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MANIFESTATIONS DE LA DOUEEUH

les malades, et tous les médecins en ont fait l'expérience. Dans ses él ises de douleur, provoquées par un cancer, Anne d'Autriche suffoquait quand elle se retenait de crier. Le caractère de la niahifestation laryngienne est en grande partie en rapport avec le caractère de la douleur. Dans les douleurs continues qui ont épuisé les malades, dans certaines céphalalgies, comme les céphalalgies opiniâtres de l'anémie, c'est un cri doux et plaintif, une sorte de gémissement pénétrant qui revient régulièrement avec une monotonie navrante et qu'entrecoupent de temps en temps des plaintes plus vives arrachées par l'exaspération de la douleur. Dans les élancements névralgiques c'est un cri suraigu, violent, déchirant qui vous pénètre dans la profondeur de votre être et révèle toute l'acuité et l'instantanéité de la souffrance. Le soupir, le sanglot, appartiennent plutôt à la douleur morale ou suivent les accès intenses de douleur physique. Dans les douleurs de l'accouchement, dans les douleurs internes analogues, ce sont des cris prolongés, augmentant peu à peu de violence et d'acuité, puis cessant brusquement ou s'éteignant par saccades. Dans les douleurs des opérations, des blessures, ce sont des cris rauques, entrecoupés de gémissements sourds, des hurlements qui parfois dégénèrent en vrais rugissements de douleur ; la respiration est haletante et s'accompagne d'un sifflement caractéristique.

La parole vient s'ajouter au cri et en accentue encore les diverses manifestations; exclamations, invocations, lamentations, prières, supplications, phrases entrecoupées, menaces, imprécations, blasphèmes, toute la gamme de l'expression verbale et parlée est mise à contribution dans la douleur.

Les mouvements du corps et des membres suivent la même progression et leur violence est en rapport avec l'intensité de la douleur; on serre les poings, on lève les mains au ciel, on se tord les bras ou on les agite désespérément ; on frappe du pied le sol, on trépigne ; tantôt on reste immobile, et la douleur ne se révèle que par l'expression de la face et la respiration convulsive. D'autres fois, on ne peut rester en place, et on va et vient dans une agitation qui ne fait que croître à mesure que la douleur augmente. Bientôt, des phénomènes spasmodiques apparaissent et de véritables attaques d'hystérie ou des accès épileptiformes peuvent suivre des douleurs intenses et trop prolongées. C'est surtout chez les enfants et les femmes, êtres plus délicats et plus impressionnables que ces phénomènes peuvent s'observer avec toute leur violence.

19g LES SENSATIONS INTERNES

Les muscles lisses de la vie organique ne réagissent, pas moins à la douleur que les muscles de la vie de relation. On a déjà vu plus haut la dilatation de la pupille qui se remarque au moment de l'accès de douleur. Mosso a constaté que la vessie se contractait à chaque excitation sensitive et cet organe constituerait, d'après lui, un des réactifs les plus délicats de la sensibilité. La douleur peut provoquer aussi des vomissements et de la diarrhée, et il est probable que si l'on étudiait dans cette direction les autres muscles lisses, on arriverait à des résultats analogues.

Le rythme du cœur est profondément troublé; tantôt il est ralenti, et dans les douleurs intenses ce ralentissement peut aller jusqu'à la syncope, syncope rarement mortelle ; tantôt au contraire c'est une accélération qui se traduit par des battements précipités et irréguliers. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier le mécanisme de cette action cardiaque et je ne puis que renvoyer aux travaux des physiologistes qui se sont occupés de ces questions. La respiration est altérée dans son rythme, quelquefois ralentie ou môme arrêtée, d'autrefois accélérée et haletante.

La température du corps s'abaisse, et cet abaissement est facile à constater chez les malades dans une crise de douleur sans même avoir besoin du thermomètre, et en plaçant simplement la main sur les extrémités. Cet abaissement est immédiat et se prolonge après la cessation de la douleur (1). Il n'existe pas du reste quand la douleur s'accompagne de mouvements violents et de convulsions, car dans ce cas il est compensé et au-delà par réchauffement que produit la contraction musculaire.

La plupart des sécrétions, d'après Mantegazza, sont ralenties ou môme arrêtées dans les douleurs très intenses. Cependant le fait n'est pas général, comme le prouvent les larmes qui sont souvent sécrétées en abondance, surtout chez les femmes et les enfants. Je ferai cependant remarquer que dans l'extrême douleur, il arrive souvent au contraire que les yeux restent secs. On a vu d'autre part que la sueur, la diarrhée, peuvent aussi accompagner la douleur. Toutes les fonctions de nutrition en éprouvent du reste le contre coup, et surtout dans les douleurs prolongées, comme celles des affections chroniques, la nutrition générale peut être profondément altérée, ne fût-ce que par l'insomnie

(1) Dans les expériences sur les animaux, il ne faut pas oublier que le seul fait d'attacher un animal sur la planchette d'opérations suffit pour abaisser sa température.

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