SENS DE LA PRESSION
choisissons une seule région, notre jugement dépend du temps écoulé entre deux expériences. Weber a observé, qu'avec la plus grande attention , il pouvait distinguer 29 demi-onces de 30 demi-onces lorsque, entre les deux expériences, il ne s'était pas écoulé 10 secondes. Mais si l'intervalle devient plus long, les estimations commencent à devenir moins sûres et l'on ne peut plus différencier entre eux que des poids de différences plus grandes. Ainsi, après une demi-minute, Weber ne pouvait plus apprécier qu'une différence entre 4 et 5 demi-onces ou entre 24 et 30 demi-onces.
Ces essais présentent un intérêt particulier, parce que à la sensation vient se joindre une activité spéciale de l'entendement que nous désignons sous le nom de mémoire. La sensation de la pression cesse en effet dès que le poids est enlevé, mais notre cerveau possède la propriété de retenir encore un certain temps l'impression perçue et lorsqu'une nouvelle pression succède rapidement à la première, nous sommes à môme de comparer entre elles les deux sensations. Mais la sensation perçue s'amoindrit très- vite dans la mémoire, comme nous avons pu nous en assurer par les expériences précédentes ; c'est pourquoi nous ne pouvons plus distinguer avec assurance les deux impressions successives, si le temps écoulé entre elles est trop long.
Weber a aussi étudié la finesse du sens de la pression sur différentes régions de la peau : et il a surtout recherché si la sensibilité à la pression présentait une relation avec la sensibilité tactile, c'est-à-dire si le sens de la pression et le sens tactile étaient également développés. Cette relation n'existe pas.. Le sens de la pression à l'extrémité des doigts n'est pas beaucoup plus développé qu'à l'avant-bras, tandis que le sens tactile est neuf fois plus développé aux extrémités digitales. Certaines régions cutanées comme la peau du front et celle de l'abdomen ont le sens de la pression assez délicat, tandis que le sens localisateur y est peu développé et qu'à la région abdominale il est môme obtus.
En palpant un corps nous ne sentons pas seulement sa forme et la pression produite par l'attouchement, mais nous percevons
encore son degré de chaleur. On dit ordinairement qu'un corps est froid, tiède ou chaud. Cette désignation est de nature purement subjective, car elle est guidée par l'impression que la température de l'objet produit sur notre corps et ne correspond par conséquent pas toujours avec les indications thermométriques: Nous appelons froid tout objet qui soustrait de la chaleur à la peau et chaud tout objet qui lui en communique, et comme la température de notre peau se trouve entre 30° et 36° 0., le zéro de notre sensibilité à la température se trouve être assez élevé. La physique n'admet point, comme l'on sait, l'idée de froid; elle n'a affaire qu'à la force unique, chaleur, que l'on considère comme produite par la vibration des atomes des corps. Le froid est une idée subjective et dépend complètement de la . température de notre corps. Les animaux à sang froid ont certainement un tout autre critérium pour la sensibilité au froid que les animaux à sang chaud. La sensation de la chaleur dure aussi longtemps que de la chaleur est amenée sur une région de notre peau, mais dès que notre peau s'est mise en équilibre de température avec le corps qui la touche, la sensation de chaleur disparaît. Lorsque nous plongeons notre main, dont la peau est ordinairement un peu fraîche, dans un bain à 36° C, nous éprouvons une sensation de chaleur tant que la chaleur se communique à la main ; mais plus cette main devient chaude et plus aussi la sensation de chaleur diminue. Lorsque nous plongeons alors la même main dans un bain à 30" C, ce bain nous paraîtra d'abord froid, quoiqu'il possède un certain degré de chaleur, parce que dans ce cas la chaleur suit une marche inverse, elle passe de la main; à l'eau. Mais si la main a été d'abord rafraîchie dans l'air, l'eau à 30" C. lui paraîtra agréablement chaude. Notre peau ne peut donc apprécier la chaleur que d'une manière relative , elle ne perçoit les degrés absolus de température que d'une façon très-imparfaite. Lorsque nous touchons un morceau de métal et un morceau de bois à la même température , le premier nous paraîtra , comme on sait, plus froid que le second, quoique le thermomètre indique la même température pour les deux corps. Mais