ACQUISITIONS DE LA VOIX KT DU LANGAGE
Irès-facile. Les dentales d, //, /, /, el les gutluralcs k, g, sont peut-^lre aussi aisées; les aspirées sont plus complexes et plus difficiles. Parmi les sons vibrants, on apprend plus vite l'action sifflante de Vs que celle de 1'/-, l'enfant la remplace souvent et assez longtemps par 17.
La cond)inaison de deux consonnes dans une môme émission présente de nouvelles difficultés, par exemple dans les syllabes qui commencent et finissent par une consonne. Quelques-unes sont plus aisées que d'autres; niam est plus aisé que mariy et nian que w?/y/, parce qu'il est moins difficile de combiner deux labiales qu'une labiale et une dentale, ou une gutturale. On en voit les effets dans les mots composés de toutes les langues.
Il y a deux périodes dans l'acquisition des sons articulés; la première est celle des émissions spontanées, et la seconde celle de l'imitation. Dans l'une comme dans l'autre, la flexibilité naturelle des organes doit se combiner avec la délicatesse de l'oreille pour produire des effets articulés, afin que les progrès soient rapides.
L'union des syllabes et des mots en un langage continu, met enjeu un nouveau mode du principe d'association.
L'intonation et la cadence sont des accessoires de l'effet musical, qui ne ressemblent guère aux conditions principales de la musique, à savoir la hauteur avec ses harmonies, et la mesure. Quand on parle, la hauteur de la voix s'élève et s'abaisse, mais sans observer une gradation délicate; la voix appuie sur certaines syllabes, monte et baisse tour à tour pour baisser à la fin de la phrase. Telle est la cadence ou la musique de la parole. Certaines personnes possèdent une aptitude remarquable pour l'intonation; celles qui joignent à cette aptitude une articulation flexible possèdent le don de la déclamation.
Les premières acquisitions purement verbales, formules familières abrégées, prières, vers et contes, sont des exemples d'association purement composée de mots, elles dépendent des mêmes conditions qui favorisent la mémoire des mots durant toute la vie. Si nous voulions ranger ces diverses conditions d'après leur importance, nous mettrions d'abord en tête l'oreille articulée, ensuite la dextérité de l'articulation vocale, parce qu'il est de règle que la réceptivité et la rétentivité sont plus grandes du côté sensitif du système cérébral que du côté actif. Nous supposons que les conditions générales de la reten-
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tivitc sont toujours les mêmes. Nous avons déjà donné les raisons pour lesquelles la mémoire des mots exige spécialement une puissante adhésivité. Les motifs qui portent à la concentration de l'esprit sont nombreux et divers; mais ils sont principalement fournis par l'objet que le nom représente, ce dont nous allons parler. Toutefois, indépendamment de cet objet, les exercices de l'articulation peuvent donner beaucoup de plaisir et d'agrément; mais il faut surtout qu'une éducation également perfectionnée de la voix et de l'oreille les lie par des associations sans que l'attention ait besoin d'intervenir.
La mémoire qui retient de longs poëmcs, comme celle des anciens bardes (ceux qui récitaient etnon ceux qui composaient), et celle qui constituait la science des druides, la mémoire de quelques personnes qui peuvent reproduire par cœur de longs discours, celle enfin qui constitue la connaissance des langues, sont autant d'exemples d'une mémoire qui ne porte que sur les mots. Nous en retrouvons les effets dans les talents littéraires de tout genre. Si l'on veut apprécier convenablement le génie de Shakespeare, il faut commencer par reconnaître que ce grand poëte possédait une rare aptitude à retenir les mots.
L'acquisition de la langue mère suppose non-seulement une longue série de mots entendus et émis, mais aussi l'association des noms avec les choses, c'est-à-dire le sens. Nous associons les noms, feu, table, Jean, avec les objets mêmes. Nous allons plus loin, nous associons des groupes de mots, des phrases et des séries de phrases avec des objets, des situations, des actions, des desseins, des sentiments, etc, en suivant la loi de l'association hétérogène (p. 322) d'après laquelle l'association de deux choses dépend de la ténacité respective ou de la persistance de chacune d'elles; par exemple, l'esprit disposé au pittoresque se rappelle mieux les noms des objets visibles. Tout ce qui contribue à l'intérêt ou à l'effet que l'objet produit sur l'esprit, accroît la facilité avec laquelle la mémoire retient les noms. L'effort de la diction nous conduit comme par un fil aux objets qui ont arrêté l'attention de l'esprit. Swift aurait pu acquérir la magnifique langue de Milton, et Milton aurait pu s'exprimer en termes aussi grossiers que Swift, ce qui lui est arrivé quelquefois dans ses écrits en prose; ce n'était pour l'un et l'autre qu'une affaire
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de mots il ai)preiuIro; mais la (îoinposilioii de leur vocabulaire' d(^p(Mi(lait des objels ([uc chacun d'eux préférait.
Le langage écrit fait intervenir un nouveau genre d'association, celle (jui unit des formes visibles aux mois: c'est un puissant adjuvant de la mémoire des mots, très-utile dans l'acquisition d(> la langue maternelle, et le principal instrument de la mémoire dans l'étude des langues classiques.
Quand nousapprenonsleslanguesétrangcres par les méthodes usuelles, nous avons plus affaire aux associations purement verbales que dans notre propre langue. Nous ne rattachons pas d'ordinaire les noms d'une langue étrangère aux objets, mais aux noms que nous avons déjà appris. Nous pouvons rattacher un son à un son, comme lorsque nous recevons un enseignement oral, une articulation à une articulation, un signe visible i\ un signe visible. Ainsi Domus et Maison peuvent s'associer comme deux sons, deux articulations, deux images; nous avons d'ordinaire ces trois moyens à notre disposition. Si nous comptons encore l'acte de coucher les mots par écrit, ce qui les associe à des états des nerfs du bras et de la main (sans parler de la concentration de l'œil), il n'y a pas moins de quatre voies d'association, impliquant deux sens et deux modes d'activité mécanique.
Faute d'un lien ferme d'association par contiguïté pour les objets indifférents au point de vue du sentiment, tels que les sons et les symboles arbitraires, les acquisitions relatives aux langues sont nécessairement pénibles.
L'acquisition des qualités oratoires comprend un élément nouveau : la cadence, en partie effet d'un rhythme original, indépendamment de la hauteur du ton qui modifie le flux spontané de la voix, de manière à charmer l'oreille de celui qui parle, mais pour la plus grande partie produit d'une habitude que l'on contracte en entendant parler les autres. L'orateur doit pouvoir orner son langage des cadences les plus variées et les plus propres à charmer, comme le chanteur doit avoir à son service un grand nombre de mélodies vocales. Il doit s'appliquer à donner à sa voix le mouvement et les chutes de l'articulation musicale. Nous n'avons pas de moyen artificiel d'exprimeroude représenter le rhythme oratoire, de manière à conserver les
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procédés d'un grand orateur, ou de marquer les différences des cadences dont il fait usage; la notation des manuels d'élocution n'est pas assez avancée pour cela. Mais nous pouvons aisément consigner les conditions générales de l'acquisition oratoire. Ce sont une voix puissante et flexible, qualités qui dépendent de la constitution de l'orateur, d'une oreille délicate, l'exemple d'un grand nombre de maîtres habiles dans l'art de la déclamation, enfin un goût prononcé pour les effets oratoires; mais il y faut aussi le concours d'une adhésivité puissante.
Bien que la cadence soit à proprement parler un effet du langage parlé, on la retrouve dans les œuvres écrites. Nous adoptons naturellement les cadences qui s'adaptent le mieux à la marche naturelle de nos organes vocaux, et qui possèdent pour nous le plus grand charme.
La forme de langage qu'on appelle le mètre, cause du plaisir à l'oreille; certains esprits ont une telle sensibilité pour le mètre qu'ils se rappellent surtout les compositions en vers.
XIIl- — Rétcntivitc en ^^cieiice.
Sciences objectives, sciences abstraites et sciences concrètes. — Sciences subjectiveSj l'esprit, nature de l'aptitude pour l'étude de l'esprit, obstacles élevés par les tendances anti-subjeclives.
Par science, nous entendons le symbolisme artificiel nécessaire pour exprimer les lois et les propriétés du monde, en tant que distinguées des apparences actuelles des choses que l'œil embrasse et dont nous avons déjà parlé sous le nom de conjonctions naturelles, successions^, etc. Un traité d'astronomie est un ensemble de calculs algébriques et de tables numériques. Rien ne ressemble moins aux phénomènes du soleil, de la lune et des planètes, tels que nous les voyons, que les formules et les tables qui expriment les relations de ces grands corps.
Les sciencesobjectivestouchent d'une part aux sciences rigoureusement abstraites et symboliques, telles que les mathématiques, d'où la nature sous sa forme purement sensible est exclue, et d'autre part aux sujets plus concrets de l'histoire naturelle, où une partie au moins des acquisitions scientifiques consiste en des collections de phénomènes communs tels que nous les observons sur les animaux, les plantes et les minéraux. C'est ainsi
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que l;i in{''(';ini((U(' Ihéoricjiic, raslioiioiuic, et l'optique, rentrent dans l(>s uKilhématiques. \a's poi'tions expérimentales de la chimie, iU', la physiologie, et de l'aslronoinie se rapprocheni des sciences (jni occupent l'aud'c extrémité de la chaîne : dans ces dernières, railhésivilé ({ui caraclérise resj)iit hien doué poulies sciences naturelles, en vertu de laquelle il saisit et retient les |)ropriétés et les j)hénomènes sensihles des ôtres de la nature, joue le plus i;ran(l ['(Me.
Pour aboriler les sciences plus abstraites, qui re])résentent la science, parce qu'elles sont le i)lus opposées aux images vulgaires et aux notions des choses conmiunes([ui nous entourent, c'est-àdire pour saisir lessymbolesde l'arithmétique et des mathématiques en général, les symboles et la nomenclature de la chimie, les nomenclatures et les abstractions de la physiologie, il faut une intelligence appropriée à cette acquisition. Ces diverses sciences ont entre elles des rapports. si étroits, elles semblent si bien être les fragments d'une même unité, que la faculté d'association qui convient à l'une n'est point insuffisante pour les autres. Ce sont des collections de formes pures assez peu nombreuses, qu'il faut retenir obstinément dans l'esprit^ et considérer comme les seuls représentants des phénomènes. L'abnégation qui permet de s'enfoncer dans les symboles algébriques, d'y concentrer toute la puissance de l'esprit, à l'exclusion de tous les objets qui excitent agréablement les sens et les facultés affectives, cette abnégation, qui renonce à tout ce qui intéresse riiomme, constitue le caractère moral du mathématicien. Il n*est pas nécessaire qu'un esprit mathématique soit tout à fait dépourvu de goût pour le beau, pour la couleur, pour le pittoresque, pour la musique; mais il ne peut se dispenser de leur refuser toute attention, pour s'attacher aux symboles artificiels qui expriment les importantes vérités de la nature. L'intérêt qui s'attache à la découverte des lois positives du monde, est le motif qui attire l'esprit au fond de ce froid labyrinthe rempli de figures bizarres. Mais cet intérêt ne suffit pas : il fautqu'à ce motif s'ajoute la faculté naturelle de fixer dans l'esprit les symboles arbitraires, c'est-à-dire une adhésivité qui, si elle provient pour une partie de causes locales, dérive en grande partie de la faiblesse de la sensibilité propre de l'œil, le sens de la couleur. Comparés aux mots d'une langue, les symboles d'une science sont peu nombreux, mais il faut qu'ils fassent une impression bien plus pro-
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fonde. Un cercle dans une figure d'Euclide fait une impression plus forte qu'un cercle dans l'alphabet. Au cercle d'Euclide, viennent s'associer d'innombrables lignes, des constructions qui ne peuvent pas sans doute se présenter toutes à l'œil au même moment, mais qui doivent adhérer fermement sous forme d'i dées, et se tenir prêtes à apparaître sur un signe; au cercle de l'alphabet ne se rattache aucune clientèle d'idées, on le conçoit comme on l'écrit, et on n'aperçoit que la forme qui le distingue des autres lettres du même alphabet. C'est cette complication de figures visibles, accompagnées d'une multitude d'autres qui s'y rattachent, lesquelles ne peuvent pas apparaître à l'œil toutes en même temps, et qui pourtant restent toutes aux ordres de l'esprit, qui confère aux raisonnements scientifiques un caractère intellectuel aussi éminent. Il faut que le géomètre retienne avec le cercle, et comme s'y rattachant, toutes les constructions du IIP livre d'EucUde, et au besoin, toutes celles qui précèdent et sur lesquelles celles du III^ livre s'appuient ; il faut aussi qu'il garde danssamémoire toute la languequireprésentepar des mots ce qui ne peut être présenté à l'œil par des images. Tout cela fait subir une épreuve sérieuse à l'adhésivité rétentive de fesprit pour les formes sèches. Il faut en outre que ces formes se fixent rapidement dans fesprit à chaque pas, autrement les premiers chaînons d'une déduction seraient perdus avant que les suivants eussent pu se fixer. Dans un problème d'algèbre, oii x représente une chose et y une autre, l'élève doit par la force d'une simple répétition se rappeler tout le temps que ces lettres représentent telles et telles choses. Les personnes sur qui ces relations ne font pas rapidement impression ne sont pas propres aux mathématiques.
En arithmétique^, les chiffres, les additions, les soustractigns les multiplications et la numération décimale rentrent dans les associations des formes symboliques, et exigent que fesprit se concentre fixement sur des signes arbitraires, en ne considérant que le butauquel ils servent. En algèbre, la même opération devient bien plus complexe, mais le mécanisme n'y change pas de nature. En géométrie, il faut se rappeler une foule de définitions, c'est-à-dire qu'il faut associer une ligne, un espace, un carré, un cercle, avec d'autres lignes, d'autres constructions, à l'aide du langage. Un cercle est une ligne partout également distante d'un point central. Nous avons dans celte définition une asso-
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cialion enlro l'inia^T visible du cercle îivec son point central, et une li'.Mie allant du centre î\ la circonlerence, ligne tout idéale, el ([u'on pourrait liier sur n'importe ([uelle i)aitie de la figure. Le principe de cette repiésentation idéale appartient entièrement au (loniainr iutcllcclucl, caràc(Mc de l'objet sensible vient s'ajouter un fait, ou une nmltitude de lails, ([ui ne peut devenir apparent à l'ieil au même moment.
Dans les sciences ci jiériincuUdes (il concrèles, comme celle de hi chaleur, de l'électricité, la chimie, l'anatomic et l'histoire naturelle en général, la considération des phénomènes sensibles actuels se môle dans une grande mesure à celle des symboles artificiels et des abstractions; aussi uneadhésivité puissante qui saisit et fixe la couleur, la forme, les qualités tactiles et môme celles qui affectent le goût et l'odorat, a-t-clle un grand rôle dans ces sciences, dont elle sert à en rassembler les objets. L'esprit mathématique y serait tout à fait incompétent, de môme que l'esprit doué pour l'histoire naturelle est impropre à s'occuper des sujets des mathématiques. En anatomie, par exemple, oii il faut se rappeler un immense catalogue d'os, de ligaments, de muscles, de vaisseaux sanguins, de nerfs, etc. ; l'adhésivité pour la couleur joue un grand rôle, comme lorsqu'il s'agit de retenir une carte ou la peinture d'un paysage. L'adhésivité tactile sert en anotomie, comme dans les autres branches de l'histoire naturelle, où nous manions les objets aussi bien que nous les voyons. Il y a donc pour les sciences objectives deux classes d'esprits scientifiques, représentés par les termes extrêmes, les mathématicienset les naturalistes, ceux qui traitent de l'abstrait ou artificiel, et ceux qui s'occupent du concret ou réel. Ces deux grandes classes se subdivisent par suite de l'intérêt et de l'attrait qui portent l'esprit à y trouver des objets particuliers d'attention : ainsi, dans les mathématiques pures, l'algèbre et la géométrie ont leurs fidèles, les mathématiques appliquées à la mécanique, à l'astronomie, à l'optique, etc. , ont aussi les leurs ; d'autre part, le groupe des sciences naturelles se sépare de la physique et de la chimie expérimentales, et se fractionne en sciences distinctes, la minéralogie, la géologie, la botanique, la zoologie. .
Le sujet, monde subjectif, est aussi la matière d'une science très-étendue, appelée science de l'esprit, philosophie mentale, psychologie. ^
Quoique la science de l'esprit comprenne beaucoup de phénomènes d'un caractère objectif, à savoir tous les phénomènes extérieurs qui accompagnent l'esprit, et toutes les manifesiutions extérieures de l'action, de la pensée et de la sensibilité humaines, elle repose pourtant essentiellement sur la conscience que chacun de nous possède de ses propres états. Prendre connaissance des faits de notre propre esprit, comme des phénomènes qu'il faut connaître et étudier, tel est l'acte qu'on appelle confidences il vaudrait mieux l'appeler conscience de soi. ou faculté d'aperception interne. Locke l'appelle réflexion; on lui a aussi donné le nom de sens intime, parce qu'elle est pour le monde subjectif ce que les sens externes sont pour le monde objectif.
Certains individus ont une aptitude spéciale pour ce genre de connaissance. Une mémoire riche d'états subjectifs, c'est-à-dire de sentiments et d'idées considérés dans leurs rapports avec les états de l'esprit qui les accompagnent est la condition dont ne peuvent se passer ni le psychologue, ni les personnes dont la profession exige la connaissance de l'esprit, comme les poètes, les historiens, les orateurs, les hommes d'État, les professeurs, les prédicateurs. IKn'est pas facile de formuler les vraies conditions intellectuelles qui favorisent l'acquisition des phénomène^ de l'esprit. Nous ne pouvons pas invoquer le témoignage objectif d'un organe, comme pour la mémoire des tableaux, ou pour celle de la musique ; et pourtant nul ne contestera que certaines personnes n'aient plus d'aptitude que d'autres pour distinguer, identifier et remémorer les sentiments et les successions d'idées, considérées comme connaissance (1).
Une puissante adhésivité générale aidée d'un motif qui concentre l'attention sur les lois de l'esprit, est évidemment une excellente condition de progrès. Mais si nous voulons aller plus loin et rechercher les conditions auxquelles nous devons untfaculté spéciale de retenir les états subjectifs dans la mémoire, comme une sensibilité exquise pour la couleur est la condition du souvenir des images visibles, nous ne trouvons que des conditions négatives. Étant donnée une certaine force plastique de l'esprit, elle se portera ou bien sur le monde oh. jectif, ou sur le monde subjectif, ou sur l'un et l'autre en pro-
(1) \ oyez Vappendicr, note G.
RÉTENTIVITÉ EN SCIKNCK. h()Z
portions différentes. Si le pcuchaMl ([iii Triili-iino ;\ rcxtoricur rabsorbi» pres(jiio onlicTonienl, la consciciirc sul)jcrliv(' ou le niondo inlrnio n'alliicra cjik* le mininuini d'altonlion. Si le monde oxléricMir ne nous allirc ([uc par un inléi'el médiocre, il restera au profil de la (^onscienee subjective un excès considérable de force. Or il n'est pas difficile de dire les forces et les dispositions qui conslitueni nos relations avec l'objet. Ce sont les conséquences rijz^oureuses de l'activité du côté objectif de notre fttre, i\ savoir le mouvement d'abord, et ensuite les sensations qui, par leur connexion intime avec le mouvement, deviennent pour nous des propriétés objectives.
Le principale condition qui incline l'esprit du côté de l'objectif est probablement une puissante faculté pour l'action musculaire sous toutes ses formes. Chez quelques individus, les forces de l'esprit sont tournées sans réserve vers le mouvement corporel et l'activité. Il en résulte que l'esprit s'attacbe surtout à l'objet et peu au sujet. La vie subjective ne fait défaut ù aucun être sensible; tous reconnaissent le plaisir et la peine et réagissent pour les modifier. Mais il peut arriver que cette existence subjective ne contienne guère que du plaisir ou de la peine, réduits au rôle de motifs de la volonté. La tendance nouvelle qui les fait considérer comme la matière d'une étude, rencontre un obstacle insurmontable dans l'autre penchant qui favorise énergiquement le mouvemeni du corps. Quand ce dernier est faible^ l'existence purement subjective occupe un plus grand espace; les sentiments et les 'idées absorbent l'attention, l'esprit les connaît et les retieni mieux.
Personne n'ignore que lorsque la vigueur du corps estconsi- •dérable et que les dispositions à l'exercer sont très-grandes, la •conscience de soi dans toutes ses formes reste à un deçrré •très-inférieur. Réciproquement, l'âge, la maladie, tout ce qui tend à déprimer les forces, rejettent l'esprit sur lui-même, favorisent l'attention des phénomènes subjectifs, qui a pour effel une connaissance plus étendue des sentiments humains, une plus vive sympathie pour autrui, une tendance moralisatrice, et un examen de soi-même sous la direction de l'idée de devoir.
Après la disposition à l'exercice du corps, nous devons citer parmi les tendances anti-subjectives les sensations des sens
h\)U DE L INTELLIGENCE.
supérieurs, la vue, l'ouïe, le tact. Une sensibilité vive pour la forme, pour la couleur, ou pour les divers phénomènes vocaux, favorise l'attention pour l'objet; si cette sensibilité ne s'élève pas au-dessus de la moyenne, ou si elle reste au-dessous, dans un esprit d'une grande portée, une partie de l'attention se jettera sur les états subjectifs. Il n'est pas possible de supprimer l'attention pour l'objet; il n'est même pas bon qu'elle tombe trop bas, l'étude de l'esprit en souffrirait; Tesprit, en effet, ne révèle ses facultés qu'en travaillant dans l'attitude objective.
L'esprit subjectif dispose d'une attention plus qu'ordinaire en faveur de ses états organiques, qui rappellent très-peu l'objet. Ces sentiments nous conduisent tout au plus au corps lui-même, qui est sans doute un objet, puisqu'il fait partie de rétendue, mais dont la contemplation ne nous entraine pas horsdu moi d'une manière aussi tranchée que celle d'autres objets. Nous pouvons même, en fixant le regard sur quelque partie sensible de notre corps, produire une nouvelle sensibilité subjective grâce aux associations qui rattachent si étroitement ces parties à nos sentiments (1).