SENS DE LA TEMPÉRATURE
le métal est un bon conducteur de la chaleur et soustrait rapidement de la chaleur à la peau, tandis que le hois n'agit que Irès-lentement. La rapidité avec laquelle s'opère la déperdition de chaleur à notre peau a une grande influence sur la manièi'O dont nous apprécions la sensation du froid. -^
Weber a soumis à une mensuration exacte la faculté que possède la peau de distinguer entre elles diverses températures. On plonge par exemple la main ou le doigt dans de l'eau à diverses teiupératures et l'on apprécie quelles sont les différences que l'on est capable de remarquer. Weber a trouvé que l'on peut, au moyen du doigt, ajDprécier une différence de température de 1/5 de degré Réaumur, sensibilité très-grande et qu'on a peine à supposer, puisqu'elle est plus grande que celle de nos thermomètres ordinaires. Par contre notre appréciation des degrés absolus de température est très-vague, car il nous est impossible d'apprécier exactement la température d'une eau à 19 degrés, nous pouvons simplement dire que sa température est comprise entre 16 et 20 degrés. La finesse de la sensibilité pour des différences que nous percevons rapidement l'une après l'autre est à peu près égale pour toutes les températures au-dessous de celle de notre sang, mais elle n'existe pas, au même degré, à toutes les régions de la peau. Elle dépend d'abord de l'épaisseur de la peau, parce que la chaleur pénètre plus rapidement à travers une peau mince. C'est pour ce motif que le dos de la main est plus sensible à la chaleur que la paume et que les paupières, les lèvres et la langue sont encore plus sensibles. Le coude possède aussi une sensibilité très-grande à la chaleur, et les mères qui veulent baigner leurs enfants, savent très-bien s'en servir comme d'un thermomètre naturel, en le plongeant dans l'eau du bain. Cette sensibilité du coude peut très-bien s'expliquer par la minceur de la peau et par l'absence de graisse dans cette région.
Nous sommes obligés en outre d'admettre dans la peau des organes particuliers de température ; organes ayant leurs nerfs propres et qui sont plus développés dans certaines régions que dans d'autres. Il a été prouvé, en effet, que les troncs nerveux
ne possèdent point la faculté de produire la sensation de chaleur lorsqu'on les échauffe directement. On rencontre , par exemple, à la région du coude, immédiatement sous la peau et sur l'os, un nerf de la sensibilité qui occasionne de fortes douleurs lorsqu'il a reçu un choc. Lorsque l'on plonge le coude dans de l'eau chaude, on ne sent la chaleur que dans la partie immergée et non dans tout le bras, quoique ce nerf se distribue à l'avant-bras et à la main. Mais lorsque l'eau est trop chaude on éprouve une douleur obtuse dans toute l'étendue de l'avant-bras. Le tronc nerveux est donc excité par la chaleur do l'eau; toutefois, cette excitation ne se traduit pas par une sensation de chaleur mais par de la douleur. Lorsque l'on plonge le coude dans de Teau glacée, la douleur est absolument la môme, d'où il résulte que les troncs nerveux sont incapables de ressentir la chaleur ou le froid. La sensation de douleur qui se produit dans ces cas est probablement la cause do la sensibilité extraordinaire du coude à l'égard d'une chaleur trop forte et par conséquent nuisible.
On peut donc admettre que les nerfs possèdent, dans la peau, des organes spéciaux de température capables de produire, sous l'influence de la chaleur, une excitation nerveuse. INlais on n'a point encore découvert jusqu'ici des organes do ce genre ou plutôt on n'a point pu attribuer ces fonctions à des organes connus. Les corpuscules tactiles servent peut-être en même temps à la fonction du toucher et à la sensation do la chaleur, mais l'on ne peut rien dire de positif à cet égard. Wcber a découvert un fait très-intéressant, à savoir, que les corps chauds paraissent plus légers que les corps froids. Lorsqu'on pose sur le front d'une personne qui a les yeux fermés une pièce de 5 francs froide, puis au même endroit deux pièces de 5 francs chaudes, les deux pièces chaudes paraîtront avoir le môme poids que l'unique pièce froide, et cependant la personne pourra fort bien distinguer la différence entre le poids des corps froids. Il paraît donc qu'il existe une relation entre le sens do la température et le sons du tact, mais jusqu'ici cette relation n'a poiut cucoro été étudiée scicutiliquemcnt,