‹ Les sensations internesChapitre 89 sur 145 · LE PLA1S1H · texte numérisé non relu

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éléments simples et ne connaît que le résultat, l'ensemble de ces éléments (1).

S'il en est ainsi, et je crois qu'en y réfléchissant, on arrivera à celle conclusion, il peut se faire que parmi ces éléments qui composent la sensation, les uns soient agréables, les autres pénibles ; par l'habitude et par l'exercice ce qu'il y avait de pénible disparaît peu à peu pour la conscience et il ne subsiste que les éléments agréables de la sensation. Dans ce cas, il n'y a aurait pas en réalité transformation de douleur en plaisir, mais extinction, disparition des éléments désagréables de la sensation et prédominance des éléments agréables.

Une seconde observation reste à faire sur cette transformation réciproque du plaisir et de la douleur, observation que je ne ferai que mentionner: c'est la variation que peut subir l'excitabilité des centres nerveux. Il y a là, comme j'ai eu d'ailleurs occasion de l'indiquer à plusieurs reprises, une condition qui ne doit jamais être perdue de vue toutes les fois que l'activité nerveuse est en jeu.

Les remarques précédentes nous amènent à une question qui •a été souvent présentée par les philosophes et tranchée par eux de façon différente ; c'est celle de savoir s'il y a des douleurs et des plaisirs absolument purs. Platon et Kant ne l'admettent pas; pour eux, les deux sentiments se trouveraient toujours mélangés, et, pour ma part, d'après ce que je viens de dire de la complexité des sensations qui nous paraissent les plus simples, je crois, que dans la plupart des cas, il doit en être ainsi et que la sensation de plaisir ou de douleur résulte surtout de la prédominance de tels ou tels éléments. Je ne voudrais pas cependant être aussi absolu que les philosophes que je viens de nommer; il serait possible que certains plaisirs, spécialement parmi les plaisirs esthétiques, fussent absolument purs et d'un autre côté il me paraît aussi que certaines douleurs, et particulièrement certaines douleurs morales présentent le môme caractère.

Je n'entreprendrai pas de décrire en détail tous les modes du plaisir et toutes ses manifestations ; les lecteurs qui seraient désireux de faire cette étude pourront avoir recours aux livres de Mantegazza sur la physiologie du plaisir et sur l'expression des émotions. Mais je dois m'arrôter un instant sur le plaisir qui a son origine dans l'activité psychique.

(I) Je ne puis qu'indiquer ici cette question dont le développement m'entraînerait hors rlu cadre de ce livre.

Je pourrais ici répéter, en remplaçant le mot douleur par Le moi plaisir, ce que j'ai dit dans le chapitre de la douleur morale. [I entre en effet dans tout plaisir physique, un élément moral : dans tout plaisir moral, un élément physique qui permet défaire rentrer le plaisir moral dans la môme catégorie de phénomènes que le plaisir physique. Aussi me scmble-t-il inutile de recommencer pour le plaisir moral, la démonstration faite déjà pour la douleur, et je me contenterai de quelques considérations sur les caractères du plaisir moral et particulièrement du plaisir esthétique. Je me bornerai naturellement à quelques brèves indications, car ce n'est rien moins que toute la question du beau, du bien e1 du vrai qui se trouve en jeu ici, et un volume n'y suffirai! pas.

Ces idées cle beau, de bien, de vrai, qui résultent de l'activité si complexe des centres cérébraux supérieurs, et qui sont la source des jouissances intellectuelles et morales les plus vives et les plus nobles, ont leur origine dans les sensations internes et externes, et se retrouvent en germe chez les animaux. Il me suffira, pour le démontrer, de rappeler quelques faits bien connus aujourd'hui des naturalistes et des philosophes.

Je commencerai par l'idée du bien, et il est bien entendu que je ne parle pas ici du bien absolu. Cette idée du bien peut se présenter sous diverses formes, celles cle sympathie, de boulé, de justice, de devoir. Or, toutes ces idées ou plutôt ces sentiments existent à l'état rudimen taire chez les animaux et ont leur point de départ dans l'affection du mâle pour la femelle, de la femelle pour ses petits. Mais en dehors môme de l'amour maternel, de l'amour paternel et de l'amour des jeunes pour leur mère, il y a un grand nombre cle faits qui démontrent d'une façon irréfutable l'existence de sympathie, d'affection et parfois très vive entre les animaux, et môme entre des animaux d'espèce différente. Tout le monde connaît l'attachement réciproque qui liait parfois les lions du Jardin des Plantes aux chiens qu'on mettait dans leur cage. Le môme fait a été observé, quoique pins rarement, pour le tigre. Montagu, dans un dictionnaire ornithologique, mentionne l'amitié violente d'une oie pour un chien. Quoique les animaux donnent ordinairement peu d'attention aux souffrances de leurs semblables, il y a cependant des cas dans lesquels il semble y avoir chez eux une certaine sensibilité. Quelques animaux ont une notion confuse et vague du devoir et je renverrai, pour les faits qui le démontrent, au livre de Houzeau sur les facultés mentales des animaux. Le dévouement, le sacrifice, par exemple l'impulsion à affronter un

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