‹ Les sensations internesChapitre 32 sur 145 · SENS DE LA FORCE · texte numérisé non relu

SENS DE LA FORCE

conditions en enregistrant en môme temps les mouvements d'ascension et de descente delà main.

Comment se fait cette estimation du poids? Pour Weber, ce qui intervient dans ce phénomène, c'est le sentiment que nous avons de la contraction des muscles et nous apprécions la grandeur du poids qui agit sur nous par la grandeur de l'obstacle que nous devons surmonter. On pourrait croire, dit-il, que la cause de la sensation de contraction réside non dans les nerfs musculaires, mais dans les parties du cerveau sur lesquelles la volonté agit. Mais il n'en est pas ainsi, car la tension passive des muscles, à elle seule, suffit sans aucune contraction volontaire. C'est ce qu'il cherche à démontrer par l'expérience suivante. Le bras est pendant, soutenu par Faisselle sur le dos d'une chaise ; un linge est enroulé en bracelet autour du poignet et à ce bracelet est attaché un crochet auquel on suspend des poids. Dans ces conditions on distingue très bien la différence des poids quoi qu'il n'y ait aucune contraction musculaire; la tension passive des muscles relâchés suffit donc pour que nous ayons la notion du poids. Mais, d'après Funke, dans cette expérience de Weber, la notion de poids serait très imparfaite et beaucoup plus mauvaise que quand on contracte les muscles.

Pour supprimer l'influence de la volonté, Bernhardt a employé un autre moyen; il fait contracter les muscles par l'électricité. Mais les résultats obtenus ainsi par lui sont loin d'être probants. Ferrier et Lauder Brunton, en répétant les expériences de Bernhardt, n'ont pas trouvé de différence, pour l'appréciation des poids, entre la contraction électrique et la contraction volontaire et en concluent que cette appréciation est indépendante de l'état volitionnel.

La longueur du bras de levier influe aussi sur la notion que nous avons du poids. C'est ce que montre bien l'expérience suivante faite par Lewinski sur un sujet dont le bras droit était atteint d'une anestbésie cutanée complète jusqu'au milieu du bras, le bras gauche étant normal. Quand on suspendait un poids par une anse au bras anesthésié en déplaçant l'anse peu à peu, le poids paraissait plus lourd quand l'anse était sur la main que quand elle était sur l'avant-bras. Avec le bras sain, au contraire, il n'en était pas de môme à cause de l'intervention de la sensibilité de la peau et après quelques expériences contradictoires, et avec un peu d'exercice, le sujet reconnaissait facilement, du bras sain, qu'il s'agissait toujours du môme poids. La finesse de la sensibilité aux poids différents est susceptible

de s'accroître considérablement par l'exercice et on sait à quelle précision arrivent sous ce rapport les employés des postes ; elle peut aussi s'atténuer par l'effet inverse ; ainsi il n'est pas douteux que l'usage fréquent de la balance n'ait diminué notre sensibilité sous ce rapport.

Dans les poids considérables, le sentiment de l'effort intervient, comme quand nous portons un fardeau ou que nous soulevons un objet très lourd. Dans ces conditions, les muscles respirateurs se contractent énergiquement pour fixer le tborax, les muscles du larynx pour fermer la glotte et nous associons les sensations qui nous viennent de la contraction de ces muscles à l'idée d'un poids très lourd. Ces faits expliquent l'illusion qu'éprouvent les malades atteints de paralysie d'un membre quand on leur dit de soulever ce membre ; ils cherebent à le faire sans y parvenir; on voit l'effort intense auquel ils se livrent par la contraction de tous les muscles, le serrement des dents, etc. ; ils ont eux-mêmes conscience de l'effort considérable auquel ils se livrent et il leur semble que la jambe est d'un poids énorme. Cbacun a pu ressentir une sensation du môme genre en essayant de soulever la jambe engourdie par une position vicieuse longtemps prolongée.

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