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ses yeux prennent une expression indicible de terreur; ses traits représentent L'horreur dans ce qu'elle a de plus effrayant; ses membres se raidissent ; ses mâchoires se serrent et se contractent ; une bave écumeuse s'écoule de ses lèvres; sa gorge et sa poitrine sont le siège d'une conslriction, d'un véritable étranglement; La respiration est comme suspendue; la suffocation est imminente ; l'angoisse respiratoire est à son comble. En môme temps l'exaltation nerveuse arrive au plus haut degré d'intensité; le plus faible bruit, une lueur, un souffle d'air exaspèrent tous les accidents ; tout révèle l'extrême excitabilité des centres nerveux; les sens acquièrent une acuité de perception incroyable. Quelquefois des transports qu'il ne peut maîtriser, des accès de fureur aveugle changent l'homme en une véritable bête brute, vociférante et hurlante, cherchant à mordre et se mordant ellemême, se débattant dans des attaques de rage furieuse en poussant des cris rauques qui ressemblent à des aboiements ; scène horrible qui glace de terreur les assistants. Dans les intervalles que laissent les accès de suffocation ou les transports de rage , c'est par une sensibilité exagérée que se traduit l'hyperexcitabilité cérébrale ; les malades prodiguent les marques de tendresse à ceux qui les entourent ; ils font les adieux les plus touchants à leurs parents; ils leur expriment tous les regrets de les quitter par des paroles remplies d'élévation et de sentiment qui rendent la scène encore plus déchirante pour les assistants que les crises furieuses qui la précédaient.
Voici un accès de suffocation. Le malade est assis sur son lit en proie à l'anxiété la plus vive; les mains se fixent aux genoux pour donner un point d'appui aux muscles inspirateurs ; les épaules sont soulevées; à chaque respiration la tête se renverse en arrière et la bouche s'ouvre comme pour boire l'air qui lui manque ; les narines se dilatent, les yeux, largement ouverts, sont saillants et un peu humides ; la face est pâle, les lèvres bleuâtres ; la chemise entr'ouverte laisse voir les côtes qui font saillie et la base du cou qui se creuse au-dessus des clavicules à chaque inspiration. Mais, malgré l'expression anxieuse de la face, ce n'est là encore que l'accès léger de suffocation. Voilà l'accès intense, violent. La poitrine est immobile et comme comprimée dans un é tau; les espaces intercostaux, les creux sus-claviculaires , le creux épigastrique s'enfoncent sous l'effort inutile d'une respiralion qui ne peut se faire; les muscles sterno-mastoïdiens font saillie comme deux cordes de chaque côté du cou; le tête se renverse violemment en arrière dans une extension forcée; la
mâchoire inférieure s'abaisse convulsivement à chaque respiration ; les mains se portent an cou comme pour enlever l'obslacli' qui l'étrangle ; d'autres fois les malades se cramponnent aux objets voisins ou s'accrochent aux mains du médecin qui assiste impuissant à cette lutte contre la mort; la respiration est sifflante, un râle rauque, un cri inarticulé, cri d'angoisse et de supplication, sort par instants avec effort de cette poitrine immobile ; les yeux fixes, larmoyants, semblent sortir de leurs orbites ; les prunelles dilatées expriment la souffrance et l'épouvante; les lèvres bleuissent; la face prend une teinte livide; les veines du cou, gonflées et bleuâtres, font saillie sous la peau ; le cœur bat avec violence, une sueur froide couvre le corps ; les extrémités se refroidissent, l'angoisse respiratoire est à son comble ; les bras battent désespérément le vide ; les membres se raidissent ; le pouls s'affaiblit et disparaît. C'est la mort! C'est la mort, soit par une syncope qui met fin brusquement à cette agonie,' soit par l'asphyxie qui termine plus lentement et d'une façon épouvantable cette épouvantable scène. A moins qu'une détente ne se produise qui rétablit tout dans l'ordre jusqu'à ce qu'un nouvel accès, que le malade attend toujours et sous le coup duquel il vivra désormais, vienne achever définitivement sa misérable existence.
Ces tableaux des douleurs humaines que je n'ai pas exagérées, pourraient être multipliés. Mais il nous faut maintenant analyser ces phénomènes, chercher les parties constituantes de cet ensemble, étudier en un mot les éléments simples etles variétés de la douleur.