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ÉVOLUTION DE LA DOULEUB

rien, soit des bruits maternels, soit des bruits fœtaux, soit des bruits extérieurs et que les sensations auditives ne se présentent chez lui qu'après la naissance. Il en est certainement de même de l'olfaction ; en admettant même que des substances odorantes arrivent dans l'eau de l'amnios, ce ne serait jamais qu'en quantité trop faible pour impressionner l'organe olfactif; il n'est pas h supposer que l'odeur un peu fade du liquide amniotique puisse donner lieu à quelque sensation chez le fœtus.

Par contre, les sensations gustatives pourraient exister dans la vie intra-utérine; l'eau de l'amnios, que le fœtus déglutit, renferme des substances salées et l'urine fœtale qui s'y mélange contient aussi des principes amers et acides, mais ils s'y trouvent en si faible proportion qu'ils ne peuvent déterminer de sensations appréciables. Les chocs extérieurs violents peuvent aussi influencer le fœtus à travers les parois abdominales e t utérines, mais ces excitations, dans les conditions ordinaires, sont tout à fait accidentelles. En somme, il est à peu près certain que, pendant toute la vie intra-utérine, les sensations du fœtus sont réduites presque à zéro et que rien ne vient troubler son sommeil. Il y a peut-être cependant quelques sensations vagues, obscures, indistinctes, répondant, dans certaines conditions de l'organisme maternel, à ce que nous appelons faim et besoin d'oxygène, mais ces premiers besoins, qui sont aussi les premières douleurs, doivent être tellement peu définis qu'il est à peine utile d'en parler.

Mais si le fœtus n'a aucune sensation dans les conditions normales, il ne s'ensuit pas qu'il ne puisse en avoir, quand il se trouve dans certaines conditions déterminées. C'est ainsi que les fœtus de lapin et de cobaye venus avant terme réagissent par des mouvements et des signes de douleur aux excitations cutanées, piqûres, chocs d'induction; les enfants nés avant terme, au septième ou huitième mois, distinguent la clarté des ténèbres et dirigent leur tête vers la lumière ; les mouvements différents qu'ils présentent suivant qu'on met clans leur bouche une solution sucrée ou amôre (quinine) prouvent qu'ils perçoivent les saveurs et qu'ils ressentent du plaisir dans le premier cas, du dégoût dans le second; l'odeur de Passa fœtida produit de môme chez eux des indices évidents d'une sensation désagréable.

De suite après la naissance, les conditions d'existence sont brusquement changées. Le fœtus, soumis jusque-là à une près-

sion uniformément répartie par l'eau de Tamnios à la surface de son corps, subit des pressions violentes et irrégulières au moment de l'expulsion; la température uniforme l'ait place aune variation subite et ordinairement a une réfrigération ; l'œil sort de l'obscurité pour recevoir des impressions lumineuses vives; l'oreille est la dernière affectée, car les expériences de Preyer sur le nouveau-né ont montré que les impressions auditives ne sont ressenties que dix-neuf minutes environ après la naissance. Quoiqu'il en soit, toute impression, doit, cbez lui, produire de la douleur ou au moins une sensation désagréable. La douleur est en réalité à l'origine de toute sensation.

Les expériences directes sur les nouveau-nés prouvent d'une façon certaine qu'ils sont aptes à ressentir la douleur et le plaisir. Les lapins à terme crient et donnent des signes de douleur quand on pique la peau, qu'on la brûle ou qu'on l'excite par des chocs d'induction ; les cobayes nouveau-nés fuient la lumière qui semble leur être désagréable, et cherchent à se réfugier dans les coins obscurs ; les substances amères, l'assa-fœtida, leur inspirent des signes évidents de dégoût, tandis que les substances sucrées déterminent des mouvements de succion et de déglutition, et toute une mimique significative qui indique le plaisir; il en est de môme de l'action exercée par une température modérée sur les lapins nouveau-nés.

La douleur et le plaisir sont donc primitivement le fond de toute sensation chez le nouveau-né. Il ne connaît évidemment d'abord que deux modes de sentir, le malaise et le bien-être, la douleur et le plaisir, ce dernier plus vague encore et plus indéterminé que la douleur. Mais bientôt l'habitude exerce son influence, les sensations de douleur s'émoussent rapidement, et peu à peu émerge et se dégage de ce brouillard sensitif, si je puis m'exprimer ainsi, la sensation elle-même, d'abord indistincte, à peine indiquée, puis de plus en plus nette, se spécialisant et se précisant par l'exercice, établissant ainsi et multipliant les relations du nouveau-né avec le monde extérieur. C'est ainsi que se constitue che'z lui le matériel de l'intelligence. A mesure que se développe ainsi son activité sensi tive, l'élément, douleur ou plaisir, qui était, à l'origine, dans chaque sensation, disparaît peu à peu par l'habitude ; il s'établit ainsi une sorte d'état sensitif indifférent dans lequel les deux éléments ne reparaissent plus que dans certaines conditions déterminées que nous avons étudiées pour la douleur dans les pages précédentes, et que nous étudierons plus loin pour le plaisir.

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