MALAISES
que souvent au début de certaines maladies, principalement chez les enfants et les femmes nerveuses ; ils ne sont bien nulle part, ne savent ni ce qu'ils veulent ni ou ils veulent aller ; ils commencent une occupation qu'ils abandonnent immédiatement pour en reprendre une autre qu'ils abandonneront tout à l'heure. A un degré plus avancé, à l'inquiétude s'ajoute l'impatience ; aux: phénomènes de mouvement, s'ajoutent des phénomènes d'ordre sensitif et psychique; tout les contrarie et les agite; mécontents des autres et d'eux-mêmes, ils boudent, pleurent, se mettent en colère pour les motifs les plus futiles ; puis l'agacement arrive; tout les exaspère; les mille riens de la vie ordinaire prennent pour eux des proportions extraordinaires; l'agitation musculaire augmente; dans les degrés les plus avancés, cette agitation est continuelle et devient impossible à calmer; les mouvements désordonnés et précipités, des paroles sans trêve et quelquefois sans suite, un délire continuel d'actes, de paroles et de pensées, tout révèle une sorte d'effarement cérébral qui touche de près à la folie ; cet état se rencontre souvent chez les individus qui sont à la veille de commettre une tentative de suicide ou après leur tentative, chez les monomanes avant l'acte auquel les pousse leur impulsion délirante, ou dans les jours qui précèdent l'explosion de l'aliénation mentale.
Chez certains sujets nerveux c'est un état presque habituel, et qui chez eux est presque normal; ce sont, comme on dit, des agités. Mais dans la plupart des cas, c'est un état temporaire très pénible dont les sujets ont eux-mêmes conscience et qu'ils déplorent, et dont malheureusement la guérison est très difficile.
Dans un dernier groupe de malaises se trouvent ceux dans lesquels le système musculaire de la vie de relation est principalement atteint. Le degré le plus simple en est représenté par la fatigue ordinaire, telle que celle qu'on ressent après une longue marche ou une nuit sans sommeil. Cette fatigue générale prend le nom de courbature, de brisement quand, à la sensation un peu vague de fatigue, s'ajoutent des sensations douloureuses des muscles ; de lassitude quand la fatigue est très grande. L'abattement, l'accablement sont des degrés encore plus in tenses. Dans la prostration, l'épuisement, l'état de fatigue musculaire et de faiblesse générale est porté encore plus loin, ainsi dans les fièvres graves ou après de longues maladies. Enfin, dans l'anéantissement, toutes les fonctions de l'organisme paraissent abolies; tout mouvement est a peu près impossible ; on n'a môme pas la force de penser ; c'est à peine si les fonctions végétatives conti-
nuent ; on ne souffre môme pas, car la sensibilité est profondément atteinte comme tontes les autres fonctions. Cet anéantissement se rencontre quelquefois après les douleurs intenses et inattendues, douleurs morales et douleurs physiques; après les grandes opérations ou les grandes blessures (choc chirurgical); il y a là un ébranlement général de l'organisme dont il ne se remet quelquefois qu'à grand'peine.
Douleurs spéciales.
Quoique certains auteurs prétendent qu'il n'y a pas de douleurs correspondant aux sens spéciaux, il me semble difficile de les nier et il suffit, pour être convaincu de leur existence, de se reporter aux hyperesthésies sensorielles , telles qu'on les observe dans certains états nerveux , dans l'accès de rage, par exemple. Tous les médecins connaissent ces états dans lesquels le moindre bruit, le froissement d'un papier, le bruit d'une porte qu'on ferme, d'un pas môme léger sur un parquet deviennent insupportables aux malades, où la lumière la plus faible, où le moindre contact causent des douleurs intolérables. Mais sans aller aussi loin, n'est-ce pas une douleur réelle qu'une odeur fétide, une saveur trop amère, un bruit aigre ou discordant, une dissonance musicale? Il me paraît donc juste de faire un groupe à part des douleurs caractérisées par des sensations excessives (hyperesthésies) ou perverties (dysesthésies) * des sens spéciaux.
Les douleurs correspondant aux besoins, comme celles de la faim, de la soif, etc., sont toujours très complexes comme ces besoins eux-mômes et il y entre à la fois un grand nombre de sensations simples dont les éléments se retrouvent dans les groupes précédents. Ces sensations douloureuses ont du reste déjà été étudiées avec les besoins.