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HARMONIE DES TIMBRES — BRUITS

à peu près que l'accord majeur présente quelque chose de clair, de précis et de fini et produit sur nous un sentiment de satisfaction, tandis que l'accord mineur présente un caractère indécis et voilé qui le rend propre à exprimer des passions tristes. La cause acoustique de cette différence réside, comme Helmholtz l'a démontré, dans la relation que les tons résultants des accords ont entre eux. Dans l'accord majeur les tons résultants forment une consonnance, dans l'accord mineur au contraire les tons résultants forment une dissonance et donnent à cet accord quelque chose d'étrange et de contradictoire, ce qui paraît produire sur notre oreille une impression particulière d'indécision.

La sensation que nous désignons sous le nom de bruit est tout à fait différente de la sensation musicale. Le bruit est produit par des mouvements irréguliers et non périodiques de corps conducteurs du son. Il se forme un bruit caractéristique lorsque nous frottons deux corps l'un contre l'autre, parce que ce frottement produit des chocs à la surface des deux corps et que ces chocs ne sont point périodiques et mettent l'air en un état de vibration irrégulière. Plus les surfaces sont rudes, plus les chocs sont forts ; plus les surfaces sont lisses et plus les chocs sont faibles. Les appareils vibrants de notre oreille, tels que la membrane du tympan, les osselets de l'ouïe et le liquide labyrinthique, sont mis en mouvement par ces chocs irréguliers et les transmettent au nerf acoustique. Mais en quel endroit se fait cette transmission ?

Il n'est pas probable que le limaçon et ses appareils si nombreux et si délicats accordés pour des tons de hauteurs spéciales, aient la mission de percevoir des mouvements sonores irréguliers. Un corps élastique et accordé ne peut en effet être mis en vibration que par des tons qui se rapprochent de son ton propre. Donc, lors même que l'eau du labyrinthe participerait à des mouvements irréguliers, les organes sensibles du limaçon ne seraient que fort peu troublés dans leur repos. Il existe par contre, dans les sacs vestibulaires, des corps auxquels nous pouvons parfaitement attribuer des mouve-

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ments irréguliers : ce sont les otolithes qui sont situés près des parois membraneuses du vestibule. Ces petits cristaux, extraordinairement mobiles, ne peuvent jouer le rôle de corps élastiques, ni par conséquent vibrer par eux-mêmes ; ils obéiront par conséquent à tous les mouvements irréguliers du liquide vestibulaire. Les nerfs, situés dans les parois membraneuses, sont irrités par les otolithes et deviennent ainsi très-probablement les intermédiaires qui nous font percevoir les bruits.

Quoique nous puissions admettre avec beaucoup de probabilité que les tons et les bruits sont transmis par des fibres nerveuses spéciales, la cause de ces propriétés si différentes des nerfs reste encore un mystère pour nous. Nous sommes obligés de recourir à des comparaisons avec des propriétés analogues d'autres nerfs sensitifs et nous rappeler par exemple que le nerf optique ne produit jamais autre chose que des sensations lumineuses, que le nerf acoustique ne produit que des sensations de sons. Nous pouvons donc admettre, par analogie, des qualités différentes dans le domaine d'un seul appareil sensitif.

Remarquons encore finalement que, d'après notre expérience journalière, nous pouvons distinguer divers bruits les uns des autres. Nous les distinguons en bruits de frottement, de claquement, de sifflement, etc. Ces modifications dans les bruits dépendent en partie de la force des chocs isolés, de la rapidité avec laquelle ils se succèdent et, en partie aussi, de ce qu'il s'y mêle des tons véritables mais de hauteurs différentes. Le bruit de frottement est fréquemment mélangé avec des tons graves ; le bruit de sifflement est souvent accompagné de tons très-aigus qui lui donnent son caractère propre. C'est ce mélange, avec des tons particuliers, qui nous permet souvent de reconnaître la cause des bruits.

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