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RÉSISTANCE A LA DOULEUR

ont pu observer des ci s semblables, des hommes d'un courage éprouvé devenir en quelques jours, à la suite d'une blessure ou d'une opération graves, d'une pusillanimité dont on ne saurait se faire une idée.

La résistance à la douleur est très variable suivant les individus, l'âge, le sexe, la race et beaucoup d'autres conditions. Elle est en général beaucoup plus faible chez les enfants et chez les femmes quoiqu'on puisse rencontrer souvent chez ces dernières des exemples remarquables de courage physique. Ainsi Richet mentionne le cas d'une femme à qui l'on fit la résection du maxillaire supérieur et qui, 'pendant l'opération qui dura près d'une heure, ne fit entendre ni un cri, ni une plainte. Au contraire certains individus sont d'une sensibilité à la douleur qui dépasse toute limite. Tous les chirurgiens connaissent l'histoire du calculeux de Desault ; celui-ci ayant fait avec l'ongle le simulacre de la première incision nécessaire pour la taille, le malade fut tellement impressionné de ce qu'il croyait être l'opération elle-même, qu'il fut pris d'un tremblement nerveux dont la mort fut le résultat. Chez d'autres sujets, par contre, la sensibilité physique est tellement obtuse que la douleur n'a pour ainsi dire presque pas de prise sur eux. Ils sont de la catégorie de ces gens qu'il faut écorcher pour les chatouiller, suivant l'expression de Montesquieu. C'est le cas des hommes du Nord qui supportent les opérations et les traumatismes beaucoup mieux que les Méridionaux, et Brown-Séquard a observé la môme immunité chez les hommes du nouveau monde. Cet endurcissement physique se rencontre souvent chez les ouvriers, les paysans, les montagnards, les gens habitués aux travaux manuels, rompus à la fatigue et chez lesquels l'excitabilité nerveuse est réduite au minimum. A l'autre extrémité de l'échelle se trouvent ces organisations délicates, produits factices de notre civilisation raffinée et de notre vie à outrance, chez lesquelles le système nerveux surexcité vibre à la plus légère impression. Chez ces victimes du nervosisme et de l'hystérie, la douleur la plus faible s'exaspère bien vite et acquiert rapidement une acuité et une violence redoutables.

Les mômes différences se remarquent chez les animaux ; certaines races de chiens, de chevaux sont beaucoup plus sensibles que d'autres et ces différences ont été notées par les physiologistes et les vétérinaires ; tous les vivisecteurs savent que les grenouilles d'bi ver sont plus résistantes que les grenouilles d'été.

La résistance à la douleur ne se compose pas seulement d'in-

sensibilité physique ; il faut aussi y faire entrer, pour une large pari;, les influences morales. On connaît le mot du stoïcien sur la douleur ; mais dans ce stoïcisme il y avait beaucoup d'affeclation. Le vrai courage ne consiste pas à nier la douleur, mais à la subir avec calme et sans fanfaronnade. Les hommes qui possèdent ce vrai courage, qui sont doués d'une énergie morale réelle, échappent aux effets psychologiques de la douleur et à la dépression qui la suit. Il n'en est pas de môme de la simple résignation, telle qu'on l'observe, par exemple chez les femmes, les femmes dévotes surtout ; l'effort qu'elles font pour supporter sans faiblir la douleur d'une opération ou d'un traumatisme est souvent suivi d'une réaction funeste.

Certains états cérébraux peuvent abolir la douleur ou en atténuer l'intensité. Une forte contention d'esprit, la recherche d'un problème scientifique par exemple, parviennent quelquefois, et je l'ai éprouvé moi-môme, à faire disparaître une névralgie. Une émotion morale violente, la passion, produisent le môme effet encore plus sûrement. Un mélancolique atteint de cancer de l'estomac dont les douleurs l'empêchaient de manger ne sentait plus ses souffrances et pouvait s'alimenter quand ses accès de mélancolie le prenaient. Il arrive souvent dans les batailles, dans le feu de l'action, que les soldats atteints par une balle ne sentent pas leur blessure. Larrey raconte qu'un soldat ayant la cuisse emportée par un boulet, tomba par terre et s'imagina qu'il avait mis le pied dans un trou. On trouve dans Weir-Mitchell le cas d'un charpentier blessé à la bataille de Bull-Run pendant qu'il chargeait son fusil; la balle lui déchira au niveau du coude le médian et le cubital ; il crut simplement qu'un camarade venait de le frapper par plaisanterie. L'insensibilité des sorciers, des fakirs et des joguis de l'Inde, des aissaouas, des Indiens attachés au poteau de guerre est due en grande partie à l'état d'exaltation morale dans lequel ils se trouvent. C'est cette exaltation, cet enthousiasme, poussé parfois jusqu'à l'extase, qui donnait aux martyrs chrétiens, aux victimes de l'Inquisition le courage de supporter les plus épouvantables tortures. Dans l'extase en effet, qu'on a encore quelquefois l'occasion d'observer chez les hystériques, l'insensibilité physique est absolue et peut porter môme jusque sur les muqueuses.

Celte insensibilité à la douleur se retrouve dans un grand nombre de formes de l'aliénation mentale, dans la période d'excitation de la manie, dans la stupidité, dans la lypémanie, dans la démence paralytique. On voit des aliénés insensibles

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