LA DOULEUR. — QUELQUES TYPES DE DOULEUR
La douleur est la première sensation que l'homme éprouve à la naissance; au sortir de la vie psychique radimen taire et inconsciente dans laquelle il était plongé, le monde nouveau dans lequel il entre ne se révèle à lui que par la douleur. Il naît pour souffrir, et cette première souffrance n'est que le prélude de toutes celles qui vont suivre jusqu'à ce qu'il entre clans l'agonie ou dans la mort par une souffrance finale qui celle-là est bien définitivement la dernière. Bientôt cette première douleur s'apaise ; l'habitude émousse bien vite ce que les impressions extérieures avaient de rude et d'étrange pour le nouveau-né ; il s'endort, jusqu'à ce qu'une nouvelle sensation, celle de la faim, vienne le réveiller et inaugurer les relations multiples qui vont s'établir entre ses organes et le monde extérieur.
La douleur n'est pas l'apanage de l'homme. Tout ce qui vit et sent, souffre ; mais, chez les animaux inférieurs, la douleur paraît plus obtuse et moins vive ; on les voit supporter, sans signes évidents de souffrance, des blessures et des mutilations qui, chez les animaux supérieurs, détermineraient les manifestations les plus intenses et les plus violentes. Puis à mesure qu'on descend dans la série, l'aptitude à la douleur diminue, jusqu'à ce qu'on arrive à ces organismes dépourvus de système nerveux chez lesquels la douleur se réduit probablement à un sentiment plus ou moins vague de malaise qui mériterait à peine le nom de souffrance.
L'homme, le premier des êtres par l'intelligence en est aussi le premier par sa sensibilité à la douleur, et cette sensibilité ne fait que s'exagérer et que s'accroître avec les développements de son intelligence et les progrès de la civilisation.
On a essayé bien souvent de définir la douleur; mais toutes les définitions qu'on en adonnées sont mauvaises, les unes parce
qu'elles sont basées sur la nature môme et l'essence de la douleur, essence et nature qui nous sont inconnues, les autres parce qu'elles emploient sinon le mot lui-même de douleur, du moins un terme équivalent. Dire que la douleur est un sentiment pénible ou désagréable, c'est une phrase bonne tout au plus pour un dictionnaire, ce n'est pas une définition.
Dans cette question de la douleur je commencerai d'abord par le côté descriptif; j'étudierai les différents types de douleurs, leurs formes, leurs manifestations, puis j'essaierai, par l'analyse physiologique, de pénétrer plus profondément dans le sujet en recherchant le mode de production, les causes, les conditions organiques et autant que nous pouvons le savoir, la nature môme de la douleur.
Quelques types de douleurs. — Quelque pénible que soit cette étude, il me paraît utile de décrire quelques types de douleurs choisis dans l'infinie variété des douleurs humaines. Appelés tous à souffrir, il peut être bon de savoir ce que nous réserve cette vie et de considérer la réalité clans ce qu'elle a de plus terrible.
Une partie de ces douleurs, non pas toutes il est vrai, vient de nous-mêmes, de nos erreurs, de nos passions, de nos vices, de nos habitudes et s'il en est que nous tenons de l'organisation qui nous a été léguée par nos ascendants et sur lesquelles nous ne pouvons rien, il en est par contre que nous ne devons qu'à nous-môme et qu'une hygiène mieux entendue eût pu nous éviter. N'oublions pas du reste que les générations futures seront ce que nous les ferons et qu'elles paieront nos fautes comme nous payons celles des générations qui nous ont précédées.
Il est peut-être utile d'arracher, ne fût-ce qu'un instant, le lecteur au courant de la vie ordinaire, à ses occupations, à ses plaisirs pour lui montrer, dans les ombres de l'avenir, le spectre de la douleur avec lequel il aura un jour ou l'autre à lutter, afin qu'il s'arme d'avance et puisse se préparer au combat.
C'est une sorte de visite d'hôpital que je propose au lecteur. S'il se sent le cœur trop faible, si le courage lui manque, qu'il passe ce chapitre. Mais je l'engage à le lire, il faut savoir regarder en face la douleur.
Ici c'est une femme en proie à une névralgie faciale violente. Elle est dans l'obscurité, car la moindre lumière réveille et exaspère ses douleurs; il en est de môme du plus léger bruit, du