LA SOIF
soif en mettant de l'eau dans sa bouche ; mais il ne se désaltérait pas ; pour se désaltérer, il devait introduire l'eau par sa fistule dans son estomac; niais cette introduction ne suffisait pas pour faire disparaître l'ardeur et la sécheresse du pharynx ; il fallait pour cela le contact direct du liquide avec la muqueuse pharyngienne. Il faut cependant remarquer que chez les animaux le contact direct du liquide avec la muqueuse de l'estomac et du pharynx ne paraît pas indispensable à la satisfaction de la soif, car l'injection de liquides dans les veines suffit pour abolir la soif comme l'avait supposé Bichat et comme l'a constaté Dupuytren.
Si on recherche en quoi consiste, en dernière analyse, la sensation de la soif, on y trouve comme pour la faim:
1° Des sensations locales dont le siège est dans la partie bucco-pharyngienne et peut-être stomacale du tube digestif et qui se résument en sensations tactiles et sensations de température.
2° Des sensations générales ou mieux des sensations ayant pour siège l'organisme entier et correspondant à l'état fébrile produit par la déperdition des liquides de l'organisme. Mais dire au juste quel est le point de départ de ces sensations est aussi difficile que pour la faim. Faut-il y voir une diminution de tension de la masse sanguine par perte d'eau et cette diminution de tension est-elle transmise aux centres cérébraux par les nerfs vasculaires, ou bien les centres nerveux peuvent-ils sentir directement la perte d'eau qu'ils subissent dans ce cas ? Pour la sensation locale bucco-pharyngienne, la soif ne peut avoir pour voies de transmission ni le glosso-pharyngien, ni le lingual, ni le pneumogastrique; en effet après la section de tous ces nerfs, comme l'ont montré Longet et Schiff, la soif n'en persiste pas moins, malgré l'anesthésie complète du pharynx. Restent donc les filets du sympathique, que, par exclusion, on est forcé de considérer comme les agents de transmission de cette sensation locale de la soif.
Quant au centre de la soif, sa localisation est à peu près aussi impossible que celle du centre de la faim. Peut-être faudrait-il If placer aussi dans la moelle allongée. Le cas suivant, observé par Nothnagel, parlerait en faveur de celte opinion. Il s'agit d'un jeune homme de quinze ans qui, une heure après une chute sur l'occiput, fut pris d'une soif intense qui persista pendant Mois semaines. Il ne pouvait y avoir là quelque chose de comparable à la polyurie qui suit la piqûre du quatrième ventricule, car la
quantité d'urine était inférieure à la quantité de boissons ingérées.
L'exagération delà soif, la polydipsie, se rencontre chez certains individus et dans certaines maladies, dans la fièvre, le choléra, l'agonie, etc. A côté de ces cas de soif exagérée, il faut placer les cas de perversion de la soif, beaucoup plus rares du reste que ceux de perversion de la faim et qui peuvent aussi s'adresser aux liquides les plus étranges et les plus répugnants.
La suppression de la soif ou Yadipsie est beaucoup plus rare. On en cite cependan t quelques cas mais dont l'authenticité laissepeut-être à désirer. Quant à l'absence de soif qu'on observe dans certaines fièvres graves, elle tient simplement à l'état cérébral e t a la prostration clans laquelle se trouvent les malades et constitue un des symptômes les plus fâcheux.
Après ces besoins généraux de la faim et de la soif, le premier besoin spécial que nous rencontrons dans les fonctions digeslives est le besoin de mastication. Placez par exemple dans votre bouche (je suppose que vous soyiez à jeun, mais sans ressentir réellement la faim), un fragment alimentaire quelconque et essayez de le laisser dans la bouche sans faire aucun mouvement des lèvres, des joues et de la langue ; au bout d'un temps très court vous ressentirez un besoin très vif de mâcher, de faire agir en un mot sur ce fragment d'aliment tous les élémentscontractiles de la cavité buccale, en un mot il se déclarera un véritable besoin de mastication et il vous sera bien difficile de ne pas y céder. Ce besoin, quoique distinct de l'appétit, marche ordinairement de pair avec lui. Aussi quand l'appétit manquer après un repas copieux par exemple ou dans certaines maladies, ce besoin de mastication peut faire absolument défaut, môme quand on met un aliment dans la bouche. Les malades ne peuvent môme pas mâcher, et les mouvements voulus de mastication qu'ils font pour contenter les désirs de leur médecin ou de leurs parents sont bien différents des mouvements de mastication énergiques et à peu près réflexes qui se produisent dans les conditions normales.
Quand le bol alimentaire a été ainsi travaillé par les mouvements de mastication, soumis à l'action de la salive et qu'il est arrivé par cette préparation à l'état voulu de consistance et de division de ses parties, le besoin de implication disparaît et un nouveau besoin apparaît, le besoin de déglutition. Nous ne pouvons continuer plus longtemps à mâcher les aliments et à les