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CHAPITRE XIX

LA DOULEUR (suite). — EXTENSION ET PROPAGATION DE LA DOULEUR. — RÉSISTANCE A LA DOULEUR. — EXPRESSION ET MANIFESTATIONS DE LA DOULEUR.

La douleur appelle la douleur, dans le temps comme dans l'espace. Dans le temps, les douleurs se répètent et tendent à reparaître; elles passent à l'état d'habitude; dans l'espace, ces douleurs gagnent, s'irradient, se répercutent, envahissant peu à peu des parties de plus en plus étendues de l'organisme.

On pourrait presque poser en règle générale que l'organisme qui a souffert souffrira, non seulement parce que bien souvent les causes qui ont amené la douleur persistent encore ; mais parce qu'il y a dans le système nerveux une tendance à la répétition des mômes actes, comme on le voit par l'intermittence et la périodicité des névralgies.

L'extension de la douleur se fait de plusieurs façons. Tantôt, comme on le voit dans beaucoup de névralgies, la propagation se fait dans la direction môme des nerfs ; ainsi une névralgie limitée à un seul filet nerveux peut s'étendre peu à peu aux autres filets du môme nerf, se propager de ce nerf aux autres troncs du môme plexus et gagner les plexus voisins. Dans ces cas la propagation s'explique facilement par la continuité du tissu nerveux.

Cette propagation se fait quelquefois à distance et est alors plus difficilement explicable ; c'est ainsi qu'on voit des névralgies passer d'un côté à l'autre du corps (névralgies alternantes, névralr/ies migratrices), d'un nerf à un autre nerf ou à un plexus éloignés. Persons cite deux cas de névralgie brachiale consécutive à une névralgie dentaire et que guérit l'extraction de la dent cariée ; des névralgies viscérales peuvent donner naissance à des névralgies cutanées; c'est à ces névralgies qu'on a donné le nom de névralgies réflexes, en supposant que la transmission se faisait par l'intermédiaire des centres nerveux. Parmi ces

douleurs réflexes ou sympathiques, il en est quelques-unes qui sont remarquables par leur constance et qui sont assez difficilement explicables. Telles sont la douleur de l'épaule droite dans la colique hépatique, celles du genou dans l'inflammation de la hanche et d'autres encore bien connues des médecins.

De Fromentel et après lui Kowalesky ont, dans ces derniers temps, appelé l'attention des physiologistes sur une forme particulière de sympathies douloureuses ou synalgies. En irritant mécaniquement (piqûre, grattement, etc.), un petit bouton de la peau (hypertrophie d'un follicule pileux) quelques personnes éprouvent une douleur lancinante dans un point éloigné. Les rapports des points excités et des points sympathiques sont assez stables chez les différents individus et de Fromentel a pu, d'après les observations qu'il a faites sur un certain nombre de sujets, dresser un tableau de ces points sympathiques associés. C'est à ces douleurs que Gubler avait donné le nom de douleurs en écho ou répercutées. La sensation sympathique est comme l'écho de la sensation locale initiale.

Comment interpréter ces faits ? La transmission se fait-elle par la moelle, par le cerveau? Y a-t-il contiguïté des centres sensitifs récepteurs des deux impressions si éloignées l'une de l'autre à la périphérie ? On pourra consulter sur ce point le travail de H. de Fromentel sur les Synalgies et les Synesthésies.

En outre de ces irradiations soitrapprochées, soit éloignées de la douleur, il y a ce qu'on peut appeler Xirradiation locale. C'est avec l'électricité, comme le fait remarquer Richet, qu'on peut en donner la preuve la plus claire. Si on électrise la peau avec des rhéophores terminés en pointe, il semble qu'autour de chaque pointe il y ait une zone douloureuse dont la grandeur augmente à mesure qu'on augmente l'intensité du courant. On pourrait, il est vrai, l'attribuer dans ce cas, à la diffusion plus ou moins étendue du courant. Mais il faut remarquer cependant que cette zone douloureuse existe- aussi dans presque toutes les catégories de douleurs qui présentent une certaine fixité.

Résistance à la douleur. — Nous sommes mieux organisés pour la douleur que pour le plaisir. On peut résister à la souffrance et se raidir contre la douleur ; mais la limite est bien vite atteinte et la résolution la plus stoïque finit toujours par céder ; il est des tortures physiques auxquelles on ne résiste pas dès qu'elles atteignent une certaine intensité ou qu'elles durent un certain temps. J'ai vu souvent, et tous les médecins militaires

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