embrasser.

Des objets du monde que nous appréhendons par l'impression qu'ils font sur nos sens, nous passons à un groupe d'agré-

CONJONCTIONS NATl IIKLLKS. Zl\)

giils plus complexes, donl les propriétés ne sont pas toujours présentes à la vue. Par exemple, unecîoupo poni' être (îomplèt(î doit être eoïKjuc comme contenant (juehiue chose, comme servant à ceci ou ;\ cela. Nous devons associer aux (jualités sensibles i)ermanentes cette autre (pialité de l'utilité pour (luelque ftn, ({ni a nii inlériM spécial pour vivilier notre souvenir de l'ensemble. Les meubles, les instruments, et les outils de toule es[)èce, {)()ssèdent cette (pialité surnuméraire, qui, toutefois, n'accable pas la mémoire, mais plutôt facilitela tâche en apportant à l'esprit raij,^uill()n d'un intérêt spécial. Tous les objets mentionnés se fixent mieux dans la mémoire que ceux qui ne l'ont pas été, pnrticuliôrement si la relation est intéressante. Un monarque fait une impression plus profonde qu'un simj)le particulier; une meule de moulin se fixe mieux dans la mémoire qu'un bloc sans utilité qui gît au milieu d'une lande. Quand un individu s'intéresse vivement à tout ce qui touche ù la production industrielle, tous les genres de machines arrêtent ses regards et font sur lui une vive impression ; exemple de l'attention spéciale et élective qui concentre l'esprit sur certaines choses pour négliger les autres, par un contraste frappant avecles tendances compréhensives de l'esprit du naturaliste. Nonseulement elle considère les objets à un point de vue étroit, mais encore elle s'occupe des propriétés avec une attention plus limitée. Quand un instrument a un bon tranchant, son poids spécifique est indifférent, quand une carrière fournit d'excellentes pierres à bâtir, son propriétaire laisse à d'autres le soin d'en déterminer la composition et l'époque géologique.

IX. — Conjonction!^ nuturollo^i ot liubiliielleM. mature morte .

Tableaux diversifiés de la nature, importance de la rétentivité du coloris. — Agrégats constitués par des représentations artificielles, cartes, figures, •tessins. — Conjonction des objets avec leurs propriétés scientifiques.

Les choses qui nous entourent, qui occupent des positions fixes et conservent des relations constantes, soutiennent en idée les mêmes rapports que dans la réalité, c'est ainsi que nous conservons une représentation fantasmagorique de tout ce qui nous entoure. La maison où nous demeurons, avec ses meubles et ses arrangements, la rue, la ville, le spectacle que nous pré-

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sente chaque jour la campagne à force de nous frapper la vue, composent des souvenirs persistants, dont un élément quelconque ramène aisément le reste sur le premier plan. Nous associons pareillement les hommes avec leurs demeures, leurs habits, leurs occupations, et tout ce que nous remarquons constamment avec eux.

Les objets étrangers au cercle quotidien de nos observations nous présentent une occasion meilleure d'éprouver l'adhésivité naturelle de l'esprit pour les tableaux d'ensemble. Une maison que nous avons visitée une fois ou deux, une rue d'un quartier étranger, une scène nouvelle, mettent à l'épreuve la persistance des images visuelles dans l'esprit. Cette qualité se résout en celle de retenir les impressions colorées et en celle qui conserve les formes visuelles, mais le principal rôle appartient à la faculté qui retient la couleur. Si ce sentiment de la couleur n'est pas très-puissant, le coloris ne peut plus être rappelé à la mémoire; il en est de même d'une collection hétérogène et sans ordre de curiosités et d'ornements. L'intérieur d'une chambre implique une forme, et peut rester dans l'esprit comme forme, mais si le sentiment de la couleur est nul, l'impression restaurée ne sera qu'un dessin incolore. Un jardin, un arbrisseau, une fde de champs, laissent un souvenir dont le principal élément est fondé sur la faculté de retenir la couleur. Plus les contours des objets sont irréguliers, plus nous avons besoin de la faculté par laquelle l'esprit retient les impressions colorées.

Ainsi la première condition sans laquelle nous ne pouvons pas retenir facilement l'image du monde dans toute la richesse de ses mille couleurs, c'est une faculté puissante de fixer . la couleur par association. C'est elle qui donne à l'esprit 1 aptitude d'embrasser les tableaux, le goût de la nature au point de vue concret, et tous les penchants qui en sont la conséquence. Nous venons de voir que c'est la principale qualité du naturaliste, c'est aussi celle du peintre et du poëte; en effet si le poëte, comme le peintre, doit faire, parmi les innombrables détails qui s'offrent à lui choix de ceux qui intéressent son art, il peut cependant retenir tout ce qui frappe ses yeux, beau ou non. Une imagination luxuriante suppose la facilité de retenir les scènes de tout genre; il ne faut pas moins pour entretenir la veine d'un grand poëte. Tous les objets ne

CONJONCTIONS NATUHELLKS. 381

pcHivcnl pas être beaux ou pilloresquos. Il n'y a licii pourtant ((ui ne puisse figurer dans (juehiue (euvre (i'art; pour ([u'un peintre mérite en niOnie temps le nom de poëlc;, il faut (ju'il possède une retentivilé [)uissante et désintéressée pour tout ec qu'il voit. Celui qui n'aurait que cette qualité ne serait qu'un naturaliste, mais quand le scntimentpoétique vient àsou tour mettre en relief les objets beaux, grands, touchants, le naturaliste l'ail place ii l'artiste. Avec un sens artistique puissant mais sans la faculté qui permet d'embrasser la nature tout entière même dans ce qui ne présente pas d'intérêt, on peut être un véritable artiste d'un goût exquis, mais on n'a que de maigres conceptions, beaucoup de goût, peu d'invention.

11 semble donc que la faculté d'association s'exerce à peu près de même sur les conjonctions habituelles des choses que sur les choses considérées individuellement. La rétentivité du sens de la vue est le principal appui de ces deux facultés, quand il s'agit d'objets petits et à notre portée nous employons le tact et les autres sens ; quand il s'agit d'objets éloignés et de vastes tableaux, nous en incorporons les impressions dans des associations de sensations visuelles seulement.

Parmi les agrégats qui reconnaissent cette origine il faut comprendre les représentations artificielles destinées à faciliter la conception du monde extérieur, comme par exemple les cartes les ligures, les dessins. Ces procédés de représentation sont d'une grande utilité, la puissance de l'intelligence et l'adresse dépendent de l'aptitude à les embrasser et à les retenir. La géographie du globe est résumée dans un globe artificiel ou dans une série de cartes avec des contours, des ombres, de la couleur, qui correspondent aux différences des terres et des mers, des montagnes et des plaines. Tous les individus ne possèdent pas au même degré l'aptitude à retenir une carte. Une autre condition importante est l'adhésivité pour la couleur. Après les cartes nous mentionnerons les dessins d'histoire naturelle dont la grande variété dépend surtout des différences de couleur. Les dessins anatomiques et ceux des machines sont de même nature, tout en se rapprochant un peu de ceux des sciences abstraites, où l'attention se concentre sur quelques traits peu étendus. Quand nous arrivons aux figures d'Euclide, la couleur a disparu, elle ne fait plus partie de la conception ; la faculté de retenir les

tableaux ne sert plus de rien. La forme est tout, et encore cette l'orme loin d'être variée est limitée, et d'une extrême importance. Rien mieux que cette opposition ne fait ressortir la laculte de saisir les agrégats et les concrets de la nature, où mille impressions distinctes doivent prendre leur place et faire corps aisément en un temps très-court. La foule qui remplit un théâtre et la quarante-septième figure d'Euclide sont également des objets pour l'œil, comme ils en sont aussi pour l'esprit qui les conçoit, alors que les sens n'en sont plus affectés, mais la région du cerveau qui détermine la fixation de l'image ne saurait être la même dans les deux cas; dans l'un, nous avons de la couleur et une forme variée, dans l'autre un petit nombre <\c formes régulières sans aucune couleur.

il y a une classe intéressante de conjonctions artificielles où les apparences naturelles des choses s'associent à d'autres que produisent la manipulation et l'expérimentation. Les propriétés d'un minéral, la notion complète que nous en pouvons former est une combinaison de la vue et du tact avec les apparences artificielles qu'on obtient en mesurant ses angles, en le cassant, en le rayant, en le chauffant au chalumeau, ou en le traitant par des acides. L'association de ces impressions diverses fixe une impression complexe dans l'esprit; et au bout de quelque temps une quelconque de ces propriétés peut réveiller la conception totale du minéral. De même en chimie, la conception d'une substance n'est pas seulement l'ensemble des impressions qu'elle produit d'elle-même, mais elle comprend encore celles qu'on obtient quand on la traite par d'autres substances et qu'on la soumet à diverses températures. Pour le chimiste la notion du soufre est un immense ensemble de sensations produites de diverses manières; en réalité, c'est la notion d'une grande collection de substances, les composés du soufre, comme l'odeur de la fleur de soufre brûlé, l'huile <le vitriol, les sulfates, les sulfures, etc. De même les propriétés d'une plante ne sont complètement résumées et agrégées dans l'esprit, que lorsqu'aux notions qu'elle fournit par elle-même s'ajoutent toutes celles qui dérivent de la dissection. Cel exemple présente une analogie complète avec celui que nou*avons mentionné plus haut, en parlant des outils et des machines : dans un cas comme dans l'autre, l'impression du mo-

SUCCESSIONS. 38.*i

iiienl doit i*^tro unie j\ d'aiilrcs impressions qui naisscnl dès quv l'on considère les usages praLitjiu's.

Avec ces afçrépjats minéraux et chimiques, nous sommes à Taise pour prouver la puissance de l'association par contiguïté mais plus encore pour éprouver la tendance h s'appesantir sur les combinaisons nrti/îciellcs, résultats d'une analyse antéi'ieure ou d'une séparalion forcée des conjonctions naturelles. La science, iîomme nous aurons plus tard l'occasion de le l'aire voir, répugne ;\ l'esprit naturel, parla nécessité qu'elle impose de dissocier les apparences qui se présentent naturellement et facilement ensemble, de renoncer à l'aspect total d'un objet qui intéresse agréablement tous les sens, pour s'arrêter à quelques traits qui n'ont rien d'intéressant pour l'œil du vulgaire. Les composés du soufre qu'il faut réunir à la substance simple pour compléter l'idée sont considérés par le chimiste au seul point de vue de la composition et de la décomposition dans leur contact avec <l'autres corps; l'apparence d'une substance quelconque telle ((u'elle résulte de l'impression sur l'cril peut n'est d'aucun intérêt pour le chimiste.

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