LES LAMENIATIONS DE SABINE
Je î-uis kumaine, héla^ I pui^que Horace esl Romain: J'en ai reçu le titre en recevant sa main. .Mais ce nœud me tiendrait en esclave enchaînée. S'il m'empêchait de voir en quels lieux je suis née. A Ibe, où j ai commencé de respirer le jour ! Albe, mon cher pays et mon premier amour ! Lorsqu'entre nous et loi je vois la guerre ouverte, Je crains notre victoire autant que noire perte. Rome, si tu le plains qite c'est là te trahir. Fais-toi des ennemis que je puisse haïr.
CouNEiLLE. — Horace, acte I. scène I.
LES IWFUEGAllONS DE CAMILLE
Rome, 1 unique objet de mon lessentiment ! Rome, à qui vient ton bras d'immoler mon amant ! Rome qui t'a vu naître et que Ion cœur adore ! Rome enfin que je hais parce qu'elle t'honore ! Puissent tous se? voisins ensemble conjurés Saper ses fondements encore mal assurés ! Et si ce n'est assez de toute l'Ilalie. Que l'Orient contr'elle à TOccideni s'allie 1 Que cent peuples unis des bouts de l'univers Passent pour la détruire et les monts et les mers .' Qu'elle même sur soi renverse ses murailles, Et de ses propres tnains déchire ses entrailles ! Que le courroux du ciel allumé par mes vœux Fasse pleuvoir >ur elle un déluge de feux ! Puissé-je de mes yeux y voir tomber ce foudre Voir ses maisons en cendre cl tes lauriers en poudre, Voir le dernier Romain à son dernier soupir. Moi seule en être cause et mourir de plaisir.
CoRNEii.i.E. — Horace, acte IV, scène V .
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LE SONGE DATHALIE
C'était pendant l'hui leiii d'une profonde nuit ;
Ma mère Jézahel à mes yeux s'est montrée,
Comme au jour de sa mort pompeusement parée ;
Ses malheurs n'avaient point abattu sa fierté:
.Même elle avait encore cet éclat emprunté
Dont elle eut soin de peindre et d'orner son visage
Pour réparer des ans l'irréparable outrage.
« Tremble, m'a-t-elle dit. fille digne de moi,
« Le cruel Dieu des Juifs l'emporte aussi sur toi.
u Je le plains de tomber en ses mains redoutables,
(( ^\a. lllle ! » En achevant ces mots épouvantables.
Son ombre vers mon lit a paru se baisser :
Et moi je lui tendais les mains pour l'embrasser ;
.Mais ie n'ai plus trouvé qu un horrible mélange
D'os et de chairs meurtris et traînés dans la tange,
Des lambeaux pleins de sang et des membres affreux
Que des chiens dévorants se disputaient entr'eux.
R..\ci.m:. — Athalie, acte II, scène V.
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LES SrOGESTIONS VERBALES. | i i
y\. André Ripert, du théâtre Sarah Bernhardt, qui avait assisté à quelques-unes des scènes mimées par Lina, expérimenta lui-même et m'envoya, à cette occasion, une note très intéressante que je suis heureux de reproduire en partie :
« Si l'on considère la quantité et la difficulté des moyens que l'acteur doit mettre en jeu pour interpréter une scène de tragédie, on demeure étonné du nombre de perfections diverses que demande une exécution convenable.
« Lekain disait du tragédien qu'il devait être élevé sur les genoux d'une reine : aux qualités de la plastique, de la voix et de la diction, il lui faut joindre une gesiiciilation simple et vraie.
<i C'est grâce au geste et à sa juste harmonie avec la parole que les effets les plus intenses ont toujours été obtenus; c'est souvent par son désaccord avec elle qu'une exécution, qui sans elle eût été excellente, s'est trouvée irrémédiablement gâtée; enfin, le geste, qui toujours précède la voix, lui donne souvent aussi une justcsseetunc vérité qu'elle n'aurait pu trouver sans lui.
'< Posséder toujours, quelle que soit la passion à exprimer, un geste juste est donc une chose aussi importante que difficile; or, c'est précisément sur ce point que l'artiste tragique manque des documents et des modèles que la vie habituelle fournit incessamment au comédien.
« Sans doute, il suffit de pleurer pour faire pleurer : Horace l'a dit ! Mais comment Oreste, par e.xemple, pourra-t-il pleurer réellement tous les soirs, devant la rampe, sur la mort d'Hermione ? Et puis, comment ccjncilier le jeu admirable de Talma toujours si complètement maître de lui, même dans les passages les plus
désordonnés, avec l'idée que l'acteur doit trouver, dans la réalité de ses sensations, la vérité de son geste ? En fait, nous n'avons point d'enseignement rationnel : nous nous bornons à des traditions plus ou moins fidèles basées sur des interprétations plus ou moins justes des créateurs des rôles.
« On conçoit, dès lors, toute l'utilité que présente au tragédien un sujet tel que celui dont .M. le colonel de Rochas a développé les merveilleuses facultés, et qui est aujourd'hui connu de bien des artistes. Avec cette jeune femme, admirablement douée au point de vue plastique, nous pouvons avoir sous les j^eux et examiner à loisir un être qui voit,, qui entend ou même qui incarne le personnage dont nous voulons étudier la passion et le geste. Sous linfluence des manœuvres hypnotiques, tout ce qui constitue sa propre personnalité est momentanément annihilé; elle est un automate admirablement sensible dont tous les muscles vont jouer sous l'influence des sentiments qu'on éveille en elle, avec une intensité extraordinaire parce qu'il n')^ a plus en elle aucune cause perturbatrice. Et ce jeu c'est précisément celui qui est propre à la machine humaine, le seul juste, le seul vrai, le seul que nous devions imiter.
H Prenons pour exemple un fragment à. Aihalie et donnons à M"' Eina la suggestion qu'elle est le grand prêtre Joad sur lequel l'esprit divin vient de descendre, alors qu il est dans le sanctuaire entouré du chœur sacré. Si, après lui avoir fait entendre <( l'harmonie qui seconde ses transports « , nous lui lisons lentement la prophétie du troisième acte, non seulement il nous sera donné de voir l'esprit prophétique descendre et transfigurer le sujet, mais encore nous observerons
les frémissements et les sortes de secousses qu'il imprime à tout son être ; enfin, lorsque progressivement le visage et tous les membres nous sembleront avoir atteint l'attitude idéale cherchée, alors nous pourrons, simplement en arrêtant notre lecture, l'immobiliser dans l'attitude ainsi réalisée et, au besoin, le dessiner ou le photographier. \V\en plus, il nous sera facile de lui faire répéter exactement toutes les phases par lesquelles il a passé pour les mieu.x étudier, à la seule condition de recommencer notre lecture avec les mêmes intonations. »
Voici, pages ii6 et 117, les photographies des attitudes correspondant aux vers écrits en caractères italiques dans l'extrait de cette prophétie reproduit à la page 114.
Les figures des pages 1 20 et 121 se rapportent à la prière d'Esther à Assuérus dans VEsther de Racine. Il est difficile de trouver une pose plus admirablement expressive que celle de la page 120.
.M. André Ripert a terminé sa note par l'analv.se d'une étude relative à la scène de » l'Envoyé thébain n dans Œdipe roi.
K Cette scène, d'une intensité vraiment extraordinaire, était bien faite pour d(»nner, par sa grandeur et sa variété, la mesure de la faculté d'expression de M"^ Lina.
<i (,)uand elle se fut endormie à l'aide de la pression d'un point hypnogène, je lui suggérai qu'elle était un guerrier thébain et qu'elle venait apprendre aux vieillards et au peuple assemblé la moin de Jocaste et l'égarement d'G^dipe. je commence alors à déclamer les paroles qu'elle devrait prononcer. Dès que les mots sortent de ma bouche, et parfois même avant, sitôt que