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NOTION DE RÉSISTANCE

actif, volontaire. Mais ce n'est pas là la vraie cause de ce sentiment d'effort actif et la preuve en est que si je prends les deux bouts d'un mouchoir entre les mains, le sentiment d'effort actif se montrera encore dans le bras droit comme dans l'expérience précédente. La vraie cause c'est que j'ai voulu, dans mon expérience, tirer la main gauche avec la main droite et à cet acte de volonté correspond une sensation spéciale que je localise dans le bras qui produit l'acte mécanique du mouvement. Il y aurait là une sorte d'extériorisation d'un acte moteur central, volontaire, et à ce point de vue on pourrait dire à bon droit avec Naville que la volonté est la condition de l'idée de corps. C'est en effet ce sentiment d'effort musculaire actif qui se retrouve, mais atténué et éuioussé par l'habitude, dans notre idée de résistance. Mais , comme le fait remarquer Herbert Spencer, il faut, pour que cette notion de résistance existe, qu'il s'établisse un rapport de coexistence entre l'état particulier de la conscience qui constitue la volonté et les sensations de tension musculaire et de pression.

C'est dans ces sensations de résistance que prend naissance l'idée de matière. Ces différents amas d'expériences, dit Herbert Spencer dans sa Psychologie s'unissent pour former la conception de quelque chose d'extérieur à la conscience, qui possède une force équivalente à la conscience et qui demeure fixe au milieu des apparences changeantes. Cette conception réunissant l'indépendance, la permanence et la force est la conception que nous avons de la matière.

Ce serait donc en réalité dans cette sensation de résistance que se retrouverait l'idée d'un monde extérieur à nous, l'idée des objets extérieurs, l'idée du moi et du non-moi, et l'idée métaphysique d'objectif et de subjectif. Tout objet est obstacle, c'est quelque chose qui résiste, c'est un système de points contre lesquels notre mouvement subit un arrêt.

Mais si toute sensation est subjective, si dans la sensation nous ne connaissons que nos propres variations et nos différents états de conscience, pour arriver à la distinction du inonde extérieur et de nous-mêmes, il faut autre chose que la sensation ordinaire ; il faut qu'à la sensation se joigne quelque chose qui la caractérise et se surajoute à elle; il faut quelque chose d'actif, et ce quelque chose, c'est le sentiment d'effort admis déjà par Maine de Biranet que laplupartdes physiologistes et des psychologues tendent à repousser aujourd'hui, à tort suivant moi.

L'interprétation do l'idée détendue et de la notion métaphysique d'espace est une des pierres d'achoppement de la philosophie.

Depuis Hcrbart, presque tous les philosophes font jouer le rôle principal aux sensations musculaires dans la notion d'espace. Pour Herbart la représentation d'espace résulte d'une succession de sensations qui sont susceptibles de se renverser, c'est-à-dire de se représenter à la conscience dans l'ordre inverse. Mais on a fait à cette définition l'objection que le passage des sons du grave à l'aigu et de l'aigu au grave correspondrait alors à l'idée d'espace. Il faudrait donc ajouter « des sensations de mouvement » dans les termes de la définition. Mais on se heurte alors à une autre difficulté. Le mouvement du doigt par exemple peut être remplacé par le va et vient de l'objet extérieur sur le doigt immobile. Il faudrait donc ajouter les sensations tactiles et comme on le verra plus loin les sensations rétiniennes.

Pour Berkeley, l'intuition d'espace résulte aussi de notre propre mouvement ; ce sont des sensations de mouvement intensivement graduées. Pour Bain, ce sont des sensations de mouvement liées avec la représentation du temps.

Lotze admet l'intuition générale de l'espace à titre de notion primi tive ; il renonce donc à l'expliquer et ne cherche à expliquer que la genèse empirique des intuitions d'espace. On connaît à ce sujet sa théorie des signes locaux que je n'ai pas à exposer ici.

Pour Herbert Spencer, l'espace est la conscience des positions coexistantes. Voici ses propres termes :

« Les expériences qui ont servi à former cette conception abstraite de toutes les coexistences sont des expériences de positions individuelles constatées par le toucher ; chacune d'elles implique la résistance d'un objet touché et la tension musculaire qui la mesure. C'est par une quantité innombrable d'adaptations musculaires dissemblables, qu'on découvre l'existence de positions résistantes différentes et quand nous pouvons sentir ces positions résistantes aussi facilement dans un ordre que dans l'autre, nous les regardons comme coexistantes. » (Premiers principes, p. 173 ; trad. franc.). Et plus loin. « Nous concevons la matière comme des positions coexistantes qui opposent de la résistance... supprimez par la pensée la résistance, l'intuition de corps disparaît pour laisser l'intuition d'espace... le corps est l'étendue occupée ; l'espace l'étendue inoccupée. »

On voit que dans cette conception de l'espace, Spencer fait reparaître les sensations dans les deux sens d'Herbert; je ferai

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