‹ Les sensChapitre 19 sur 128 · SENS DE LA PRESSION · texte numérisé non relu

SENS DE LA PRESSION

traction, sur les muscles qui se mettent en action pour le soulever. La traction sur les muscles sera toujours égale pour un même poids, mais l'effet de la pression sur la main qui soulève, pourra être très-varié selon la forme de l'anneau que nous saisissons. Si nous avons affaire à un anneau très-large, la pression exercée se partagera sur une grande surface de la paume et chaque point isolé de la main n'éprouvera qu'une pression modérée; si, au contraire, l'anneau est étroit, toute la pression se concentrera sur une petite région de la peau et nous y éprouverons une sensation de pression bien plus forte qui pourra aller jusqu'à la douleur.

Notre jugement sur la pesanteur d'un poids sera guidé par les deux sensations simultanées et l'on distingue scientifiquement deux aptitudes différentes qui correspondent à ces sensations. On désigne l'aptitude de sentir le degré de l'activité musculaire sous le nom de sens musculaire et l'aptitude d'estimer la valeur de la pression sur la peau, sous le nom de sens de la }jression.

Dans la vie commune, le sens musculaire et le sens de la pression agissent presque toujours en même temps, lorsque nous soulevons un corps : de là vient que nous nous trompons souvent sur la pesanteur d'un corps en l'estimant d'après la pression qu'il exerce. Car lorsqu'un corps lourd pèse sur notre peau, par une arête étroite, il nous paraîtra presque toujours plus lourd que lorsqu'il la touche par une large surface : car dans le premier cas la pression exercée sur la peau sera plus forte. Il nous arrivera ainsi de porter souvent un jugement inexact sur son poids. Mais lorsque d'autres circonstances nous apprennent son poids réel, nous disons généralement que le corps n'est, en effet, pas très-lourd mais qu'il est incommode à porter.

Nous estimons cependant principalement le poids d'un corps au moyen du sens musculaire, et la pression n'est qu'une sensation secondaire qui n'influe pas beaucoup sur notre jugement. Ce fait ressort de quelques expériences très-ingénieuses d'Ernest-Henri Weber que nous allons relater. Cet observateur rechercha quelle est la plus petite différence de poids que

l'on peut distinguer, en soupesant avec la main, et il trouva que l'on peut à grand'peine distinguer 39 demi-onces de 40 demionces, mais qu'on ne peut plus distinguer 39 1/2 demi-onces de 40. Cette relation de 39 à 40 restait à peu près identique pour tous les poids, ainsi l'on peut distinguer entre eux des poids de 19 1/2 demi-onces et de 20, ou de 78 et de 80, etc.

Dans ces essais, le sens musculaire et le sens de la pression se combinaient et agissaient tous deux sur le jugement. Mais l'on peut faire des essais dans lesquels le sens de la pression est exclusivement actif et desquels le sens musculaire est complètement éliminé. Lorsque nous posons notre main à plat sur une table et que nous la chargeons de poids, nous pouvons ainsi juger de ce poids par la pression que nous éprouvons et sans que nous fassions le moindre effort musculaire. Nous pourrons donc reconnaître de cette façon des poids différents, mais il ré suite de ce mode d'expérimentation, que cette distinction n'est plus aussi juste que lorsque nous soulevons le corps. Nous ne sommes plus capables de distinguer 39 demi-onces de 40 ; à peine pouvons-nous distinguer 29 demi-onces de 30.

La nature nous a donc dotés de deux espèces d'instruments dont nous pouvons nous servir, pour ainsi dire, comme de balances pour apprécier le poids des autres. L'un de ces instruments, le sens musculaire, est la balance la plus sensible; l'autre, le sens de la pression, est beaucoup moins délicat. Dans la réalité nous nous servons des deux instruments pour apprécier le poids d'un corps.

Par des expériences suivies sur le sens de la pression, on a découvert encore une foule de faits intéressants. Lorsque l'on veut étudier quels sont les deux poids que l'on peut distinguer l'un de l'autre, la meilleure manière de procéder consiste à poser rapidement l'un après l'autre les deux poids sur la même région cutanée, par exemple, sur les doigts étendus sur une table. La distinction devient déjà plus difïïcile si nous plaçons simultanément les poids sur deux doigts différents : il semble donc que notre attention ne peut point se diriger, en mémo temps, sur doux régions cutanées. Mais mémo si nous

Page 1