‹ Les sensChapitre 9 sur 128 · ORGANES DU TACT · texte numérisé non relu

ORGANES DU TACT

tannage. Ce derme montre à sa surface une xdIus ou moins grande quantité de saillies cylindriques ou coniques (e) que l'on a nommées papilles sensitives. Sur le derme s'étale la couche muqueuse composée d'un très-grand nombre de j^etites cellules microscopiques qui remplissent exactement les creux qui se rencontrent entre les papilles du derme. La couche la plus superficielle, couche cornée ou épiderme (a), est consti-

iJ

tuée par une membrane continue et dense formée aussi de cellules soudées mais remplies de substance cornée solide.

Les vaisseaux sanguins et les nerfs ne pénètrent que jusqu'à la superficie du derme et dans ses papilles; la couche muqueuse et l'épiderme sont complètement privées de vaisseaux et de nerfs. On voit en outre sur la figure les glandes sudoripares (g) dont les canaux {h) traversent la peau jusqu'à la superficie. Après leur dissociation les fibres isolées des nerfs cutanés pénètrent dans le derme et l'on remarque qu'elles se terminent d'une façon toute spéciale dans les papilles. Un

grand nombre de ces papilles contiennent un petit corpuscule ovoïde b (fig. 2); une fibrille nerveuse s'approche de ce corpuscule, Tentoure de quelques tours de spire et s'y perd. On les a nommés corpuscules tactiles et l'on ne peut douter qu'ils ne servent d'organes au sens du toucher. On ne les rencontre pas en effet en nombre égal à toutes les régions de la peau, mais ils sont beaucoup plus nombreux aux endroits où le sens du toucher est le plus délicat et plus disséminés là où le toucher est plus obtus. Ils sont extraordinairement serrés à l'extrémité des doigts où, sur une ligne carrée, on en rencontre une centaine environ. Ils sont aussi assez abondants à la paume de la main , tandis qu'ils sont beaucoup plus rares sur le dos de cet organe. A la paume de la main les papilles , dont toutes ne contiennent point de corpuscules, sont aussi trèsnombreuses et rangées en séries régulières : de là résulte l'aspect strié que l'on y remarque. On a encore remarqué d'autres modes de terminaison des nerfs cutanés, analogues à ceux qui s'observent dans les corpuscules tactiles : par exemple dans des vésicules allongées (corpuscules de Pacini) munies d'une cavité où le nerf vient se terminer. En résumé, on rencontre sur toute la surface cutanée des organes terminaux de nature spéciale destinés aux nerfs du toucher, et si nous voulons analyser physiologiquement le phénomène de cette sensation, il faut que nous partions de l'excitation produite à l'extrémité d'un nerf sensible en un point déterminé de la peau et que nous suivions le parcours de cette excitation jusqu'au cerveau. L'on peut, jusqu'à un certain point, déterminer exactement par Tanatomie, le trajet du nerf sur lequel une irritation produite se propagera depuis la peau jusqu'au cerveau, La fibre nerveuse qui se termine dans la peau forme, jusqu'à son origine dans le cerveau ou la moelle, un fijament long, délicat et

SENS tOCALISATEUR DE LA PEAU 19

ininterrompu. Les filaments cutanés des nerfs se réunissent, il est vrai, bientôt en ramuscules, en rameaux et finalement en troncs épais, avant de s'engager dans les organes nerveux centraux; mais on ne rencontre nulle part, dans ce trajet, la fusion de deux fibrilles entre elles. Nous pouvons donc admettre qu'il existe des liaisons isolées entre chaque point de la peau et les centres nerveux, liaisons comparables, jusqu'à un certain point, à des fils télégraphiques qui se réunissent en une station centrale.

La physiologie dû système nerveux, qui a fait de grands progrès notamment dans l'étude des fonctions des nerfs mo-^ teurs, nous éclaire sur la marche de l'excitation nerveuse : elle nous apprend que l'excitation d'une fibre se propage dans toute sa longueur, sans se communiquer aux fibres contiguës. Un fil télégraphique doit être, comme on sait, parfaitement isolé et protégé contre toute déviation du courant galvanique, si la nouvelle communiquée doit atteindre une station déterminée. Mais les fibres nerveuses, dans lesquelles se passe un phénomène tout difi'érent et à transmission beaucoup plus lente que l'électricité, n'ont point besoin d'être isolées, et quoiqu'elles se réunissent au nombre de plusieurs milliers, la transmission de l'irritation de l'une à l'autre est tout à fait impossible.

Si donc, par l'attouchement d'une région cutanée, nous excitons l'extrémité de la fibre nerveuse qui s'y distribue, cette excitation est propagée isolément par cette même fibre jusqu'à son point d'origine dans le centre nerveux. La sensation iie commence que lorsque l'excitation est arrivée au centre nerveux ; nous ne savons pas exactement en quoi elle consiste, m is elle ne peut se produire que dans le centre nerveux. Cette sensation est combinée à la conviction intime que l'excitation a agi sur une place déterminée de la peau : nous transportons même, par notre conception, tout le phénomène de la sensation dans la peau, quoiqu'elle n'y ait pas son siège et qu'elle se produise dans le cerveau. Il nous est absolument impossible de séparer la sensation elle-même de l'endroit où l'excitation s'est faite. Irritation et perception se confondent quant au lieu, dans notre entendement : l'expérimentation physiologique et

les phénomènes morbides des nerfs nous apprennent, au contraire, que cette confusion n'existe pas dans la réalité. La section d'un nerf, en détruisant la sensibilité dans une portion du corps, nous prouve que la sensation ne peut point naître dans les parties corporelles et qu'elle ne peut pas non plus avoir son siège véritable dans le nerf : un nerf n'est capable de produire une sensation que lorsqu'il est encore relié au cerveau ou à la moelle.

D'après une loi générale qui régit les nerfs de la, sensibilité générale coDxrae ceux des sensations spéciales, nous reportons les sensations qu'ils produisent dans les organes terminaux à la place même où la cause stimulante est appliquée. Cette loi ne s'applique point seulement aux nerfs sensibles de la peau, elle s'applique encore, avec plus d'évidence, au nerf optique, dont l'excitation se produit dans la rétine de l'œil. Mais la sensation visuelle ne peut se faire que dans le cerveau, car elle devient impossible dès que le nerf optique est tranché, et cependant nous transportons l'image perçue à l'extérieur, nous la projettons pour ainsi dire hors de l'œil dans le monde extérieur qui nous entoure. Ce fait, que l'on appelle loi des sensations excentriques, peut s'expliquer seulement en admettant l'hypothèse que nos facultés perceptives se perfectionnent uniquement par l'expérience. Nous savons par expérience quelle sensation nous éprouvons par l'attouchement de notre peau ; comme nous nous sommes convaincus des milliers de fois dans notre vie que la cause de cette sensation particulière est produite uniquement par l'attouchement de la peau et comme nous n'avons pas de signe qui nous indique qu'une excitation est transportée à travers un très-long nerf jusqu'au cerveau, notre conception transporte tout le phénomène de la sensation à la place même où, d'après notre expérience, la cause évidente de l'irritation est appliquée.

Nous pouvons, à l'aide de ces considérations, nous expliquer le sens des lieux dans la peau, c'est-à-dire la faculté de localiser exactement une cause d'irritation qui y est appliquée. De tous les points de la peau des fibres nerveuses à conductibilité

Page 1