‹ Les sensations internesChapitre 62 sur 145 · SENS DE L'ORIENTATION · texte numérisé non relu

SENS DE L'ORIENTATION

vue peut et semble en effet intervenir et Ton sait combien la vue des oiseaux est perçante. Mais, dans la majorité des cas, l'influence de ce sens ne peut être invoquée. Quand des pigeons parcourent d'une traite et sans essais préalables des centaines de kilomètres, pour que la vue pût leur servir à se diriger il leur faudrait s'élever à des bailleurs qu'ils n'atteignent jamais; puis comment expliquer les traversées des mers pendant lesquelles ils ne peuvent trouver aucun point de repère et les voyages pendant la nuit ? Il faudrait aussi admettre une mémoire des localités qui peut se comprendre pour leur colombier lui-môme et pour les objets environnants, mais difficilement acceptable pour tous les détails des pays qu'ils parcourent.

Toussenel a cherché à expliquer l'instinct de l'orientation par une sensibilité particulière aux influences atmosphériques et spécialement à la température et à l'état hygrométrique de l'air. Les courants atmosphériques présentent en effet des différences suivant le point de l'horizon dont ils viennent, le vent du nord est froid, le midi chaud, l'ouest humide, l'est sec; il y aurait donc là d'après lui des indices suffisants, étant admise une sensibilité très vive, pour donner à l'animal la notion de la direction dans laquelle il doit voler. Il me semble difficile d'expliquer de cette façon la précision si remarquable du vol des oiseaux migrateurs.

De Roo, tout en accordant une influence aux conditions thermiques et hygrométriques, croit que la plus grande part revient aux influences électriques de l'atmosphère. Si, quand on le lance le matin, le pigeon s'élève de suite au maximum de hauteur, c'est que l'électricité de l'air n'est alors appréciable qu'à une plus grande altitude; s'il vole au contraire très bas, par un ciel couvert ou un temps pluvieux, c'est que l'électricité atmosphérique ne se ferait sentir qu'à une faible distance du sol. Il explique ainsi pourquoi les perturbations atmosphériques empêchent le pigeon de s'orienter et de retrouver son chemin.

Viguier, dans un intéressant article de la Revue philosophique de 1882, a émis l'idée (déjà indiquée par un auteur anonyme dans la Quaterly Review, de 1872) que le magnétisme terrestre était en jeu dans la faculté d'orientation. Il faudrait donc admettre un serin magnétique, sens grâce auquel, pour un animal possédant ce sens à un degré suffisant, un lieu donné serait déterminé par la valeur des actions magnétiques en inclinaison et en déclinait son. Ce sens magnétique indiquerait à l'animal la direction générale à suivre, puis arrivé dans le district qu'il habitait, il se rccon-

Bkau.ms. I I

Ift2 I.KS SENSATIONS INTERNES

aaîtrait à L'aide des autres sens cl surtout de la vue el de l'odorat. Ces conditions magnétiques feraient partie intégrante des notions conscientes ou inconscientes qui servent à l'animal à reconnaître un lieu et à se diriger et il n'y a rien de plus extraordinaire à associer l'idée de certaines conditions magnétiques à certains actes de la vie d'un animal qu'à y associer des conditions de lumière, de température ou d'humidiLé.

Dans l'hypothèse d'un sens magnétique, il fallait trouver un organe pour ce sens et Viguier tend à le placer dans les canaux demi-circulaires, dans lesquels, comme on l'a vu déjà, beaucoup d'auteurs placent le sens de l'équilibre ou de l'espace.

La théorie de Viguier est ingénieuse et séduisante, mais elle ne s'appuie sur aucun fait expérimental.

On voit, en somme, par ce qui précède, que jusqu'à présent du moins aucune théorie ne rend compte, d'une façon satisfaisante, de cette faculté d'orientation. Nous ne savons môme pas s'il faut l'attribuer à un sens spécial, sens de V orientation, ou si, comme le pensent beaucoup d'auteurs, elle n'est pas plutôt la résultante d'un ensemble de sensations, d'impressions, de souvenirs, de raisonnements, en somme, un acte à la fois instinctif et psychique comme tant d'autres qu'on observe chez les animaux.

Sens magnétique. — Les recherches physiologiques ont montré que l'électricité sous ses diverses formes agit sur les divers organes et en particulier sur les muscles et sur les nerfs (troncs nerveux, centres nerveux, organes des sens) et les conditions de cette action sont aujourd'hui assez bien connues. Mais il n'y a rien là qui se rattache aux sensations internes.

Mais en dehors de ces phénomènes qui rentrent dans la catégorie des faits scientifiquement constatés, il en est d'autres qui sembleraient indiquer que, chez certaines personnes et dans certaines conditions, l'électricité atmosphérique et le magnétisme terrestre peuvent être ressentis et déterminer des impressions particulières.

On sait depuis longtemps combien certains individus, et spécialement les femmes et les enfants, sont sensibles à l'état électrique de l'atmosphère, par exemple à l'approche des orages ; cette sensibilité se traduit chez eux par des phénomènes variables, lourdeur de tête, malaise, anxiété, oppression, douleurs vagues, etc.

L'influence des aimants naturels et artificiels a été depuis longtemps déjà employée pour la guérison des maladies et la magné-

SENS MAGNÉTIQUE 16'ï

tothérapie s'est maintenue depuis Paracelse jusqu'à nos jours avec des fortunes diverses.

La sensibilité aux aimants a été surtout étudiée par un chimiste, le baron de Reichenbach, dont les expériences ont eu vers le milieu de ce siècle un très grand retentissement. Braid, qui a soumis à une vérification attentive les expériences de Reichenbach, expose ainsi les faits observés par ce savant. En faisant passer chez certains sujets se?isitifs, comme il les appelle, un aimant depuis le poignet jusqu'au bout des doigts sans contact immédiat avec la peau, les sujets sentaient, sous le pôle magnétique, une impression de fraîcheur, une aura; quand l'aimant était dirigé en sens contraire, l'aura semblait chaude. En faisant regarder auxsensitifs les pôles d'un fort aimant dans l'obscurité, les sujets déclarèrent voir des flammes de différentes grandeurs et de couleurs variées qui s'en échappèrent. Un cristal, une substance inerte, les doigts mômes de Reichenbach suffisaient pour produire chez les sensitifs les mômes effets que l'aimant. Reichenbach en conclut à l'existence d'une nouvelle force, d'un nouveau fluide, distinct du fluide magnétique, et qu'il appelle od ou odyle, donnant à la force qu'il avait découverte le nom de force odique. Braid, en répétant les expériences de Reichenbach, s'assura que les effets produits étaient le résultat de l'imagination du sujet et d'une suggestion véritable. Je dois cependant faire remarquer que dans des expériences de contrôle instituées par le comité de Reichenbach, de la Society for psychical research, les membres de ce comité ont -pu s'assurer, en prenant toutes les précautions exigées, que certains sujets éprouvaient réellement sous l'action d'un aimant une partie des sensations décrites par Reichenbach et en particulier les sensations lumineuses aux deux pôles. Mais les tentatives pour photographier ces apparences lumineuses sont jusqu'ici restées sans résultat.

En résumé, les faits précédents semblent prouver qu'il y a chez certaines personnes une sensibilité toute particulière à l'électricité et au magnétisme terrestre et à l'action des aimants, mais des expériences délicates pourront seules déterminer les conditions et les degrés de cette sensibilité. En tout cas, il paraît difficile d'en faire, comme on l'a proposé, un sens magnétique véritable. On a vu plus haut que la faculté d'orientation chez les animaux a été attribuée par quelques auteurs à un sens magnétique. Chez les animaux cette sensibilité à l'état électrique de l'atmosphère paraît aussi parfois très développée, mais il n'a

pas encore été fait de recherches réellement scientifiques sur cette question.

Sens météorologique. — On a admis chez les animaux un sens particulier qui les avertirait des changements de temps, en un mot une sorte de sens météorologique. Il est certain que beaucoup d'animaux donnent des signes particuliers de sensibilité et se livrent à des actes spéciaux quand le temps va changer ; mais, comme le fait remarquer Houzeau, partir de là pour leur attribuer la prévision du temps, il y a loin.

Quand on voit, à l'approche de la pluie, le canard arranger ses ailes, l'hirondelle raser la terre, et les mouvements d'un grand nombre d'animaux changer de caractère, ce n'est pas qu'ils aient la prévision de la pluie qui va tomber, c'est simplement parce que leurs conditions d'existence, au moment actuel, se trouvent modifiées et ne sont plus ce qu'elles étaient un instant auparavant. Dans les changements de temps, les variations atmosphériques s'annoncent longtemps à l'avance par des modifications de l'état barométrique, hygrométrique, calorifique, électrique, et peut-être magnétique de l'a tmosphère, par des altérations dans la force et la direction des courants aériens, par des différences clans le rayonnement terrestre, en un mot par une foule de phénomènes qui passent inaperçus pour nous, habitués que nous sommes à la vie artificielle delà civilisation, mais auxquels peuvent être très sensibles des êtres qui vivent en liberté et au grand air. Chez certaines personnes prédisposées du reste, ces changements de temps amènent aussi des phénomènes morbides, des troubles passagers de la sensibilité qui leur font prédire à coup sûr la variation atmosphérique qui va se produire, et en font de véritables baromètres. C'est ce qu'on observe par exemple chez certains rhumatisants. Mais il y a là plutôt un ensemble de sensations qu'une sensation distincte et surtout qu'un mode d'activité d'un sens spécial.

C'est ici le lieu de rappeler la faculté que paraissent avoir certaines personnes (sourciers, hydroscopes), d'éprouver certaines sensations spéciales et d'être agités de certains tressaillements involontaires quand ils se trouvent au niveau d'eaux souterraines. Malheureusement la plupart des faits de ce genre n'ont pu être soumis, dans des conditions satisfaisantes, à des examens scientifiques assez sérieux et assez répétés pour qu'on puisse se former une conviction sur ce point. La baguette divinatoire employée par la plupart des hydroscopes ne parait être qu'un

Page 1