‹ Les sensations internesChapitre 31 sur 145 · SENS DE LA FORCE · texte numérisé non relu

SENS DE LA FORCE

sion disparaissent entre le corps et le plancher et entre les différentes parties de notre corps les unes par rapport ans autres. Les extrémités osseuses articulaires ne pressent plus les unes contre les autres, le sang perd son poids, tout le corps se comporte comme s'il était sans pesanteur. De laies sensations qu'on observe dans une chute ou dans une descente rapide et accélérée. L'analyse de ces sensations est évidemment des plus difficiles à cause du grand nombre de conditions qui se trouvent en jeu dans ces mouvements.

Dans les déplacements actifs du corps, aux sensations précédentes viennent s'ajouter les sensations dues aux contractions musculaires qui interviennent dans le déplacement total du corps.

C'est aussi, en partie du moins, par les sensations musculaires que nous jugeons des mouvements des corps extérieurs et que nous apprécions leur vitesse et leur direction. Ainsi lorsque nous suivons de l'œil un oiseau qui vole, les mouvements de l'œil maintiennent l'image de l'oiseau sur le môme point de la rétine et les sensations qui accompagnent les contractions des muscles de l'œil nous font connaître la vitesse et la direction du mouvement. Mais il ne faut pas oublier que cette notion de mouvement peut exister aussi en l'absence de toute sensation musculaire; ainsi dans la rotation passive du corps un phosphène de pression se déplace quoique l'œil reste immobile dans l'orbite.

C'est à Weber que sont dues les premières recherches sur la part des sensations musculaires dans l'appréciation du poids. « La sensibilité générale des muscles, dit-il, par laquelle nous sentons le degré de contraction nécessaire pour surmonter un obstacle est si line qu'elle est pour nous comme un sens qu'on peut appeler sens de la force (Kraftsinn). Ce sens nous fait apprécier les différences de poids plus exactement et d'une façon plus précise que le sens du tact. »

Les expériences sur lesquelles Weber s'appuie pour admettre le sens de la force sont les suivantes. Pour reconnaître d'abord J'influence de la sensibilité tactile seule sur l'appréciation du poids, il laissait reposer le doigt sur une table et appliquait dessus des poids en le maintenant immobile de façon que les sensations musculaires ne pûssent intervenir ; dans ces conditions, il distinguait une différence de poids de 29 à 30 onces. Pour faire l'expérience contradictoire et pour éliminer autant que possible les sensations tactiles en ne laissant subsister que les sensations

musculaires, il plaçait les poids dans un linge dont il tenait les angles entre les doigts ; il distinguait ainsi, en soupesant, des différences de poids de 39 à 40 onces. En réunissant les deux méthodes et faisant intervenir simultanément les deux catégories de sensations, il n'y a rien de gagné sur le soupèsement simple, sauf pour des poids très légers. Il y a certaines précautions à prendre dans ces expériences. Les poids à comparer doivent être remplacés très rapidement ; ils doivent être appliqués sur la môme région de la peau et occuper exactement la môme surface; ils doivent être entourés de corps mauvais conducteurs. Malgré toutes ces précautions, il n'en reste pas moins quelques causes d'erreur.

Bloch a répété, en les variant, les expériences de Weber. Dans une première série d'expériences, il laisse intervenir à la fois les sensations tactiles de pression et les sensations musculaires, soit en suspendant aux deux index des charges inégales jusqu'à ce qu'on sente la différence des poids, soit en augmentant un poids suspendu à un index jusqu'à ce qu'on sente l'accroissement de poids. Dans ces conditions, l'augmentation de charge devient sensible au doigt quand elle atteint le huitième du poids primitif. Cette fraction 1/8 est ce qu'il appelle la constante proportionnelle.

Si on élimine alors la contraction musculaire en plaçant le doigt sur un anneau fixe et rigide, le poids suspendu n'agit, que sur la sensibilité cutanée, la constante proportionnelle est 1 ou 1/4 du poids primitif. Si on élimine la sensation cutanée en serrant le doigt dans des tours de fil de caoutchouc, la constante est encore 1/3 ou 1/4. Les expériences de Blocb, malgré les conclusions auxquelles arrive cet auteur, me paraissent donc confirmer, au moins en partie, celles de Weber, et démontrer l'intervention de la sensibilité musculaire dans l'appréciation des poids.

Les expériences précédentes réfutent aussi celte opinion de Schiff que nous estimons le poids par la vitesse de la contraction, parce que nous mettons plus de temps à soulever un poids lourd qu'un poids léger.

Il faut distinguer dans ces expériences, et la distinction n'a pas été suffisamment faite par Weber, le cas où le poids à apprécier est simplement maintenu à une certaine hauteur, la main restant en contraction statique et le cas où le poids est soulevé (contraction dynamique); il faudrait môme distinguer le cas dans lequel il est soupesé, c'est-à-dire alternativement abaissé el soulevé. Les expériences devraient être reprises dans ces trois

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