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CHAPITRE XV

SENSATIONS FONCTIONNELLES (suite ). — SENSATIONS DIGESTIVES. — SENSATIONS RESPIRATOIRES. — SENSATIONS CIRCULATOIRES. — SEN- SATIONS GLANDULAIRES. — SENSATIONS SEXUELLES . — CÉNES- T1IÉSIE.

Les sensations digestives fonctionnelles ne se présentent guère qu'aux deux extrémités du tube digestif, du moins dans les conditions normales de la santé. Ces sensations sont vives et nettes dans la cavité buccale pendant la mastica tion, et produites à la fois par le contact du bol alimentaire avec la muqueuse buccale et par les contractions de toutes les puissances musculaires qui entrent en jeu clans la mastication. A part les sensations gustatives proprement dites qui ne rentrent pas dans notre cadre, le contact des aliments avec la muqueuse nous donne toute une série de sensations simultanées de contact, de pression, de chaleur et de froid, d'humidité ou de sécheresse, d'astringence et de mollesse, de fluidité et de consistance, tandis que les muscles masticateurs, les muscles des parois de la bouche et de la langue, et probablement aussi les muscles lisses de la muqueuse, nous fournissent les sensations afférentes à leur activité. Peut-être môme l'excrétion salivaire intervient-elle aussi pour quelque chose clans cet ensemble de sensations.

Quoique toutes ces sensations correspondant à la mastication soient, comme je viens de le dire, très nettes, très précises, il arrive très souvent que par l'habitude et faute d'attention, ces sensations disparaissent tout à fait pour la conscience quand nous mâchons machinalement en lisant notre journal par exemple ou simplement en pensant à autre chose. Ce fait, entre mille autres, montre bien à quel degré d'inconscience peuvent arriver les sensations les plus délicates quand elles passent à l'état d'habitude. Nous utiliserons ce fait plus loin.

Au moment de la déglutition, de nouvelles sensations tactiles

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et musculaires se produisent, mais déjà beaucoup moins nettes, et quand les aliments arrivent dans l'estomac toute sensation fonctionnelle disparaît ordinairement. Il en est de même dans toute la longueur de l'intestin et la sensation fonctionnelle ne reparaît que quand les aliments, passés à l'état de matières excn'v mentitielles, sont expulsés par la défécaLion.

Cette absence de sensations pendant tout le trajet de l'aliment dans le tube digestif paraît cependant bien remarquable quand on y réfléchit. En effet, il se passe pendant la digestion toute une série d'actes qui sembleraient impliquer certains états se n si tifs. Les libres musculaires lisses de l'estomac, de l'intestin, des conduits excréteurs des glandes (foie, pancréas) se contractent sinon énergiquement, du moins d'une façon assez sensible: ces organes sont dilatés, déplacés, comprimés ou frottés les uns contre les autres ou contre les organes voisins; la rate se gonfle ; les villosités intestinales s'érigent et se pressent; tous les organes digestifs sontle siège d'une véritable congestion physiologique ; le sang se charge des produits de la digestion, etc. etc., et on peut se demander comment nous ne sentons rien de tous ces phénomènes. On peut se le demander d'autant mieux que dès que ces phénomènes dépassent une certaine limite et quelquefois bien faible au-delà de l'état ordinaire ou quand la susceptibilité nerveuse du sujet est un peu augmentée, ces phénomènes déterminent alors des sensations qui prennent très rapidement le caractère de la douleur. Pour ma part il me semble que ces sensations ne sont pour ainsi dire qu'endormies et atténuées par l'habitude, de sorte que nous n'y faisons aucune attention, mais qu'il suffit de peu de chose, d'un peu d'exagération de leur intensité ou de l'excitabilité du sujet pour qu'elles soient ressenties. N'avons-nous pas vu plus haut que la plupart du temps dans les conditions ordinaires on n'a aucune notion de toutes les sensations de la mastication et qu'on n'y fait aucune attention? C'est par un mécanisme analogue que s'est peu à peu formée, dans la suite des générations, cette inconscience des sensations digestives. Je suis convaincu aussi que par une attention soutenue une personne qui aurait une très grande habitude de s'observer et d'analyser ses sensations arriverait au bout d'un certain temps à sentir la plupart de ces actes digestifs qui passent ordinairement inaperçus et du reste l'hypoebondriaque ne fait-il pas autre ebose? Car il ne faut pas croire que les sensations accusées par l'iiypochondriaque soient

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