CHAPITRE XIII
SENSATIONS MUSCULAIRES (suite). — NOTIONS FOURNIES PAR LES SENSA- TIONS MUSCULAIRES : RÉSISTANCE, ESPACE, ÉTENDUE, DISTANCE, DI- RECTION, POSITION, MOUVEMENT.
La résistance, dit Herbert Spencer, est l'élément primordial de la conscience, l'attribut primaire des corps; c'est elle qui différencie l'espace occupé, corps, de l'espace vide, étendue; elle constitue la matière brute de la pensée sous sa forme primitive ; elle es t la seule mesure valable des phénomènes extérieurs et sans elle nous ne pourrions rien concevoir en dehors de la conscience. Qu'est-ce que la matière ? Ce qui résiste dans l'espace. Qu'y a-t-il donc au fond de cette notion de résistance et quels sont ses rapports avec le sens musculaire ?
StuartMill avait déjà vu que la sensation est différente suivant que le mouvement volontaire se continue librement sans autre arrêt que la volonté elle-même ou qu'il est arrêté par un obstacle. Dans le premier cas nous avons la notion d'un déplacement, d'un mouvement à travers l'espace vide avec les sensations qui ont été analysées plus haut, mais dont la terminaison est mal délimitée clans la conscience. Dans le second cas nous avons une sensation nouvelle ; le mouvement a une terminaison abrupte ; il y a comme une marque dans la conscience ; et cette terminaison ne vient pas de nous-même ; nous ne l'avions pas prévue ; elle nous surprend. De là la croyance à quelque chose en dehors de nous qui a interrompu le mouvement. En réalité, la sensation de résistance n'est que la sensation de mouvement musculaire empêché (Taine).
Il me semble cependant que dans l'idée de résistance il y a autre chose et que l'arrêt seul du mouvement ne suffit pas pour que nous concluions à une résistance et par là à un objet extérieur. Cet autre chose, à mon avis, c'est l'effort actif que nous faisons pour surmonter la résistance. C'est là le nœud de La