‹ Les sensations internesChapitre 88 sur 145 · LK PLAISIR · texte numérisé non relu

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me paraît impossible à résoudre actuellement. Il faut cependant remarquer que, dans La volupté sexuelle, à côté d'une exagération (l'activité dans la plus grande partie des centres nerveux moteurs et sensitifs, il y a un arrêt d'activité dans les centres psychiques ou dans la plus grande partie de ces centres. Il y a donc là évidemment un état des plus complexes dans lequel il est bien difficile de s'orienter, et donl il est malaisé de dégager les éléments constitutifs.

De tout ce qui précède, on peut conclure que ni les plaisirs qui correspondent aux besoins, ni les plaisirs qui correspondent aux sensations fonctionnelles ne peuvent nous servir pour connaître exactement ce qu'est au fond le plaisir et quelle est sa cause. Voyons maintenant ce que nous apprend sur le plaisir l'étude des sensations qui proviennent des sens spéciaux.

Prenons d'abord un exemple dans le goût. Je bois un verre d'eau sucrée, je suppose; j'ai une sensation de plaisir qui accompagne la sensation de saveur sucrée. Mais faisons l'épreuve autrement et comme une expérience physiologique véritable. Je prépare une solution de sucre d'un titre déterminé, et j'en ajoute une goutte à un verre d'eau, je n'ai ni sensation de saveur sucrée, ni sensation de plaisir; je n'ai que la sensation de l'eau pure ; j'ajoute ainsi peu à peu de la solution de sucre, de façon à augmenter graduellement la proportion de sucre dans l'eau; en goûtant au fur et à mesure, je remarque que la sensation sucrée apparaît pour un certain degré de dilution, mais cette sensation est à peine perceptible et si faible, qu'il ne s'y lie aucune sensation agréable; en continuant, pour une solution plus forte, la sensation de plaisir est bien nette; puis en augmentant encore la proportion de sucre, il arrive un moment où la sensation devient désagréable, écœurante. Il y a donc, à mesure que la concentration de la solution augmente, quatre stades successifs, au point de vue de la sensation :

Premier stade. Absence de sensation.

Second stade. Sensation indifférente.

Troisième stade. Sensation agréable.

Quatrième stade. Sensation désagréable.

La figure suivante représente ces différents stades d'une façon schématique. Sur la ligne horizontale sont marqués, de 0 à 100, les intensités de l'excitation, depuis l'absence d'excitation qui correspond au zéro jusqu'au maximum possible qui correspond

à 100 ; dans le cas actuel les chiffres indiqueraient donc le degré de concentration de la solution ou la quantité de sucre contenue dans le liquide. Jusqu'à une intensité égale 20, je suppose, il n'y a pas de sensation appréciable ; c'est le premier stade, absence de sensation ; à 20, seuil de l'excitation, commence le second stade, stade d'indifférence, dans lequel la sensation existe, mais sans déterminer ni peine, ni plaisir; à partir de 40, seuil du plaisir. la sensation devient agréable, stade de plaisir; puis pour une intensité de 90, seuil de la douleur, commence le quatrième stade, stade de douleur qui termine cette sorte d'échelle sensitive.

Stade % Stade Stade de plaisir

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sensation. 5* S"

L'étendue de chacun de ces quatre stades, leur moment d'apparition eu égard au degré de concentration de la solution, peuvént varier du reste suivant une foule de conditions et spécialement suivant l'individu et l'excitabilité de l'appareil sensitif au moment de l'expérience. Ainsi chez certains sujets le stade d'indifférence sera très court, à peine indiqué ; le stade désagréable pourra de môme manquer chez certains individus.

Si au lieu de sucre on prend une autre substance sapide, du sel, un acide, une substance amère, le rapport de chacun de ces stades pourra varier suivant la substance et môme, pour certains corps amers par exemple, le stade indifférent et le stade agréable pourront manquer presque totalement ; le corps sera d'emblée désagréable dès l'instant de sa perception. Ceci sera encore plus vrai de certaines odeurs ; il est des odeurs qui, à quelques doses qu'on les perçoive , procurent toujours une sensation désagréable.

Il semble donc que parmi les saveurs et les odeurs, il en existe pour lesquelles le sentiment agréable ou pénible dépend uniquement de la quantité, autrement dit de l'intensité de l'excitation, tandis qu'il en est d'autres qui sont de suite et quelle que soil l'intensité de l'excitation ou agréables ou désagréables. Pour les autres sensations spéciales, il en est de même; tels sont certains

5Ç Stade de douleur.

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grincements, le frottement d'un corps dur contre une vitre, l'action de inordre sur du linge, de couper un bouchon, la vue de certaines couleurs sales, lavées, etc., etc. Comment expliquer cette différence ? On pourrait dire que dans le premier cas c'est le degré de l'excitation qui détermine le plaisir ou la douleur, et il n'y aurait entre les deux qu'une différence d'intensité. Mais alors il faudrait une autre explication pour le second cas et on se verrait forcé d'admettre que le plaisir et la douleur dépendent de la nature de l'excitant. On voit de suite les conséquences de ces deux interprétations.

Si le plaisir et la douleur ne sont que deux degrés d'une même excitation, il pourra y avoir des transitions entre les deux et on pourra passer facilement de l'un à l'autre. C'est en effet ce qui arrive dans un grand nombre de cas. Ainsi le chatouillement à un degré très faible peut être agréable, mais il devient bien rapidement douloureux et intolérable. Un plaisir trop intense, celui de la volupté physique par exemple, pourra se transformer en véritable douleur sous certaines conditions d'excitabilité trop exaltée. D'autre part, certains états pénibles, des douleurs mômes peuvent devenir agréables ; des excitations tactiles, grattements, frottements rudes, des excitations douloureuses vives, telles que des coupures peuvent déterminer des sensations nonseulement agréables mais môme voluptueuses; qu'on se rappelle le berger du Languedoc don t l'histoire, que je ne puis reproduire ici, est rapportée tout au long par Chopart dans son traité des maladies des voies urinaires. Voilà donc toute une catégorie de plaisirs qui ne diffèrent de la douleur que par l'intensité de l'excitation et non par la nature de l'excitant.

D'autre part, si, dans certains cas, c'est la nature de l'excitant qui détermine le plaish ou la douleur, la différence de la sensation ne peut dépendre de l'intensité plus ou moins grande de l'excitation, autrement dit du mouvement nerveux, mais bien de la forme môme de ce mouvement. Il y aurait donc là quelque chose de comparable au timbre dans les sensations auditives. Il faut remarquer cependant, que môme dans les sensations de cette catégorie, il peut y avoir aussi, comme dans les cas précédents, transformation de plaisir en douleur et de douleur en plaisir. Ainsi l'audition d'un air de musique simple, mélodieux, vous fait plaisir et vous charme les premières fois, mais à la longue il vous importune et vous exaspère; la vue d'un ciel pur, d'un bleu sans lacbe vous enchante au sortir de longs jours de pluie et de brouillard, mais au bout d'un certain temps celte sen-

sation devient monotone et fatigante; inversement, les substances arnêres, le tabac, le gibier faisandé, qui déterminent au premier abord une impression franchement désagréable et môme pénible peuvent être plus tard vivement recherchées et sont considérées par beaucoup de personnes comme des substances agréables.

Dans cette transformation de la douleur en plaisir et du plaisir en douleur, il faut cependant faire une remarque importante. C'est que tous les états, agréables ou désagréables, que je viens de mentionner, ne sont pas en réalité des étals simples, mais bien des états complexes, constitués par un certain nombre d'éléments. Et ceci peut se dire non seulement des sensations produites par le tabac, par exemple, mais d'autres sensations quiparaissent simples à un examen superficiel, et je prendrai pour type la sensa tion d'amer. Dans la sensation d'amertume, il y a au Ire chose que l'action directe de la substance sur les terminaisons des nerfs gusta tifs ; il y a d'abord une action sur les nerfs tactiles de la langue, peut-être une action sur les parois des vaisseaux et surtout une ac tion sur les fibres musculaires lisses de la muqueuse, et à chacune de ces actions peuvent correspondre des sensations de nature spéciale qui s'ajoutent à la sensation gustative proprement dite ; mais outre cette action locale, la substance amère peut avoir encore une autre action plus générale ; sous l'influence de l'excitation locale déterminée par la substance sur les filets sensitifs gustatifs, tactiles, musculaires, il peut se produire par action réflexe des actions dans des régions plus ou moins éloignées ; je citerai par exemple la pe tite sensation de frisson qui se produit dans tout le corps chez beaucoup de personnes au moment de l'ingestion d'un liquide un peu amer, et il serait facile, en poussant plus loin l'analyse, de trouver des actions vaso-motrices variables, en un mot toute une catégorie de phénomènes et par conséquent de sensations bien distinctes dos sensations purement locales et qui viennent s'y ajouter. Voilà donc une sensation que tout le monde, à première vue, considérerait comme une des plus simples qu'on puisse trouver, sensation d'amer, et qui en réalité est un composé d'un grand nombre de sensations. Et si je voulais analyser une autre sensation, celle que procure par exemple le tabac, j'y trouverais encore un bien plus grand nombre de sensations. Bien plus, on pourrait môme dire sans exagération qu'il n'y a pas de sensations simples, en tant que sensations arrivant à la conscience et que les sensations sont comme des timbres dont la conscience ne connaît pas les

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