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CLASSIFICATION DE LA DOULEUR

mais si cet état d'inactivité se prolonge, il se produit nue modification spéciale de ce centre, une tendance à l'activité qui se révèle à la conscience par une sensation vague, faible d'abord, puis de plus en plus forte que nous appelons du nom de besoin, sensation dont j'ai étudié dans un chapitre précédent les conditions et les caractères. Quand ces besoins acquièrent une certaine intensité, ils deviennent pénibles, douloureux môme et constituent ce qu'on peut nommer douleurs de besoin ou d'inactivité fonctionnelle. Ces besoins sont surtout prononcés dans la sphère de la vie végétative comme la faim, la soif par exemple, mais ils n'en existent pas moins quoique à un degré beaucoup plus faible pour les sens spéciaux. Essayez de fermer les yeux pendant un certain temps ou de rester dans une chambre obscure et vous ressentirez bientôt un besoin irrésistible de lumière. Il est plus difficile, dans les conditions ordinaires de notre existence civilisée, de se placer dans un silence absolu, mais ceux qui ont fait des ascensions en ballon ou gravi de hautes montagnes savent quelle impression profonde, presque pénible, produit ce silence de l'immensité. On sait avec quelle violence agissent sur nous les besoins acquis et artificiels du goût et de l'odorat.

2° L'activité d'un centre nerveux 'peut être exagérée. Cette suractivité peut tenir soit à une intensité plus grande de l'excitation, soit à l'excitabilité plus grande du centre nerveux et des centres voisins en communication avecle premier. Ace deuxième cas correspondent ce qu'on peut appeler douleurs de fatigue ou par excès d'activité. C'est dans cette catégorie que rentrent le plus grand nombre des douleurs.

3° L'activité d'un centre nerveux peut être enraijée brusquement. Quelques exemples feront saisir comment cet arrêt brusque d'activité peut se produire. Telle est l'impression désa- , gréable qu'éprouve l'enfant qui s'aperçoit qu'on a substitué un fragment insipide au morceau de sucre qu'il suçait, ou celle qu'on ressent quand le train s'engage à l'improviste sous un tunnel et qu'on passe subitement de la lumière à l'obscurité ; il en est de môme quand à une répétition on suit attentivement un dessin mélodique et que la mélodie se trouve tout à coup interrompue par le chef d'orchestre. Mais ces phénomènes d'arrêt sont beaucoup plus communs et plus marqués dans la sphère motrice et intellectuelle et nous aurons à y revenir cà propos de la douleur morale, tes douleurs d'arrêt sont évidemment, du moins pour ce qui concerne les souffrances physiques, les moins

importantes el les moins nombreuses, si on les compare aux deux catégories précédentes.

En résumé, on aurait donc trois catégories de douleurs qu'on pourrait caractériser ainsi, en considérant la douleur comme un simple mode de mouvement, douleurs par insuffisance de mouvement, par exagération de mouvement et par arrêt de mouvement. Peut être cependant faudrait-il créer une quatrième catégorie de douleurs dans lesquelles le mouvement serait non pas exagéré, mais plutôt perverti, cette perversion de mouvement correspondant a certaines qualités de l'excitation. Dans quelle catégorie en effet faire rentrer la sensation désagréable produite par le grincement d'un corps dur sur une vitre, l'action de mordre du linge ou un bouchon, une substance amère, une odeur fétide? Dans cette quatrième catégorie de douleurs par perversion, ce serait plutôt la forme môme du mouvement qui serait en jeu.

Le mécanisme môme de la production de la douleur doit être différent dans ces quatre cas, sans que nous puissions dire exactement en quoi il consiste. Pour les douleurs d'inactivité je m'en suis déjà expliqué à propos des besoins. Dans l'hypothèse d'un mouvement, l'augmentation d'amplitude et de fréquence de ce mouvement permet d'interpréter assez facilement, dans la deuxième catégorie, la communication de ce mouvement aux centres voisins et l'irradiation de la douleur. Dans les douleurs d'arrêt, l'arrêt du mouvement doit forcément, d'après les lois physiques,' être suivi d'une transformation de mouvement ; le mouvement nerveux, quel qu'il soit, ne peut que se transformer en chaleur, électricité, ou tout autre mode de mouvement. Enfin clans le quatrième groupe c'est la forme même du mouvement qui se trouve modifiée sans qu'on puisse entrevoir comment celte modification agit pour produire la douleur.

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