CERCLES DE SENSATION A LA PEAU
se ti'ouvent dans l'intérieur d'un même cercle sensitif, ils se confondent en un seul point. Nous ne pouvons pas distinguer sur le bras un tuyau triangulaire, circulaire ou carré, lorsque son diamètre ne dépasse pas deux centimètres, tandis que nous les différencions très-facilement avec la paume de la main.
On distingue encore moins facilement des corps à forme plus compliquée. Chacun peut se convaincre comlDien il est facile de reconnaître une lettre ou même des mots que l'on trace sur la paume de la main à l'aide d'un stylet, pourvu que ces lettres aient une grandeur moyenne. Sur le bras, l'expérience rencontre déjà des difficultés et au dos l'on ne reconnaît plus que de très-grandes lettres. Dans ces cas du reste, la distinction devient plus facile que lorsque l'on appose à la peau une figure toute faite, car l'attention a le temps de se porter successivement sur chaque point de la figure tracée. Toujours faut-il cependant que, pour être reconnue, une lettre s'étende sur plusieurs cercles de sensation.
Pour comprendre les faits précités, nous sommes obligés d'avoir recours de nouveau aux l'elations anatomiques qui existent entre la peau et le centre nerveux. Nous savons que toutes les régions de la peau sont desservies par des fibres nerveuses séparées, dans lesquelles l'excitation se propage isolément, et nous avons conclu que le cerveau a appris, par expérience, à quelle région de la peau appartient chaque fibre nerveuse qui lui apporte une nouvelle du dehors. Pour préciser encore plus cette conception on a dit que chaque fibre nerveuse est munie dans le cerveau d'un signe locale c'est-à-dire d'un signe de reconnaissance pour la place dans laquelle elle se termine. Mais, par ce mot, on ne dit naturellement rien du tout et il vaut mieux en rester à l'idée que le cerveau a acquis par l'expérience la faculté de reconnaître le lieu où l'excitation a été appliquée à une fibre nerveuse.
Mais l'expérience nous apprend bientôt que cette faculté cérébrale a des bornes, car, sur toutes les régions de la peau, il existe des places où l'écart entre deux points n'est plus ressenti et où ces points semblent se fusionner en un seul : cet écart
peut même être très-considérable pour diverses régions de la peau. Tous les points situés dans l'intérieur d'un cercle de sensation ne sont plus séparés entre eux par le cerveau et toutes les irritations, transportées de ces divers points au cerveau, se confondent dans l'entendement en une seule sensation.
L'explication la plus facile de ce fait, consisterait à admettre qu'un cercle entier de sensation est desservi par une seule fibre nerveuse. On pourrait concevoir que l'étalement terminal d'une fibre s'étendrait sur tout l'espace d'un cercle de sensation et que les limites de l'étalement des fibres seraient en raison directe de la grandeur des cercles sensitifs.
Mais des raisons majeures s'opposent à l'admission de cette hypothèse. On a observé, il est vrai, que les fibres nerveuses se divisent un grand nombre de fois dans la peau, mais comme les cercles de sensation atteignent des diamètres de six centimètres dans les régions à sensibilité obtuse, il en résulterait qu'une seule fibre nerveuse devrait s'étaler sur un espace aussi grand. On ne peut point admettre cette supposition car, quoique la faculté de distinguer deux points très-distants d'un même cercle, n'existe pas, il n'est cependant pas un seul point dans tout cet espace qui ne soit sensible ; si par conséquent un grand cercle sensitif ne recevait du cerveau qu'une seule fibre nerveuse, celle-ci serait obligée de se diviser en un nombre incommensurable de fibrilles pour desservir tout le cercle.
En outre, l'expérience suivante contredit la supposition. Prenons sur le bras deux cercles sensitifs contigus 1-2 (fig, 3) mesurés à partir de leurs centres c et d. Si le cercle 1 s'était desservi par une fibre 1 , et le cercle 2 par une autre fibre 2, on comprendrait que les points a et 6, situés à l'intérieur du cercle 1, produisent une sensation unique, parce que la même fibre nerveuse est excitée par eux. Mais l'attouchement des points]; centraux c et d, aussi éloignés l'un de l'autre que le sont a et b, devrait, d'après cette hypothèse, paraître double et non unique, puisque ces points appartiennent à des fibres nerveuses différentes. Bien plus, deux points beaucoup plus