‹ Les sensations internesChapitre 58 sur 145 · ILLUSIONS DE LA SENSIBILITÉ MUSCULAIRE · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DE LA SENSIBILITÉ MUSCULAIRE

effet à l'opinion de plusieurs auteurs, il peut y avoir lésion isolée des deux espèces de sensibilité et j'ai cité des exemples de ce genre dans les pages précédentes.

Mais ce qu'il y a de plus remarquable, c'est que les diverses formes de sensibilité musculaire peuvent être lésées isolément. Ainsi dans le cas mentionné plus haut de Duchenne il y avait, outre l'anesthésie et l'analgésie cutanée, perte de la sensibilité des muscles à la douleur et à la pression avec abolition de la sensibilité électro-musculaire et cependant la notion de la situation des membres persistait avec toute sa précision. Dans un cas de Westphal, la notion des mouvements et de la situation du bras droit était profondément lésée, tandis que le pouvoir d'apprécier les poids était à peine atteint et que les mouvements de ce membre se faisaien t avec la vitesse voulue et sans saccades. Chez une malade de Menke atteinte de paralysie spasmodique des extrémités inférieures, toutes les sensibilités cutanées et musculaires du bras droit étaient abolies et cependant la malade pouvait, les yeux fermés, exécuter sans irrégularité les mouvements les plus compliqués.

Il y a là évidemment des conditions Jxès difficiles à analyser mais qui dépendent probablement du siège de la lésion et dans ces cas de troubles isolés de la sensibilité musculaire, il s'agit toujours de lésions centrales. Ce ne sont certainement pas les mômes centres corticaux qui perçoivent la douleur de la fatigue, les poids, la situation des membres, leurs mouvements, et il est très probable que ces divers centres, quoique très voisins dans l'écorce cérébrale, peuvent cependant, dans des cas exceptionnels, être lésés isolément.

Les illusions de la sensibilité musculaire sont très nombreuses soitàl'état normal, soit à l'état pathologique etnous avons eu déjà occasion d'en citer quelques-unes dans les pages précédentes.

Une grande quantité de ces illusions dérivent des mouvements .des yeux et de la tête et on en trouvera de nombreux exemples dans Helmholtz {Optique physiologique), et Wundt (Psychologie physiologique). Beaucoup d'entre elles proviennent de mouvements réflexes inconscients des muscles des yeux. Cependant le rôle de ces mouvements inconscients des yeux a peutêtre été exagéré ; ainsi l'illusion de Zollner (1) qu'Helmholtz

(1) L'expérience de Zollner consiste à tracer une série de bandes verticales ou horizontales parallèles, comme dans la figure 4 ; puis sur chacune de ces bandes, on trace des lignes parallèles et équidistantes qui les croisent obliquement en les dispo-

explique par les mouvements inconscients des yeux se produit môme quand on regarde la figure à l'éclairage instantané.

Fig.

Ces illusions se produisent aussi dans la sphère d'autres muscles comme le prouvent un certain nombre d'expériences instituées par Mach et parmi lesquelles je citerai les deux suivantes. rSion laisse s'écouler du mercure d'un vase qu'on tientàjamain, il nous semble que la main se soulève à mesure que le mercure s'écoule. 2° On place sur la tête une calotte fixée à la tête de telle façon que quand elle tourne elle fasse forcément tourner la tête. De chaque côté près de l'oreille se trouve un crochet et de chaque crochet part un cordon qui va horizontalement en avant pour une oreille, en arrière pour l'au tre ; ces deux cordons se réfléchissent sur deux poulies et supportent chacun un vase rempli d'eau. Le poids de ces deux vases tend à faire tourner la tête dans le môme sens et la tôte est maintenue droite par la contraction des muscles. L'appareil ainsi disposé, on fait écouler l'eau des deux vases et dès que l'écoulement de l'eau commence, on sent une rotation de la tête dans un sens opposé à la direction dans laquelle le poids des deux vases tend à entraîner la tôte.

Dans les cas pathologiques, les illusions du sens musculaire sont fréquentes, comme j'en ai déjà cité des exemples. Ainsi les parétiques (paralytiques atteints de paralysie incomplète) s'illusionnent à chaque instant sur la grandeur de leurs pas, sur la direction de leurs mouvements, sur le poids des objets. J'ai déjà parlé des phénomènes si curieux de sensibilité musculaire observés par Weir-Mitchell sur les amputés.

sant de façon que leur obliquité soit de sens inverse pour deux bandes voisines ; dans la figure ainsi disposée, les bandes noires, au lieu de rester parallèles, paraissent convergentes ou divergentes et semblent avoir une direction inverse de celles des lignes obliques qui les croisnet.

SENSATIONS MUSCULAIHES DANS LE RÙVE 145

Les sensations musculaires jouent un rôle important dans le rêve, que ces sensations soient éveillées par de pures intuitions motrices ou bien qu'elles proviennent de légers mouvements agrandis et exagérés par l'imagination du dormeur. C'estd'elles que dérivent ces sensations de course, d'ascensions pénibles, de chutes dans des précipices, etc. Sur ces sensations, l'esprit que ne retient plus le frein du raisonnement, travaille a son tour en les transformant; les battements du cœur deviennent des coups précipités que nous porte un adversaire, le rythme respiratoire éveille en nous les sensations du vol ; nous croyons avoir des ailes et voler dans les airs. Nous pouvons môme objectiver ces sensations musculaires; ce n'est plus nous qui volons, c'est un oiseau qui fend l'air ou un ange qui étend ses ailes.

L'évolution de la sensibilité musculaire a dû suivre l'évolution progressive de la substance contractile elle-même. Si nous prenons les organismes les plus inférieurs, composés d'une simple masse de protoplasma contractile, il est bien difficile de parler de sensibilité et cependant cette sensibilité doit s'y trouver en germe, à l'état d'ébauche et, dans ces conditions d'organisation rudimentaire, la sensibilité musculaire, aussi vague et atténuée qu'on voudra la supposer, doit se montrer avant les autres et être une des premières. Il ne peut être en effet question encore chez ces êtres inférieurs de sensibilité tactile puisqu'il n'y a pas encore de différenciation entre la surface limitante et les parties profondes de l'organisme et que chaque parcelle de protoplasma peut être tour à tour superficielle et profonde. La seule sensibilité qui pourrait dans ces conditions coexister avec la sensibilité musculaire serait une sorte de sensibilité chimique par laquelle le petit être aurait la notion vague de l'état de sa nutrition, notion réduite à une sensation confuse de malaise ou de bien-être. Puis peu à peu, à mesure que l'organisme se différencie en partie articulaire permanente et en parties profondes, en parties contractiles, actives et parties passives, les sensibilités partielles se développent et se précisent pour acquérir enfin dans les espèces supérieures les degrés les plus élevés du perfectionnement.

Dans l'évolution de l'individu, la sensibilité musculaire paraît être aussi la première.

D'après les recherches de Preyer sur le poulet, la sensibilité de la peau de l'embryon n'apparaît qu'au dixième jour de l'incubation; avant cette époque on peut appliquer sur la peau tous les genres d'excitation, électrique, mécanique, chimique, ther-

Beau.nis. ,n

inique sans déterminer le moindre mouvement réflexe ; et cependant dès le cinquième jour l'embryon exécute des mouvements impulsifs et spontanés, autrement dit déterminés par des causes purement internes. Des faits identiques ont été observés par lui chez les embryons de mammifères. Il semble donc démontré que chez le fœtus, et le fœtus humain doit se trouver dans les mômes conditions, les expériences musculaires et les acquisitions motrices doivent précéder les expériences et les acquisitions sensorielles des sens spéciaux. Il y a là un fait des plus importants au point de vue psychologique.

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