SUCCESSIONS
rciil à en lixiM' liis périodes dans la iiuMUoii-c. Il en est de même des évolutions historiciues; c'est encore ce but (jn'oii vise, en décrivant lesévoliitions artilieielles d'un dninieou diin rornau. Un puissant intérêt s'attache aussi aux i)éi'i()dessu(;('(!ssives d'une opération de construction, d'un procès (jui se déroule devant une cour de justice, ou ;\ la niarclie d'une maladie. Un esprit naturellement doué d'a(lhésivil('' pour les iuipressions sensibles, profite des occasions d'obseiver (jui se présentent, pour rassembler un riche butin de successions; mais ce (jui aide le plus puissamment, c'est le p(Mich;uit à concentrer l'esprit sur quelques-unes d'entre elles de prélercnce aux autres. L'un s'absorbe dans l'observation des progrès d'une culture ou d'un jardin, depuis le moment de la semence jusqu'à celui delà récolte; l'autre considère avec un intérêt particulier le développement humain dans le corps ou dans l'esprit.
A part une circonstance d'intérêt spécial au point de vue du déroulement de l'avenir, les associations de l'évolution ne difl'èrent pas essentiellement des conjonctions de la nature morte, qui sont aussi nécessairement successives. Les pages d'un livre ou les maisons d'une rue existent simultanément, mais elles ne peuvent être contemplées que successivement. L'esprit habitué à associer après quelques répétitions les fleurs d'un parterre, peut pareillement retenir les différentes phases du développement de la plante.
Nous devons signalera l'attention un fait du système nerveux qui se raitache à la faculté mentale de la mémoire des successions d'images : le mouvement mental une fois commencé tend à continuer et s'entretient lui-même. Nous pouvons remarqueique l'œil a une tendance à persister dans un mouvement une fois commencé, comme par exemple pour suivre un projectile, ou parcourir la bordure de l'horizon. La vigueur spontanée des organes du mouvement les emporte dans la direction oii ils sont entrés par hasard, puis le stimulus de la sensation vient s'ajouter à la spontanéité du système nerveux pour soutenir le mouvement commencé. C'est ainsi que l'œil suit naturellement une échappée de vue ou le cours d'un ruisseau. En voyant le commencement d'une ligne droite, ou une partie d'un cercle, nous nous sentons portés à concevoir les autres parties que la vue n'embrasse pas. Un haut sommet emporte le regard en
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haut sur des sommets qui le dépassent, tandis qu'un courant qui descend entraîne vers les profondeurs le regard du corps et l'attention de l'esprit. De même que nous continuons à marcher par un mouvement presque mécanique, ou que nous manions un outil sans y songer, quand une fois nous sommes en train, de même notre vue prend un mouvement et le suit d'elle-même sur la Hgne qui lui est tracée. Quand l'œil parcourt la longue ligne d'une procession, il acquiert la faculté de persévérer dans ce mouvement au point qu'il est en état d'en franchir la limite quand il est arrivé à la fin. Une succession d'objets animés d'un mouvement très-rapide, un train de chemin de fer par exemple, fait sur notre œil une impression persistante anormale, et nous sentons tout se mouvoir autour de nous. Comme toutes les autres actions du cerveau, cette persistance a une allure modérée et régulière, qui tombe facilement, et une allure précipitée et anormale que nous ne pouvons faire disparaître qu'avec beaucoup de peine.
Or, quand nous nous rappelons les termes d'une succession sous la pression de ceux qui ont déjà passé, le souvenir est aidé par cette tendance qui nous pousse en avant, et nous fait sauter du terme en vue au moment même, à celui qui le suit immédiatement. Cette impulsion en avant, qui ne s'arrête jamais, ne suffirait pas d'elle-même pour rappeler le terme suivant, s'il n'y avait entre eux un lien d'association, mais elle compte pour quelque chose dans l'acte qui nous fait retrouver un objet qui; nous manque dans la série ; elle détermine surtout le degré de rapidité de l'action mentale, et par là imprime un cachet au caractère; elle ne donne pas la force intellectuelle, mais c'est d'elle que vient la rapidité de la perception, qualité dont nous avons souvent l'occasion d'apprécier les avantages.
Les successions appelées cause et effet sont fixées dans l'esprit par contiguïté. L'exemple le plus simple est celui où notre activité joue le rôle de cause. Nous frappons un coup, un bruit se fait entendre, une cassure se produit. La force volontaire émise dans cet acte s'associe en conséquence avec le son et la cassure. Il n'est pas d'association qui mûrisse plus rapidement que celle qui relie nos propres actions avec les effets sensibles qui en découlent. Les circonstances qui favorisent la concentration de l'esprit sur cette succession ne font pas défaut.
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D'abord, ces cll'cls soiil souvcnl violents, saisissants etéinou- "vanls. Les plus puissants sont ceux qui produisent quelque changement frappant dans la marche tranquille des choses. Un coup de canon dans le calme de la iiuil, un incendie qui s'allume, la vie qui s'en va, sont des imi)r('ssi()ns qui excilcMit fortement le système nerveux, et absorbent l'esprit par cette excitation. Pour rattacher ù jamais un de ces événements frappants à son antécédent immédiat, qu'on appelle sa cause, une seule occasion suffit. Quand les effets sont plus légers et plus lents à se produire, le lien qui les unit aux causes ne se fixe pas aussi rapidement dans l'esprit. Mais en règle générale, la causalité, quand elle est bien évidente, c'est-à-dire quand l'esprit constate clairement et embrasse les deux membres de la série, la causalité s'imprime dans l'intelligence plus fortement que les successions des détails d'un paysage, ou les périodes du développement d'une plante ou d'un animal. Il y a chez l'homme un goût naturel pour la connaissance des ellcts, qui provient de ce qu'ils stimulent l'esprit par un certain genre d'excitation, laquelle contribue puissamment à alimenter le plaisir de vivre.
En second heu, nous devons remarquer que les impulsions actives de l'esprit humain, qui dans un grand nombre de cas sont les causes des effets que nous voyons, et que nous prenons pour types des autres causes, s'impriment rapidement sur la mémoire; en d'autres termes, nous nous rappelons aisément la notion d'une action émanant de nous, qui a joué un rôle dans la production de quelque changement saisissant. Nos membres ne nous quittent jamais, les mouvements qu'ils exécutent sont les faits les plus familiers de notre expérience; nous n'avons pas de peine à nous rappeler un coup de pied ou toute autre action aussi commune. Par suite, quand l'esprit est rendu attentif à une succession de deux termes, dont l'un est une action familière émanant de nous, et l'autre un effet qui frappe vivement nos sens, le premier est déjà devenu une idée permanente par l'effet de la répétition, et l'attention se fixe sur le second. Les deux termes sont donc sûrement et rapidement fixés. Les actions que nous n'avons pas l'habitude de considérer comme des causes ne reviennent pas promptement à la mémoire; un mécanisme compUqué ne fait pas sur notre mémoire une impression durable si on ne l'a pas vu fonctionner bien des fois. Quand on veut se figurer les causes d'effets inconnus, la pre-
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mière à laquelle on pense est le pouvoir de l'homme, par suil( de la facilité avec laquelle l'esprit descend dans cette cause, et du plaisir qui découle de l'idée de la force humaine et de ses effets. De là vient la tendance universelle à personnifier les formes de la nature.
L'actionet la réaction d'un homme sur un autre est un exemple remarquable de cause et d'effet, sous des conditions favorable^ à la remémoration. La cause et les effets y sont également des manifestations de la force de l'homme, que nous concevons promptement parce que nous avons été nous-mêmes fréquemment mis en jeu de la même manière. Lorsque, par exemple, nous sommes témoins d'une lutte, la provocation qui la commence et la riposte qui la continue sont des actions que nous sommes à même de retrouver dans la mémoire de notre expérience passée. Dans ce cas, comme dans ceux que nous avons déjà présentés, l'excitation qui fait passer l'homme du repos à une action énergique est un effet saisissant qui arrête l'attention du spectateur. Nous avons, pour la plupart, l'occasion d'observer ces changements subits dans l'expression des êtres vivants qui constituent la plus grande partie de l'intérêt que nous prenons à la société et au drame. En notant ces divers mouvements d'expression, et en les rattachant à leurs causes, nous recevons l'impression d'innombrables successions de cause et d'effet; les souvenirs qui en résultent composent une grande partie de la connaissance que nous avons des procédés et du caractère des hommes.
Les esprits qui sont le plus vivement frappés par les efl'els de ce genre, c'est-à-dire les éléments de l'expression des hommes et des animaux, y portent toute la force de leur attention, et les conservent dans leur mémoire ; par suite, ils acquièrent une connaissance exceptionnelle de la nature humaine; en même temps ils ne prennent pas un moins vif intérêt aux actes des êtres vivants.
L'impression que nous gardons d'un homme ou d'une femme se compose de leur image permanente, et des divers mouvements qu'ils accomplissent dans un grand nombre de situations ou de circonstances diverses. Quand nous avons vu un individu se mettre en c;dère, nous rattachons la circonstance qui a