‹ Les sensations internesChapitre 47 sur 145 · NOTION DE RÉSISTANCE · texte numérisé non relu

NOTION DE RÉSISTANCE

question. Ce sentiment d'effort volontaire, cette conscience que nous avons de notre activité motrice est précisément le germe de notre idée de résistance. On verra plus loin si ce sentiment doit être rangé dans la catégorie des sensations ou si, comme le prétend Naville, il est irréductible aux modes purs de la sensibilité, s'il est une notion purement subjective, une simple manifestation de la volonté. Pour le moment je me contente de constater l'existence de ce sentiment d'effort et son rôle dans l'idée de résistance.

Etudions pour cela ce qui se passe dans les actes musculaires dans lesquels se rencontre cette, notion de résistance. Si j'appuie le doigt sur un objet dur, comme une table par exemple, j'ai d'abord une simple sensation de contact, qui, pour une contraction musculaire énergique, se transforme bien vite en une sensation tactile de pression ; sensations localisées toutes deux dans les doigts et auxquelles est lié le sentiment d'extériorité qui me fait connaître l'existence de la table. Si j'augmente peu à peu l'énergie de la contraction musculaire, il vient s'ajouter à la sensation tactile de pression une autre sensation qui n'a plus son siège dans l'extrémité des doigts, mais dans la main, Favantbras et le bras, sensation qui augmente d'intensité et d'étendue à mesure que la contraction augmente d'intensité. Cette sensation, outre des sensations articulaires très nettes, consiste" en une sensation de tension musculaire et elle s'accroît avec la sensation de pression sur la peau, quoiqu'il soit difficile de dire si l'accroissement se fait proportionnellement pour les deux sensations. Dans cet acte, en réalité, pour ma conscience ce n'est pas la table, c'est moi qui résiste, et cela est si vrai que la sensation de l'objet extérieur, de la table, si nette et si précise avec le simple contact, s'affaiblit et disparaît quand les sensations de pression et de tension musculaire atteignent un certain degré et que je ne sens plus que ma main et mon bras.

Si l'on s'en rapportait à cette expérience, la sensation de résistance ne nous apprendrait rien sur l'existence des corps, du moins d'une façon immédiate et ce ne serait que par un raisonnement et en nous aidant des autres sens et de la vue en particulier que nous arriverions à celte notion d'objet matériel. Mais il ne faut pas oublier dans quelles conditions l'expérience <'i-<lessus est faite. Elle vient après une multitude d'expériences du même genre, accumulées cl renou velées depuis la naissance. Pour avoir celle sensation de tension musculaire, j';ii été obligé d'exagérer considérablement l'énergie de la contraction. Mais

dans les conditions ordinaires, la contraction musculaire acquiert rarement cette intensité et la sensation qui l'accompagne échappe à la conscience, non pas probablement parce qu'elle n'existe pas, mais parce que, grâce à l'habitude, nous n'y faisons plus attention. C'est ainsi que nous n'avons pas conscience des sensations tactiles que nous procure le contact journalier de nos vêtements: par contre chacun connaît par luimôme les sensations qu'on éprouve quand on met pour la première fois un vêtement d'un tissu insolite, de la flanelle par exemple : puis rapidement ces sensations disparaissent et nous n'y faisons bientôt plus aucune attention. Il en est de même pour les sensations musculaires peu intenses qui accompagnent les faibles degrés de pression. Mais à l'origine, chez le nouveauné et chez l'enfant, il est plus que probable que les sensations musculaires qui accompagnent les premières expériences de pression nous donnent la notion des objets extérieurs et de la résistance des corps.

Quoi qu'il en soit, dans cette expérience le sentiment d'effort actif dont je parlais plus haut est peu marqué et apparaît à peine. Mais il est très apparent clans l'expérience suivante. Si je prends mes deux mains l'une dans l'autre, la main gauche dans la main droite par exemple et que les tenant fortement serrées je tire avec la main droite comme pour les séparer, j'ai deux sensations différentes dans les deux bras; clans le bras droit j'ai le sentiment de quelque chose d'actif, tandis que dans le bras gauche je n'ai qu'un sentiment de résistance passive. Si au contraire les deux mains tirent également, ainsi sur les deux bouts d'un mouchoir, j'ai une sensation identique dans les deux bras, c'est-à-dire à la fois la sensation de traction ou de résistance et d'effort actif.

D'où vient ce sentiment d'effort actif et d'où vient la différence que présente la sensation dans la première expérience ? Les conditions sont les mômes dans les deux bras, car la résistance du bras gauche égale la traction du bras droit et la compense; elles ne diffèrent qu'en deux points. En premier lieu, la main droite saisit et étreint la main gauche. Ce sentiment d'effort actif peut-il tenir aux sensations tactiles de la paume de la main ? Gela me paraît peu probable ; mais ce qui me paraît vraisemblable, c'est qu'il y a une liaison produite par l'habitude entre l'acte de saisir un objet avec la main et la volonté de nous approprier cet objet et par conséquent une liaison entre les sensations tactiles de la paume de la main et le sentiment d'effort

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