LA SENSATION DANS LA RÉTINE
centres ne sont que des organes mécaniques, produisacit par conséquent un effet unique, et incapables de produire autre chose que le même et unique phénomène. C'est pour cela qu'il peut se" produire une sensation lumineuse sans que la lumière pénètre dans l'œil, dès que le nerf est tiraillé ou coupé ou irrité par l'électricité ; car le nerf transmet son excitation à son centre qui la traduit par une sensation lumineuse. Il en est de même du nerf acoustique, dont le centre ne produit que des sensa* tions auditives et jamais autre chose. Si par hasard le nerf acoustique était relié à l'œil et le nerf optique à l'oreille, tout rayon lumineux produirait un son et tout son éveillerait dans notre entendement une sensation lumineuse, en sorte que nous verrions une symphonie et que nous entendrions un tableau.
Mais retournons au phénomène de la sensation lumineuse dans la rétine et examinons de quelle manière nous devons la concevoir.
Les ondes lumineuses produisent, dans les bâtonnets et les cônes, d'une façon encore inexplicable aujourd'hui, une action qui consiste probablement en un mouvement moléculaire. Les cônes et les bâtonnets propagent ce mouvement, par le moyen des filaments de réunion, aux autres couches de la rétine, et c'est ainsi qu'il parvient d'un cône spécial au filament spécial qiii y est uni et lui communique son excitation. Cette excitation nerveuse produit alors seulement la perception lumineuse dans le cerveau.
Henri MUller a prouvé par une mensuration et un calcul très -ingénieux que les bâtonnets et les cônes occupent l'endroit même de la rétine où se forffle la perception de la lumière. Il se sert pour le démontrer de l'image vasculaire de Purkinje. Lorsque l'on fait mouvoii' çà et là la flamme d'une bougie (voy. fig. 20), l'image des vaisseaux se déplace aussi, comme le montre le dessin. Or cette imagé est formée par l'ombre des vaisseaux de la rétine, et l'on peut, par les lignes du dessin, calculer la place, de l'ombre en procédant de la manière suivante. On mesure l'angle aha' iovts lequel on meut la flamme : cet angle est égal à l'angle bkb' et l'on peut calculer ainsi la diti-
tance entre b et h' sur la rétine. L'on peut encore calculer approximativement la distance du vaisseau v de b ou 5' et par conséquent l'on peut trouver par le calcul l'angle b v b' égal à l'angle cv c'. Mais c et c' sont les ombres du vaisseau» v, ombres qui dans le champ visuel semblent marcher de cl en d'. On mesure donc encore par l'observation directe l'angle dkd' égal à ckc', on en déduit la longneur de la ligne c c' puisque l'on connaît la ligne k c et l'on a dans le petit triangle c v c' que l'on peut considérer comme équilatéral la base c c' et l'angle cvc'. De ces données on peut déduire la distance du vaisseau c de l'ombre formée et l'on trouve ainsi que l'ombre est en effet projetée directement sur la couche des bâtonnets et des cônes. Mais de quelle nature est l'influence de la lumière sur les cônes et sur les bâtonnets ? — On peut, d'après les connaissances que nous possédons actuellement sur la lumière, songer à la possibilité d'influences de nature diverse. Et d'abord ces influences pourraient être de nature chimique. Cette supposition est la première à laquelle on puisse songer, car nous savons que la lumière peut produire une image sur la plaque photographique en décomposant l'iodure ou le chlorure d'argent qui s'y trouvent. On pourrait donc admettre qu'il se trouve dans les bâtonnets et dans les cônes une substance se modifiant à la lumière et produisant ainsi une image réelle et matérielle sur la rétine. Cette image n'est sans doute point permanente comme l'image photographique et l'on est obligé d'admettre qu'elle est effacée par les effets de la nutrition et par la circulation du sang. Une telle image serait capable d'exciter les extrémités nerveuses car nous savons que les nerfs peuvent être excités par des agents chimiques. — Mais tout cela reste encore actuellement à l'état d'hypothèse. — Il en est de même de la supposition que la lumière pourrait produire sur la rétine des excitations de nature électrique, comme nous savons qu'il s'en produit dans les nerfs et dans les muscles. En un mot, la puissance qui donne aux bâtonnets et aux cônes la propriété remarquable d'exciter le nerf optique par l'influence de la lumi'TC, est encore actuollement un mystère pour la science.