CHAPITRE DEUXIEME
SENSIBILITE DU SENS TACTILE. — CERCLES DE SENSATION A LA PEAU. — RELATION ENTRE LE SENS DU TACT ET l'aCTIVITÉ CÉRÉBRALE. — ILLU-^ STONS TACTILES.
Le pouvoir tactile n'est pas également développé sur toutes les parties du corps. Nous savons, par expérience, qu'il est bien développé aux mains, puisque nous nous servons de ces organes pour palper les objets. La main, grâce à sa mobilité et à sa structure articulée, convient mieux que toute autre partie du corps à cette fonction, et nous trouvons en général dans le règne animal, que tous les organes destinés à palper les objets sont doués d'une mobilité aussi grande que possible, comme les antennes des insectes, la trompe de l'éléphant, et la langue de tous les animaux. Mais la m obilité ne suffît pas seule, pour procurer à un tel organe les fonctions d'organe tactile, il faut encore que sa surface soit munie d'une grande sensibilité tactile pour le rendre capable de sentir de petites différences d'espace.
Toutes les autres parties du corps, sauf la main et peutêtre le pied, sont peu propres au toucher, non pas seulement à cause de leur situation incommode et de leur forme imparfaite, mais surtout parce que leur peau ne possède qu'un sens local peu développé. Il nous serait très-difficile de déterminer à l'aide de notre bras seul, les yeux étant fermés, la forme d'un
corps quelque simple qu'il soit : nous y parviendrions déjà plus facilement en nous servant du pied et nous atteignons très-rapidement ce but au moyen de la main. Il paraît trèsnaturel, que les membres qui possèdent la plus grande mobilité aient aussi la sensibilité tactile la plus délicate, et l'on peut dire avec raison, que la sensibilité de ces membres se développe probablement par l'exercice et qu'elle se transmet par hérédité. Chez les singes, dont le pied est oi-ganisé comme la main pour la préhension, la sensibilité des deux membres est probablement presque égale, puisque les deux organes sont également exercés au toucher. Chez l'homme, dont le pied est transformé en instrument locomoteur, la sensibilité tactile de cet organe est beaucoup moins développée qu'à la main : mais il est intéressant de remarquer que, chez les personnes privées des mains, la sensibilité tactile des pieds se développe considérablement par l'exercice, en même temps que la mobilité devient plus grande, en sorte que ces individus peuvent s'en servir pour . écrire et pour exécuter divers ouvrages que l'on ne fait ordinairement qu'avec les mains.
Ernest Henri Weber a employé une méthode très-ingénieuse pour mesurer l'acuité du sens du toucher ou plutôt du sens localisateur en diverses régions de la peau. Cette méthode est basée sur l'expérience très-intéressante que nous allons décrire et que chacun peut répéter avec la plus grande facilité. Deux personnes prennent part à cet essai, l'une d'entre elles soumettant à l'épreuve les sensations tactiles de l'autre. On prend dans ce but un compas à pointes un peu obtuses et présentant un écartement déterminé et on applique ces pointes sur une région de la peau de l'autre personne. Celle-ci doit indiquer, les yeux clos, si elle sent l'attouchement de deux pointes séparées ou si au contraire les deux pointes semblent se confondre en une seule.
Le résultat de cette expérience est extraordinairement surprenant lorsqu'on l'exécute sur des parties peu sensibles de la peau. Lorsqu'on applique par exemple les pointes du compas, distantes entre elles de quatre centimètres, sur l'avant-bras