DOULEURS MÉCANIQUES 1M
en certains points (points douloureux) au niveau desquels La pression est très douloureuse. D'autres fois la sensation est moins fine, moins aiguë; il semble que ce qui traverse nos tissus soit plus gros, plus volumineux, ainsi dans la sensation de clou qu'on observe dans certaines douleurs de tête chez les hystériques. A cette sensation de pointe, de clou, de pénétration simple (douleur perforante), s'ajoute parfois une sensation spéciale comme si une vrille ou une tarière pénétrait dans le crâne ou dans le dos (douleurs téréhrantes). La rapidité de ces sensations douloureuses varie aussi beaucoup ; les unes sont presque instantanées et tellement rapides qu'on les a comparées à l'étincelle électrique ou aux éclairs (douleurs fulgurantes) ; d'autres sont persistantes, comme le clou hystérique. Au lieu de sensations d'aiguilles, de pénétration simple, on peut avoir, mais beaucoup plus rarement des sensations de coupures, comme de section par un instrument tranchant. D'autres fois, ce sont des sensations de déchirement, comme si quelque chose mettait nos tissus en lambeaux. Dans certains cas, il semble qu'un coin s'enfonce dans les chairs, et les écarte; cette sensation de coin, d'éclatement, se voit dans quelques céphalalgies ; il me semble que ma tête va éclater, disent les malades ; les douleurs dites conquassantes de la dernière période de l'accouchement appartiennent à cette catégorie. Enfin, au terme de cette triste énumération, se trouvent les douleurs dans lesquelles nous nous sentons rongés, dévorés, comme par un liquide caustique ou les morsures d'un animal féroce; telles sont les douleurs corrosives, rongeantes de certains ulcères de la face et du cancer.
Les douleurs pulsatives sont en rapport avec les battements des artères. A l'état ordinaire nous n'avons aucune sensation qui corresponde à ces battements; mais dès qu'une partie s'enflamme, les nerfs de celle partie deviennent plus sensibles et les battements des artérioles dilatées et gorgées de sang déterminent des douleurs ; c'est ce qu'on ressent par exemple dans un panaris, surtout quand on laisse le bras pendre le long du corps. Il n'est même pas besoin que les parties soient enflammées ; il suffit que les nerfs soient hyperesthésiés et les artères plus volumineuses pour que leurs pulsations deviennent douloureuses, comme dans la migraine. Les palpila lions peuvent être rangées aussi dans cette catégorie de douleurs, quoiqu'il s'y ajoute, dans beaucoup de cas, des sensations spéciales dues aux contractions violentes du muscle cardiaque lui-même.
Douleurs thermiques.
Les sensations de chaleur n'atteignent que rarement l'intensité des sensations douloureuses précédentes. A l'état le plus faible, ce sont de simples bouffées de chaleur, telles que ces chaleurs qui montent parfois au visage et ne durent qu'un instant. Elles peuvent, du reste, être superficielles et presque exclusivement localisées à la peau ou pénétrer plus ou moins dans la profondeur. C'est à peine si l'on peut donner le nom de douleurs à des sensations si fugaces et si légères et, pour quelques-unes môme, ces sensations mériteraient le nom d'agréables, quand elles accompagnent par exemple un certain degré d'excitation cérébrale, comme celui qui suit un dîner fin en agréable compagnie. A un degré de plus, ce sont des flammes, des chaleurs intenses qui vous parcourent et la sensation devient alors réellement pénible ; ces sensations de chaleur se présentent quelquefois sous la forme de nappes d'eau, s'étalant sur certaines régions de la peau ou de courants d'eau chaude circulant dans diverses parties du corps. Quand la sensation de brûlure apparaît, la douleur peut devenir très vive (causalgie). Ces sensations de brûlure se rencontrent dans beaucoup de névralgies; elles peuvent aussi affecter certains organes, comme l'estomac, en produisant des douleurs spéciales caractéristiques connues sous le nom de fer chaud, de pyrosis.
Les sensations de froid présentent les mêmes transitions, depuis la sensation légère de refroidissement, qui fait passer un un petit frisson entre cuir et chair, jusqu'à la sensation de froid qui envahit tout l'organisme au début de certaines maladies graves. On retrouve là les mômes sensations de nappes d'eau froide ou de courants d'eau froide ; c'est comme si je recevais une douche d'eau glacée, comme si j'étais dans l'eau froide, disent les malades. Le degré le plus extrême se rencontre dans la sensation si pénible de froid intérieur de la fièvre algide, du choléra, de l'agonie. Le frisson, tel qu'il se voit dans la fièvre, l'horripilation (chair de poule), sont les manifestations musculaires des muscles lisses de la peau et des poils, déterminées par ces sensations de froid auxquelles elles ajoutent probablement des sensations musculaires spéciales. Dans les degrés plus intenses, les muscles volontaires et les muscles du squelette interviennent aussi comme le prouvent le claquement des dents et le tremblement généralisé.
Les sensations prurigineuses forment un groupe à part que je
MALAISES xo°
rapproche cependant des sensations thermiques à cause de l'ardeur et de La cuisson qui représentent le premier degré du prurit ou qui accompagnent souvent ce prurit. Ces sensations prurigineuses existent surtout dans les maladies de la peau, mais on les rencontre aussi dans les irritations nerveuses, dans certains états du sang, comme la jaunisse, le diabète ou dans quelques empoisonnements (morphine, aconitine, etc.). L'ardeur n'est qu'une sensation légère de brûlure sèche; à un degré plus intense, on a la cuisson, dans laquelle on éprouve déjà le besoin de frotter les parties qui sont le siège de la sensation ; la démangeaison, et surtout le prurit sont accompagnés d'un besoin irrésistible de se gratter. Quand le prurit atteint une certaine intensité, comme dans le prurigo, par exemple, les malades ne se contentent pas de se gratter avec leurs ongles, ils emploient les corps étrangers les plus durs et les plus rugueux et ce n'est quaprès des déchirures et des écorchures profondes que le prurit parvient un peu à se calmer.
Malaises.
J'appellerai malaises des sensations plus complexes et d'un caractère plus général que les précédentes. Ces malaises sont cependant susceptibles, dans une certaine mesure, sinon d'une localisation bien précise, du moins d'une détermination vers un grand système ou un grand appareil organique. En outre, à ces sensations s'ajoute une sorte de sentiment général qui semble sortir des profondeurs mômes de l'être; nous avons comme l'intuition que la vie est atteinte dans ses sources les plus intimes ; enfin, des états émotionnels, tristesse, découragement, crainte de la mort, et hors de toute proportion avec les douleurs éprouvées se mélangent à ces sensations de malaises et leur impriment un caractère tout particulier et indéfinissable.
Dans le premier groupe, se trouvent les états dans lesquels la dominante est une sorte de sensation dévide, de faiblesse. Cette sensation de vide se rencontre surtout dans certaines formes de douleurs de tete ; j'ai la tête vide, je n'ai plus rien dans la tôte, vous disent les malades. D'autres fois c'est une sorte de langueur, qui parfois n'est pas sans charme; ainsi, dans la convalescence des maladies graves, après des douleurs intenses morales ou physiques, après les rapports sexuels, état de langueur qui a été fréquemment décrit par les poètes et les romanciers. Quand cette langueur est plus accentuée, c'est un état de faiblesse
générale dans lequel la souffrance est encore à peine sensible ; mais en augmentant, on arrive aux défaillances et aux sensations qui précèdent l'imminence de la syncope ou à ce qu'on peut appeler Vêlai syncopal.
Les vertiges forment une deuxième catégorie de malaises qui se rapprochent du groupe précédent, mais qui s'en distinguent par l'addition de sensations musculaires, de tournoiement, de rotation, de perte de l'équilibre, depuis le simple étourdissement passager jusqu'au vertige le plus intense.
Un troisième groupe de malaises est consLituc parles malaises dans lesquels des sensations précordiales se joignentâla sensation générale de malaise. Dans un premier degré, c'est une simple anxiété ; non seulement on ne se sent pas bien, mais on éprouve à la région du cœur une sensation indéfinissable, plutôt pénible que réellement douloureuse, avec un peu de gône de la respiration; il y a, déplus, de la tristesse, des craintes vagues, une appréhension on ne sait de quoi, enfin tout un cortège d'émotions morales déprimantes. Un degré de plus, ce n'est plus de l'anxiété, c'est de l'angoisse ; le malaise général augmente ; la région précordiale est comme le siège d'un poids ; l'oppression est intense ; des sensations étranges, dont on ne peut se rendre compte, élreignentle cœur et serrent la poitrine ; on sent l'organisme atteint dans les profondeurs de l'être ; des terreurs s'emparent de vous malgré tous les efforts qu'on fait pour se maîtriser; des idées lugubres, des pressentiments funèbres traversent l'esprit ; on sent la mort qui passe près de vous ; on est dans une attente anxieuse, comme sous le coup d'une épouvantable catastrophe ; tous ces phénomènes s'aggravent et s'exaspèrent dans la nuit, et si cet état continue, des frissons, des sueurs froides, des vertiges s'ajoutent aux symptômes primitifs et en accroissent l'horreur, et si le retour au bien-être ne se fait pas peu à peu, une syncope, un accès de suffocation et la mort viennent bientôt mettre fin à celte scène douloureuse.
Je classe clans le groupe suivant les malaises dans lesquels domine une certaine hyperexcitabilité nerveuse et dont le meilleur type se trouve dans le malaise de l'insomnie. Les termes ' inquiétude, impatience, agacement, me paraissent en rendre assez bien les degrés et les variétés. Dans le premier degré ou l'inquiétude générale, le besoin de changer de place, l'impossibilité de rester dans la même situation, sont le symptôme dominant; j'ai des inquiétudes dans les jambes, dit-on vulgairement. Plus intense, cet état devient un véritable malaise qu'on remar-