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SENS DE LA DURÉE

moyen de rendre visibles les tressaillements légers et inconscients qu'ils ressentiraient au voisinage des sources.

Sens de la durée. — La plupart des animaux ont la notion nstinctive du temps écoulé. Ils savent exactement par exemple l'heure à laquelle on leur donne habituellement leur nourriture et, s'il y a un retard, quelque léger qu'il soit, ils savent fort bien montrer, par leur agitation et leur impatience, qu'ils en ont parfaitement conscience. Le chien du chasseur connaît la durée ordinaire des repas de son maître et quand l'heure est venue de repartir, il sait par sa pan tomime expressive, l'inviter au départ. Il serait facile de multiplier les exemples de ce genre. Les animaux ont donc une sorte de faculté inconsciente de mesurer le temps, quoique le mot faculté soit peut-être un peu philosophique pour caractériser une aptitude organique de cette nature.

Chez l'homme cette aptitude existe aussi quoique à un moindre degré et à l'état latent. Le réveil volontaire à heure fixe n'est-il pas un phénomène du môme ordre ? Je sais que ce réveil à heure fixe a été nié par quelques philosophes ; mais, comme le fait remarquer Houzeau, si cette assertion peut étonner ceux qui n'ont jamais quitté leur valet de chambre, elle est confirmée par l'expérience d'un grand nombre d'individus. Houzeau mentionne du reste un fait qui lui est personnel. Quand il prenait part aux observations météorologiques bi-horaires de l'observatoire de Bruxelles, un réveil avertissait l'aide de service du moment où il devait se lever. Or il arrivait d'une manière presque régulière qu'il s'éveillait un instant très court avant que le timbre ne sonnât; rarement devançait-il le carillon de plus de cinq minutes. La môme remarque avait été faite par ses collègues. Dans les nuits où ils n'étaient pas de service, au contraire, aucune coupe régulière ne divisait leur sommeil.

Mais il y a chez l'homme un état dans lequel cette aptitude inconsciente à mesurer le temps acquiert une précision et une acuité remarquables, c'est l'état de somnambulisme provoqué ou de veille somnambulique.

Tous les observateurs qui se sont occupés de cette question ont constaté avec quelle rigueur se fait chez les somnambules l'appréciation du temps. Vous dites à un sujet : vous dormirez cinq minutes, dix minutes, une demi-heure, et le sommeil dure exactement le temps prescrit. Dans les suggestions à longue échéance, cette appréciation du temps est encore plus remarquable. Je demande au lecteur la permission de citer ici un pas-

sage de mon livre sur le Somnambulisme provoqué : « Je puis suggérer à. un hypnotisé pendant son sommeil que dans dix jours, à cinq heures, par exemple, il ouvrira un livre déterminé à la page 23 ; l'idée d'ouvrir le livre à cette page existe dans son esprit; elle y existe tellement puissante qu'à l'heure dite il ne pourra pas faire autrement que de l'ouvrir ; et cependant cette idée ne peut lui revenir avant l'époque fixée ; il a beau savoir qu'une suggestion lui a été faite en le prévenant d'avance ; on peut lui mettre devant les yeux le livre en question ouvert à la page 25, l'idée reste dans le cerveau sans se développer, inerte jusqu'au moment déterminé d'avance; mais alors elle surgit instantanément clans l'esprit et fatalement se réalise en acte. On dirait un mécanisme disposé pour produire à heure fixe un mouvement comme un mécanisme d'horlogerie. Et le phénomène est encore plus remarquable quand la suggestion se réalise à centsoixante-douze jours d'intervalle comme je l'ai vu et à un an d'intervalle comme l'a vu M. Liégeois. »

Quelle peut être l'explication de ces faits? Je ne l'essaierai pas ici, car il faudrait, pour le faire, entrer dans la question du somnambulisme provoqué qui m'entraînerait trop en dehors du cadre de ce livre. Je me contenterai de renvoyer à mon livre sur le Somnambulisme provoqué et à l'ouvrage du professeur Bernheim sur la Suggestion et ses applications à la thérapeutique. Je me contenterai seulement de dire ici, qu'à mon avis, ces phénomènes rentrent clans la grande classe des phénomènes de cérébration inconsciente.

Sensibilité organique sympathique. — J'ai pu constater plusieurs fois, et le fait me paraît hors de doute, que certains sujets mis en état de somnambulisme reconnaissent par le toucher, ou du moins sans le secours de la vue et de l'ouïe, le sexe et l'âge approximatif des personnes avec lesquelles on les met en rapport. En outre, quand on met un sujet en rapport avec une personne malade qu'il ne connaît pas, il arrive parfois que le sujet désigne la partie malade. J'ai pu vérifier le fait un certain nombre de fois et il m' a paru se présenter trop souvent pour l'attribuer au hasard ou à une simple coïncidence. Dans ce cas le sujet sentant semble ressentir une douleur plus ou moins vive et plus ou moins nette dans la région du corps correspondant à la région malade.

C'est ce mode de sensibilité que je désignerai sous le nom de sensibilité organique sympathique.

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Le rapport entre le magnétiseur et le sujet endormi rentre probablement clans la même catégorie de phénomènes. Mais je ne fais que mentionner ici cette question encore très obscure et très controversée et je renverrai le lecteur à ce que j'en ai dit dans mon livre sur le Somnambulisme provogué.

Faut-il rapprocher de ces faits ceux dans lesquels le rapport s'établit non seulement entre l'hypnotiseur et l'hypnotisé, mais encore entre ce dernier et un objet quelconque touché par l'hypnotiseur ou par une personne tierce avec laquelle le sujet aura été mis en rapport? Ces faits paraissent en effet démontrés, mais ils n'ont pas encore été soumis à une investigation rigoureuse et scientifique.

Cette sensibilité organique sympathique paraît, dans certains cas, pouvoir s'exercer à distance et on en tre là clans une catégorie de phénomènes plus difficiles encore à expliquer que les précédents. Cependant les faits de ce genre ne manquent pas et on en trouve une très grande quantité dans les recueils de médecine. Un certain nombre de ces faits peuvent s'expliquer par l'imitation et l'influence de l'imagination, ainsi quand la vue d'une saignée au pied fait éprouver au spectateur une douleur vive au môme endroit comme dans un cas cité par Mallebranche. Mais il en est d'autres qui ne peuvent s'interpréter de cette façon ; tels sont les faits observés par le comité du Mesmérisme de la Society for psychical research ; l'expérience consistait à pincer un sujet dans une certaine région du corps et le sujet sentant, séparé du premier de façon à ignorer la région touchée, désignait cette région d'après la douleur qu'il ressentait lui-môme; sur vingt-six expériences le résultat eut lieu vingt fois. Seulement là encore il peut y avoir tant de causes d'erreur que les expériences doivent être multipliées avant qu'on puisse en admettre absolument les résultats.

Sens de la pensée. — Dans quelle catégorie placer les cas dans lesquels le sujet entend intérieurement, soit à l'épigastre, soit clans la tête, des voix, noix intérieures, sans son et sans bruit? Les voix épigastriques se présentent surtout chez les aliénés; le caractère de ces voix est évidemment bien difficile à se figurer et à décrire; cependant les hallucinés qui les ressentent savent fort bien faire la distinction entre ces voix insonores, aphones qu'ils perçoivent à l'épigastre et les voix sonores qu'ils entendent dans leurs visions et qui leur arrivent avec les caractères ordinaires de la voix. Ce serait à ces voix épigastriques

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qu'on devrait le système de Varchée épigastrique imaginé par Van Helmont atteint d'hallucinations de ce genre.

Dans d'autres cas, les voix sefont entendre ou plu tût percevoir dans la tête, mais toujours avec le même caractère de voix insonore, de parole intérieure, muette; c'est une sorte de sens de la pensée, comme l'appelait une malade de Cliarenton dont l'histoire a été racontée par Baillarger. Quelquefois celte voix intérieure, cérébrale, répond aux questions mentales posées par le malade, de sorte qu'il semblerait y avoir deux personnalités distinctes. Ainsi Sandras, pendant une maladie, eut des hallucinations de ce genre; il prenait ses pensées et ses désirs pour des voix qui s'entretenaient mentalement avec lui-môme. Blake, le dessinateur et le poè te, évoquait ainsi les morts illustres et causait avec eux « d'âme à âme». Les voix intellectuelles des mystiques rentrent dans le môme ordre de faits.

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