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SENSATIONS FONCTIONNELLES DES MUSCLES

organes Ihoraciques dans le mécanisme de l'effort. Je ne parle pas des sensations de pression cutanée qui s'ajoutent à ces sensations et qui varient suivant la région qui est le siège du mouvement.

Dans les mouvements partieh actifs, nous connaissons l'étendue ou l'excursion du mouvement, sa direction, sa vitesse.

La notion à%Y excursion ou de Fétenêite du mouvement dérive de la notion que nous avons de la situation de nos membres ; nous connaissons ainsi la situation initiale et la situation terminale, ainsi que les situations intermédiaires. Cette notion a donc pour base la notion de l'espace; nous connaissons les deux points de l'espace correspondant aux situations extrêmes de notre main par exemple et la distance qni sépare ces denx points. Toutes ces notions ne sont en somme que des sensations musculaires.

11 en es t de môme de la direction. Si nous suivons du doigt une ligne courbe ou si nous la parcourons de l'œil, nous avons une quantité de sensations plus grande ou une durée plus longue que quand c'est une ligne droite, et cette notion de sensations musculaires est impliquée clans la définition un peu naïve que les géomètres donnent de la ligne droite. La plupart du temps les sensations visuelles et tactiles viennent aider les sensations musculaires ; mais à elles seules, celles-ci peuvent nous donner l'idée de direction. Ainsi nous pouvons parfaitement, les yeux fermés, tracer dans l'air avec le doigt une ligne courbe, un cercle, un huit et les figures les plus compliquées.

Cette notion de la direction se retrouve aussi dans les tractions opérées, sur un membre par exemple, ou sur une partie du corps. Il semble au premier abord que cette sensation de traction corresponde à une tension passive des muscles, abstraction faite naturellement des sensations tactiles qui peuvent l'accompagner. Mais en réalité, il y a autre chose. Dans toute traction exercée sur nous il y a involontairement et inconsciemment une véritable contre-traction, c'est-à-dire une contraction opérée par nous-même en sens opposé et c'est celle-là que nous sentons. C'est ce que prouve l'expérience suivante de Weber. Si on tire légèrement sur un petit pinceau de cheveux, nous distinguons facilement la direction de la traction ; mais si on répète l'expérience en fixant la tête et la peau, cette faculté de reconnaître la direction de la traction est abolie. Nous l'apprécions donc par la résistance que nos muscles opposent à la traction dans un sens donné, autrement dit par une contraction.

Nous apprécions la vitesse d'un mouvement par son étendue dans un temps donné. En réalité nous avons des sensations différentes suivant que le mouvement est vif ou lent, sensations que nous savons très bien distinguer et qui ont du reste des effets différents sur nous ; il y a une sorte â'ivresse motrice par les mouvements vifs ; on se grise en parlant, en dansant; des mouvements lents et processionnels nous endorment et nous apaisent.

La répétition des sensations musculaires et surtout la répétition à intervalles réguliers, ou le rythme, a une très grande influence sur nous. Le rythme ne dérive pas seulement de la sensation auditive quoique, dans les conditions ordinaires, la sensation auditive en soit un des éléments essentiels, et l'observation des sourds-muets prouve que le sens du rythme peut exister en l'absence de toute sensation auditive. Laura Bridgniann (1) divisait le temps très exactement; assise au piano (à dix ans), elle jouait correctement des mesures relativement compliquées.

L'art de la danse est presque entièrement basé sur ces sensations musculaires rythmées, et les modalités de la durée y sont tout aussi variées que pour les sensations auditives.

Les mouvements de totalité du corps nous fournissent aussi des sensations qui sont en partie de nature musculaire. Je commencerai par les mouvements passifs.

Ces mouvements passifs ont été bien étudiés par le physicien Mach qui a employé l'appareil ci-dessus (fig. 1), construit sur le

(1) Laura Bridgmann, dont l'histoire est si intéressante au point de vue psychologique, était aveugle, sourde, muette et privée de l'odorat.

Fig. 1

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