CHAPITRE \II
SENSATIONS FONCTIONNELLES. — SENSATIONS MUSCULAIRES. — CARAC- TÈRES DES SENSATIONS MUSCULAIRES. — SENS DE LA FORCE
Sensations fonctionnelles des muscles.
Les sensations fonctionnelles des muscles nous font connaître tous les modes et les degrés divers de la contraction musculaire. Le premier degré est constitué par ces sensations à peine conscientes qui correspondent à la tonicité musculaire, c'està-dire à ce degré léger de tension, de contraction tonique dans lequel se trouvent continuellement nos muscles. Nous avons, en effet, inconsciemment, il est vrai, la notion exacte et précise du degré de tension dans lequel se trouvent nos muscles avant une contraction. Sans cela comment pourrions-nous produire immédiatement et sans hésitation la con traction nécessaire pour un mouvement déterminé, pour émettre un son de hauteur donnée par exemple. Seulement si cette notion est arrivée à l'état inconscient, c'est par l'habitude, absolument comme nous n'avons aucune conscience des mille contacts de nos vêtements journaliers. C'est à cette sensation vague, à peine consciente clans les conditions ordinaires, que je serais disposé à rattacher ce sentiment de légèreté ou de lourdeur qu'on ressent sous certaines influences atmosphériques, ou dans certains états d'innervation.
A un degré plus avancé nous trouvons des sensations musculaires plus nettes et mieux définies. C'est par elles que nous connaissons les divers modes de la contraction musculaire. Je vais les passer successivement en revue réservant leur étude plus détaillée pour les paragraphes suivants. Nous connaissons ainsi:
1° L'énergie de la contraction, c'est-à-dire la force avec laquelle le muscle se contracte, force qui se mesure par le poids soulevé par le muscle. C'est par ce moyen que nous apprécions, en les soupesant, le poids des objets et la résistance que les
corps extérieurs opposent â la contraction musculaire (Kraftsinn des auteurs allemands, sens de la force musculaire de Wcber; sens du poids);
2° L'étendue du raccourcissement ou l'excursion du mouvement ; c'est celte notion qui permet la précision des mouvements ;
3° La rapidité du mouvement et la vitesse de la contraction, qui correspondent à l'agilité des mouvements ;
4° La durée du mouvement, grâce à la notion que nous avons du début et de la fin de la contraction ;
S0 La direction du mouvement ;
6° La situation de notre corps et de nos membres, que cette situation soit produite activement par un mouvement volontaire antécédent ou passivement par une cause étrangère à nous et sans l'intervention d'une contraction musculaire. C'est grâce à ces sensations que nous savons, môme sans l'intervention du toucber ou de la vue, la position occupée par nos membres. On a donné aussi à ce groupe de sensations le nom de sens de stabilité, sens de V équilibre.
Pour étudier les sensations de mouvement, il faut distinguer les mouvements généraux du corps et les mouvements partiels et examiner ces mouvements suivant qu'ils sont actifs ou passifs.
Dans les mouvements actifs partiels, il y a une distinction à faire entre les contractions statiques comme quand on serre les poings, quand on maintient le bras étendu ou qu'on pousse un obstacle qui résiste, et les contractions dynamiques dans lesquelles il s'accomplit un travail mécanique extérieur comme quand on lance une pierre. La sensation que nous éprouvons n'est pas la même dans les deux cas. La contraction statique s'accompagne d'un sentiment d'effort, à peine perceptible dans les degrés légers, comme quand on maintient la main soulevée par exemple, mais qui acquiert une intensité considérable quand la contraction statique coïncide avec un effort énergique, comme quand on veut soulever un poids trop lourd. Dans ce cas les sensations qui accompagnent l'effort paraissent dues plutôt aux muscles respiratoires et aux muscles du larynx, les uns comprimant le thorax, les autres fermant la glotte et il s'y joint probablement des sensations purement respiratoires des muqueuses bronchique et laryngée, et peut-être aussi des sensations cardiaques, pulmonaires, etc., dues â la compression des