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TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ MUSCULAIRE

ne reste pour ainsi dire pas un moment en place ; ses yeux suivent les courbes du corps, les inflexions des membres; la tête s'incline, s'élève, s'abaisse, faisant à chaque instant varier le point de vue ; ses mains môme dessineront dans l'espace le contour qui le séduit; c'est qu'en effet nous associons à la vue les sensations musculaires; nous ajoutons à l'élément visuel purement passif, l'élément actif, musculaire, qui nous appartient, qui vient de nous-mêmes ; nous refaisons pour ainsi dire cette statue, nous y mettons quelque chose de nous, nous animons ce marbre inerte et froid et nous l'en admirons davantage.

Les troubles de la sensibilité musculaire et de ses diverses formes peuvent se montrer dans un certain nombre de maladies et spécialement dans les maladies nerveuses.

Les sensations de légèreté et de lourdeur des membres, telles qu'on les éprouve quelquefois dans le rêve , se rencontrent assez souvent dans l'aliénation mentale. On a vu môme des aliénés pénétrés de cette idée de leur légèreté se précipiter par la fenêtre et se briser les membres. Ces troubles peuvent prendre diverses formes dont quelques-unes sont assez curieuses. Tel était le cas d'un névropathe cérébro-cardiaque observé par Krishaber. Ses jambes lui paraissaient mues comme par un ressort étranger à sa volonté ; il lui semblait qu'elles ne lui appartenaient pas. Chez un second, c'était une autre forme. Quand il frappait du pied le sol, la résistance du sol lui paraissait illusoire ; il avait le sentiment de n'avoir pas de poids tout en ressentant une grande fatigue et un véritable anéantissement. Un malade atteint d'érysipèle et observé par le Dr Whytt, n'avait qu'à fermer les yeux pour se sentir transporté rapidement à travers les airs ; il lui semblait parfois que sa tête, ses bras et ses jambes étaient séparés du tronc et s'envolaient séparément dans différentes directions.

Ces sensations musculaires subjectives altérées se rencontrent fréquemment clans ce qu'on appelle la maladie de Ménière. Une malade par exemple, étant assise, croit qu'elle danse ; elle a la sensation d'un balancement rythmique du corps ; ses pieds lui semblent s'élever et s'abaisser comme dans un mouvement de pédale.

Ces troubles des sensations musculaires peuvent donner lieu à des illusions singulières. Dans les paralysies, par exemple, quand le malade veut soulever la jambe paralysée, il lui semble que la jambe a un poids considérable.

Chez les idiots arrivés au dernier degré, la conscience musculaire des muscles volontaires peut môme être abolie complètement et ils ne peuvent accomplir les actes Les plus usuels et les plus simples de la vie ordinaire.

Ces mômes troubles peuvent se présenter après l'ingestion de certaines substances, comme le hascbich, l'opium, l'alcool et avec des caractères particuliers. Quincey, dans ses Rêves d'un mangeur d'opium, décrit longuement les sensations qu'il éprouvait, sensations dérivées en partie d'une altération de la sensibilité musculaire. L'espace s'enflait et devenait d'une grandeur infinie, inexprimable ; il lui apparaissait des édifices et des paysages dont les proportions é taient si vastes que l'œil ne pouvait les atteindre.

On peut facilement, parla suggestion et l'hypnotisme, provoquer des troubles et des illusions du sens musculaire. Je me contenterai d'en citer un exemple que j'ai déjà mentionné dans mon livre sur le Somnambulisme pr ovogué.

« Pendant que Mademoiselle A... E... est endormie, je lui suggère qu'elle est au bal et qu'elle valse. (Elle aime beaucoup le bal.) Je lui dis :

— Vous valsez.

— Oui.

Elle est assise et immobile. Peu à peu, sa respiration s'accélère; sa figure habituellement pâle, se colore; elle est rouge et paraît un peu essoufflée.

— Arrôtez-vous, lui dis-je, ne valsez plus.

— Non, je veux continuer.

— La tôte va vous tourner.

— Non.

— Arrôtez-vous.

— Non.

Enfin il me faut plusieurs injonctions énergiques pour qu'elle consente à dire : Je m'arrête. Et immédiatement sa figure, qui avait une expression très vive de bonheur, reprend le calme impassible du sommeil hypnotique, pendant que sa circulation et sa respiration se régularisent et se ralentissent (1). »

Ordinairement les troubles de la sensibilité musculaire dans les maladies et en particulier dans l'ataxie locomotrice et l'hystérie marchent de pair avec les altérations de la sensibilité cutanée ; mais ce parallélisme n'est pas absolu. Contrairement en

(1) Le somnambulisme provoqué, ^ édition, 18S7, p. 202.

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